Un mois sans viande

21 avril 2019,
par Romy Têtue


Je mange spontanément peu de viande. Curieuse de savoir si je pouvais m’en passer complètement, j’ai essayé un mois sans. Pourquoi ? Je ne sais pas trop… C’est clairement un exercice pour tester ma volonté : à quel point peut-on changer ses habitudes, quand on le décide ? Une certaine curiosité physiologique : qu’est-ce que cette expérience va changer dans mon corps ? Sans doute suis-je impressionnée par celleux qui font ramadan, dont j’admire la détermination. C’est aussi une déformation professionnelle : la volonté d’expérimenter la situation de celleux qui, suivant un régime (par choix ou par nécessité), ne peuvent tout manger de ce qui leur est proposé à l’extérieur. Pourrais-je être végétarienne ? Car j’aimerais me démarquer des « bons vivants » vindicatifs qui ne savent rien apprécier d’autre que viande, vin et fromage — conformisme déprimant et périmètre gustatif trop restreint pour moi.

Tout va bien jusqu’à ce que je tombe en arrêt devant la peau dorée et croustillante des poulets d’une rôtisserie : j’en bave, complètement obnubilée, perdant le fil de mes emplettes. J’ai la réponse : non, je ne suis pas végétarienne. Je n’arrêterai pas définitivement de manger de la viande : j’aime trop ça. Mais je l’apprécierai d’autant plus que je l’aurai attendue et à nouveau désirée.

Pour faire simple, j’ai calé mon expérimentation sur les dates du carême, mais sans en observer le régime, que je ne comprends pas, même si j’adopte machinalement quelques recettes traditionnelles : gratin de chou-fleur, artichauts vapeur, brandade, soupe de lentilles…. Me pensant à mi-parcours, je découvre que ça ne dure pas un mois, mais 46 jours : diantre, c’est long ! Mais la pensée du gigot d’agneau pascal rôti qui m’attend à la fin avec ses flageolets en sauce, garnis de tomates provençales, me motive.

Plus les jours passent, moins je suis obsédée par les saucissons, jambons, rôtis, salaisons et autres joyeusetés. Soudain, entre la 2e et la 3e semaine, pschitt ! l’envie passe totalement. Il semble que la légende dise vrai : il suffit bien de 21 jours pour changer une habitude. À tel point que je me demande finalement comment, à terme, ré-introduire la viande dans mon alimentation…

Comment réagissent les autres ? À part un monologue haineux sur le véganisme, hors sujet d’une personne en roue libre, peu de remarques : les gens s’adaptent désormais au régime d’autrui, sans poser de question, c’est agréable, merci.

Au début, je ne me soucie pas d’équilibrer : je supprime la viande et consomme simplement le reste en plus grande quantité. Je mange spontanément davantage de poisson (miam) — essentiellement en conserve (sardines à l’huile, harengs fumés, saumon fumé, anchois marinés) étant donné l’éloignement de la mer — mais aussi davantage de fromages (beurk) et d’œuf (bof) pour compenser la viande et davantage d’avocat, va savoir pourquoi. Mais je n’arrive pas à satiété et reste sur ma faim, au point d’avoir envie de dessert bien que je n’aime pas ça ! Je me relève même la nuit pour ouvrir le réfrigérateur… Ça part en sucette.

Je m’attache alors à mieux associer légumineuses et céréales : contrairement à ce que je croyais, ce n’est pas évident pour moi et je suis un peu désemparée. Il me faut apprendre de nouvelles recettes, repenser ma façon de préparer les repas, changer mes ingrédients habituels. Intéressant ! Pour dîner, je bricole entre tartines de houmous, pitas aux falafels, salades mexicaines de haricots au maïs… Rien de bien folichon mais ça va mieux.

À l’extérieur, je fais souvent des choix par défaut, me rabattant sur le seul plat de poisson de la carte faute de plats végétariens. Ce n’est pas très gai. Le manque de diversité des plats, dans les cantines et restaurants, des fruits et légumes, dans les supermarchés, est affligeant. Impossible de trouver un chou chinois, une betterave fraîche ou un radis noir… Et en restauration, où ont disparu haricots, lentilles et pois chiches ? On ne les trouve plus qu’un saladerie, froids, à assaisonner soi-même, tristement. Alors que je rêve de ragoûts, de cassoulet de morue, de chili sin carne, je me rabats sur les sushis, bibimbap, chirashi et poke bowl…

Un sentiment d’abandon, de déprime alimentaire, me donne envie d’aller chercher d’autres mets, d’autres tables, d’autres convives. Puis soudain, l’assiette de légumes rôtis du Mama Shelter me réconcilie avec la vie : des betteraves, patates douces et choux-fleurs merveilleusement rôtis glissent joyeusement sur une sauce au yaourt follement semée d’herbes fraîches, quel délice !

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