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Un homme nu dans...

Nudité masculine : dérive ou évolution ?


4 décembre 2002,
par Romy Duhem-Verdière

Petite réaction personnelle à propos de la pub Yves St Laurent et de la nudité masculine en général. Et digression sur le désir. Féminin.  [1]

Bizarrement, la publicité pour le parfum Yves Saint Laurent représentant un homme nu ne me choque pas. Mais attention : je n’en ai vu qu’une reproduction en petit format, et parce que je le voulais bien. Je ne pense pas, par contre, que j’aurais apprécié de croiser une telle nudité masculine, si esthétique ou affriolante soit-elle, à l’improviste, en 4 par 3 dans le métro matinal, pile entre le petit déjeuner et les premières heures de boulot...
Tout dépend du contexte. Et surtout, ou plutôt, du respect de mon désir.

En tant que femme hétérosexuelle, j’aime les hommes, et leur plastique, et leur nudité, même intégrale. Je me régale volontiers de la vision du corps masculin. Cette régalade ne peut avoir lieu que si je choisi librement de m’y adonner. Des pubs représentant des hommes nus un peu partout dans les rues ? je suis contre. Mais, je suis pour, radicalement pour, la visibilité du corps masculin nu.

Pourquoi cacher la nudité masculine ?

L’écœurement qu’expriment certaines femmes de mes amies, lorsqu’au détour d’une conversation on en vient à évoquer, souvent par hasard, les hommes, l’homme, et en particulier son anatomie. J’ai toujours été stupéfaite d’entendre des femmes affirmer, avec la moue de dégoût qui va de paire, que « un homme, c’est laid ». Comment font-elles, avec une telle conception (du moins pour celles qui sont en pratique hétérosexuelles), pour tolérer le contact d’une telle « laideur » contre leur propre corps ? Les années ont passées, j’ai grandi, et je demeure perplexe.

Si la discussion se poursuit sur ce sujet, très rapidement une autre affirmation survient en guise d’explication : « la beauté est féminine ». Idée servie à grand renfort d’exemples issus de l’histoire de la peinture ou même de la publicité. Je n’y comprends rien, moi qui n’éprouve que peu d’intérêt quant à l’anatomie et à la plastique féminine. C’est là, que soudain, rien ne va plus : je ne suis pas normale ! Il paraît aussi que les hommes réagissent davantage aux stimuli visuels tandis que les femmes sont plus sensibles à ceux olfactifs et tactiles... Et moi alors, si j’aime voir, que suis-je ? Si je me risque alors à évoquer ma régalade quant à la vision d’un nu masculin, des sourcils se lèvent, des yeux s’exorbitent, et me voici tacitement cataloguée perverse voyeuriste, obsédée sexuelle, etc. On ne m’y reprendra plus : je me tais et dissimule ma tare. Et j’observe autour de moi.

Je cherche des nus. Pour comparer. Peut-être n’ai-je pas bien regardé les femmes. Peut-être sont-elles effectivement de toute beauté. Et soudain je ne vois que ça : des femmes, à demi-nues, nues, en veux-tu en voilà, placardées partout dans les rues, les couloirs du métro, les kiosques à journaux, dans tous les formats, en pied, de face, dos, profil et même en gros plan... Pas une journée ne se passe sans que je croise malgré moi des yeux un peu de cette chair féminine exhibée. D’homme nu, point je ne vois. Point d’autre que celui qui partage joyeusement mon lit. D’hommes nus, de diversité, d’altérité, soudain, je manque, cruellement.

Les femmes dans la publicité ? je sature !

Je n’en peux plus, n’en peux plus, de cette débauche de peaux, de chairs, de corps de femmes (corps auquel j’appartiens) représenté, démultiplié, fragmenté, étalé partout à la vue de tous, hommes, femmes, jeunes, vieux, enfants. Mon corps de femme, je ne l’ai que trop vu. Je le connais par cœur, non seulement parce que je le vis au jour le jour, mais parce qu’on me le montre au jour le jour, me le remet sans cesse sous le nez, impossible d’y échapper ! C’est une réelle souffrance visuelle. Mais plus grande encore est cette souffrance, celle du manque que je ressens : l’autre me manque. L’homme en tant qu’autre, différent. Son corps me manque. La diversité me manque. Voilà à quelle aberration j’en suis : si je ferme les yeux et que j’essaye mentalement de me représenter un homme dans le plus simple appareil, je n’ai qu’un machin flou qui se forme dans mon esprit, auquel viennent irrésistiblement se fondre d’absurdes fragments de corps quant à eux bien nets, mais insupportablement féminins (incontrôlables réminiscences de mes visions de la journée).

Avec une telle incapacité à concevoir l’objet de mon attirance naturelle, que devient mon désir ? et mon plaisir ? Si j’osais, je dirais que les publicités et les magazines féminins entretiennent les femmes dans une auto-contemplation d’elles-mêmes qui relèvent du narcissisme masturbatoire et qui les prive de l’accès à l’altérité et au plaisir partagé. Au plaisir tout court.

Les femmes dans la publicité ? je sature. Qu’elles soient représentées sous n’importe quel prétexte, voire de façon dégradante ou à l’inverse, à propos, avec respect : je sature. L’absence d’homme est ce qui me rend tout cela proprement insupportable.

Être libre de désirer...

Attention, qu’on ne s’y trompe pas : je n’appelle pas de mes vœux le placardage d’affiches exhibant autant de chair masculine que féminine. Non-non. Je voudrais simplement être libre. D’aller admirer de belles sculptures d’éphèbes grecs au musée quand ça me chante. Éventuellement de pouvoir acheter une revue avec d’artistiques photos de nus masculins (cela existe-t-il seulement ?). De ne pas voir de chairs, de peaux, de nus, ni féminins, ni masculins, à tout moment, quand je ne m’y attends pas, quand je ne le souhaite pas. Libre dans mon désir. Libre de choisir. Libre d’être une femme qui préfère les hommes. Libre d’être une femme. Libre tout court.

Réaction initialement publiée sur le site La Meute, où vous pouvez lire le dossier : « Une publicité avec un homme nu, verge visible (oct. 02). ».
Beau livre sur l’histoire du nu masculin dans la photographie : The Male Nude, David Leddick, Taschen, 1998.

[1] Suite à l’émission animée par Bernard Tapie sur TF1 le 18 novembre « Nudité masculine : dérive ou évolution ? », et à la lecture de la page « Un homme nu dans Le Monde », du site de la Meute.

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Vos commentaires

  • Le 22 septembre 2006 à 21:11, par Carole

    Cent pour cent d’accord : ) je suis un chtit peu féministe et j’avoue aimer quand les hommes se font ce brin vulnérable à leur tour je suis d’avis que la nudité l’exprime bien. corps beau et désirable* donc loin d’être moche lol. merci pour votre beau texte. Caro

    - image à l’appui loll http://ahlesexe.iquebec.com/xpicpic/1_introd2.jpg

  • Le 25 octobre 2006 à 18:30, par audrey

    totalement d’accord avec cet article, je fais d’ailleurs un mémoir sur la nudité en publicité et je cherche désespérement des publicités avec des hommes nus !!! si quelqu’un en connait ?...

  • Le 2 mars 2007 à 11:35, par Paulo

    D’accord...pas d’accord !!! D’accord sur ton désir et ton attirance flatteuse vis-à-vis du corps masculin. Etant moi-même un homme, je regrette (pour ne pas dire plus) que le corps de l’homme ne reçoive les mêmes égards que celui des femmes. Le fait d’entendre, à la télé ou au détour d’une conversation sur la question, le dégoût de certaines femmes (trop nombreuses au demeurant) pour le corps des hommes me révulse et m’interroge au plus haut point. Comment peut-on, comme tu le soulignes, se dire hétéro, se lover tous les soirs nue dans le corps d’un être qui nous écoeure à ce point, et par dessus le marché ne pas s’interroger sur soi-même. Moi qui suis hétéro (homme je le rappelle) je crois que je ne pourrais me blottir tous les soirs dans le corps d’une femme, si sa vision m’était insupportable. Venons-en à ce qui nous oppose. Il s’agit de la définition même de la nudité, qui n’est pas débattue ni même évoquée dans ton texte. Le buste de la femme est, comme nous le savons, considéré comme intime dans nos sociétés occidentales et le dévoiler renvoit très souvent à la question de la nudité, au point que l’on confonde quasi-systématiquement dénuement et nudité. T’es-tu (et plus généralement, vous-êtes vous) posé la question de cet état de fait ? Qu’est-ce qui fait que dans de très nombreux pays africains mais également parmi de nombreuses tribues aborigènes en Australie, les femmes ne portent pas de haut ? Qui, à l’inverse, a décidé que dans nos pays, que la vision du haut du corps de la femme devait être considéré comme obscène. Dit autrement, en quoi les seins d’une femme peuvent-ils être considérés comme un attribu sexuel dont la mise au grand jour puisse à ce point là choquer ? Pourquoi, y-a-t’il encore pas si longtemps, la simple vision d’une jambe féminine ou d’une épaule dénudée à la télévision était considérée comme choquante (rappelez-vous le licenciement de Catherine Langet, il y a une trentaine d’année, alors speakrine à la télévision) ? Qu’est-ce qui décide, dans nos sociétés puritaines de ce qui est montrable sur le corps de la femme et de ce qui ne l’est pas ? Pourquoi le corps de l’homme ne connait-il pas le même sort ? Pour ma part j’ai une petite explication. L’homme exerce depuis la nuit des temps une domination sur le monde et une volonté de maîtrise totale sur l’autre, y compris sur la femme. Le fait que dans la civilisation islamique la femme doive être voilée pour ne pas attiser le désir de l’homme, relève du même ressort, puisque cette pratique n’est pas, comme nous le savons tous, inscrite dans le coran. Pourquoi les hommes eux-même ne devraient-ils pas se voiler afin de ne pas risquer de séduire d’autres femmes que la leur ? Je ne comprends pas que le dénuement du corps de la femme soit à ce point différencié de celui du corps de l’homme. Pour finir, je m’inscris totalement en faux sur ce que tu dis concernant les publicités et les magazines. Je vois constamment des corps d’hommes dénudés à la télé et dans les journaux. Seules les parties intimes de leur anatomie ne sont pas dévoilées. Pour ma part je n’en vois que trop et sauf cas rare (une magnifique publicité en noir et blanc pour une marque qui m’échappe), l’homme dénudé est tourné en dérision. Je préférerais de très loin qu’il soit érotisé et dévoilé sous son meilleur jour comme peut l’être la femme. A contrario je n’ai pas vu depuis des lustres (depuis le développement de la cause féministe en France pour être exact) de publicité télévisuelle montrant ne serait-ce que le plus petit bout de sein. Si tu penses le contraire, dis moi tout de suite de quelle publicité il s’agit et je m’empresserai d’aller la visionner. Pour résumer je suis totalement d’accord pour que le corps de la femme et celui de l’homme soient traités sur un pied d’égalité mais à plusieurs conditions. Qu’abstraction faite des parties génitales, la vision d’un corps dénudé, qu’il s’agisse de celui d’un homme OU de celui d’une femme, ne soit pas considérée comme choquante. Que l’on cesse de considérer dans nos sociétés occidentales les seins d’une femme comme un organe sexuel, ou bien qu’on interdise sa vision y compris sur les plages ou lorsqu’une femme halète son petit. Que le corps de l’homme cesse d’être tourné en ridicule à la télé ou bien qu’indifférement on montre de vilaines femmes mal foutues, et les seins tombant se trémousser dans des publicités comme c’est trop souvent le cas pour des hommes au corps immonde (horriblement poilus, mal foutus et j’en passe). Et pour finir, ne dis surtout pas que dévoiler un pénis et dévoiler un sein est identique. Car autant la publicité d’Yves Saint-Laurent me choque et m’interpelle, autant de mémoire d’homme, je n’ai jamais vu de publicité exposant le pubis d’une femme. Ou bien Alzheimer me guette. Bref, pour poser le débat correctement il faut commencer par le commencement et se poser la question de la définition de la nudité. Sur ce, bonne réflexion.

  • Le 23 décembre 2007 à 23:19, par ?

    Bonjour, J’approuve à 200%, un bel homme qui met en évidence son corps nu, ça change un peu !!! Quand est ce que les vitrines des bureaux de tabacs seront placardées de ce genre de publicité ?

  • Le 2 avril 2008 à 20:21, par Yves Lamontagne

    Certains propos tenus pas des femmes sur le corps masculin, ici, sur ce site, me font du bien.

    Lire à ce propos ce que je dis du corps masculin à l’occasion d’un colloque sur la marginalité tenu à Montréal à l’été 2007.

    J’y participais à tire de professeur de littérature et j’exposais, entre autres, comment il difficile de dire le corps masculin en classe.

  • Le 25 décembre 2008 à 15:17, par Carl

    Permettez-moi de vous donner l’avis d’un homme qui a posé nu de nombreuses années aussi bien pour des artistes divers que dans des écoles d’art... Il est vrai qu’aujourd’hui bien des femmes affirment qu’un homme nu est laid. Si on leur demande pourquoi, certaines iront jusqu’à dire qu’il a "quelque chose en trop" qui brise l’harmonie des courbes du corps. Cette harmonie n’appartiendrait donc alors qu’au sexe féminin. J’ai souvent demandé aux professeurs dans les classes desquels je posais, pourquoi ils me demandaient d’être intégralement nu plutôt qu’avec un cache-sexe. Tous m’ont répondu qu’un cache-sexe romprait les lignes harmonieuses du corps. Or, il est clair qu’un tel accessoire ramènerait les organes génitaux au plus près du corps et qu’il favoriserait donc plutôt la création de prétendues courbes harmonieuses. Voilà de formidables contradictions qui démontrent, je crois, que derrière tous ces beaux discours il n’y a que de l’hypocrisie. La vérité, quelle est-elle ? On peut affirmer haut et fort que si le nu masculin est bien différent du nu féminin, il n’en est pas moins parfaitement esthétique, aucune des parties du corps de l’homme n’étant spécifiquement laide ou de trop pour former un ensemble harmonieux. Ceux qui, délivrés des préjugés, osent regarder très librement un corps d’homme nu ne peuvent manquer de constater qu’il possède sa propre beauté et qu’au-delà du choc esthétique qu’il provoque chez le spectateur, il peut évoquer des sentiments de tendresse, de fragilité et de sensualité. Lorsque j’arrivais dans une classe, j’entendais bien souvent quelques voix féminines s’exclamer "enfin un homme" et m’avouer qu’il y avait tant de modèles féminins aux beaux-arts qu’elles étaient bien heureuses de voir poser, parfois, un homme. Mais hélas, certaines m’avouèrent aussi n’oser me représenter que le sexe masqué de peur... du qu’en dira-t-on. Je n’hésite pas à vous le dire : si je pose nu, aujourd’hui encore, c’est surtout parce que j’espère, ainsi, contribuer modestement à une meilleure acceptation du nu masculin dans notre société. Mesdames, quant à vous, n’hésitez plus à admirer ou représenter des hommes nus !

  • Le 17 mars 2009 à 12:09, par sosthene

    mon avis a moi est le suivant : je pense qu’il ne convient ni a un homme, ni a une femme d’exposer son corps meme pour une pub.

  • Le 7 novembre 2009 à 05:38, par mike dufort

    Je regrette pour tous ceux qui pensent le contraire , le corps des hommes est aussi beau que celui des femmes . Les hommes symbolisent la force et les femmes la grace , l’harmonie parfaite de la creation , je suis un homme et fier de l’etre car j’ai un beau corps.

  • Le 25 janvier à 15:59, par Romy Duhem-Verdière

    Ne ratez pas le « Manifeste pour l’érotisation immédiate des hommes », excellent article de Maïa Mazaurette, qui dit, fort à propos :

    Le discours sur la différence de désir entre hommes et femmes me gonfle. Le désir, on en a plein, c’est juste qu’on ne sait pas toujours où le poser.

    (...)

    Pourquoi les filles sont (censées être) plus cérébrales ? Parce que les mecs ne leur laissent pas d’autre choix. Si tu ne reformates pas ton désir, si tu ne fantasmes pas très très dur, tu pourrais bien lâcher totalement ta libido. Et franchement, des fois, pour réérotiser un mec qui n’en a rien à foutre, ça demande de l’imagination. Vous avez du bol, les mecs. On est généreuses. On fait plier la réalité pour vous.

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