Un écran entre nous

4 septembre 2013,
par Romy Têtue

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De retour de vacances déconnectées, riches de nouvelles rencontres et de nouvelles sensations, libres et heureuses, il m’est difficile de revenir dans ce monde plein d’écrans…

Car quelque chose a radicalement changé le monde dernièrement, comme le montre ce saisissant rapprochement des photos de deux foules, à moins d’une décennie d’intervalle :

Une marée technologique a envahi l’être ensemble. Tous ces écrans connectés offrent une autre façon de partager, certes, plus seulement hic et nunc, mais aussi ailleurs et plus tard. Plus large, plus ouverte. Mais au risque de ne plus être pleinement dans l’instant. D’être moins présents ensemble. De s’auto-exclure collectivement. De ne plus voir le monde qu’au travers — des écrans, de la médiatisation, du prisme des réactions, des like, retweet, livetweet et autres commentaires — et de passer à côté. C’est ce que montre cette vidéo éloquente qui a, ironiquement, largement circulé sur les réseaux sociaux dernièrement :

Où que l’on aille, quoique l’on fasse, il y a toujours un écran désormais… entre toi, moi, nous. Le cuisiner moderne surveille sa cuisson sur Twitter, le convive partage son repas sur Instagram, note le restaurant sur Yelp, la serveuse répond aux SMS, l’estivant publie ses photos sur Facebook, se géolocalise sur Foursquare, un autre relève ses mails en plein concert, chacun vibre et répond aux notifications… Qui est encore là ? Ohé, y’a quelqu’un ? Qu’il soit geek ou rétif, équipé d’un smartphone ou les mains libres, nul n’échappe plus à cette frénésie de la captation du moment, qu’il en soit auteur, spectateur ennuyé ou acteur malgré lui, enregistré, partagé et commenté à son tour. Faudrait que ça cesse, cette habitude détestable de ne plus regarder avec ses yeux et de tout tout tout filmer avec son putain de smartphone commente vivement Arno*.

Parce qu’elle distancie de l’instant à vivre, parce qu’elle le fixe pour toujours, la captation a à voir avec la mort. Je n’aime pas cette société de morts-vivants que génère cette hypermédiatisation. Hyperactif IVL, fantomatiques IRL. Le photographe devient observateur, presque étranger au moment immortalisé. S’il y a certains avantages à pouvoir s’en extraire, il reste un petit goût amer : celui de ne pas l’avoir vécu pleinement témoigne David Larlet qui a consécutivement cessé toute pratique photographique. Il conclut : J’ai de moins en moins envie de faire partie de cette culture numérique, qui nous profile sans nous épanouir. Pareil.

Cependant j’ai toujours aimé capturer de petits instantanés de vie, bien avant l’avénement des appareils de poche et des connexions illimitées. Mais calmement, sporadiquement, l’air de rien. Du smartphone multitâche, à choisir, c’est même la seule pratique que je garderais. Parce que c’est la mienne, indépendamment de la tendance actuelle. De fait, je désactive autant de notifications que possible et déconnecte carrément du réseau, épisodiquement, pour ne sortir l’appareil que lorsque j’en ai besoin. Peu m’importe ce qui se passe en ligne lorsque je suis dans la vie. D’ailleurs, excusez-moi, mais j’y retourne.

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Vos commentaires

  • Le 4 septembre 2013 à 09:16, par Monolecte En réponse à : Un écran entre nous

    Pareil : je photographie nettement moins, même si j’aime toujours autant cela, juste pour pouvoir vivre l’instant. En fait, j’ai tendance à oublier. Je suis bien, je profite des gens.
    Sinon, cette omniprésence des écrans m’agresse, généralement, parce qu’elle détruit totalement le lien social spontané, celui qui se construit vite fait lors des rencontres impromptues et hors du temps http://blog.monolecte.fr/post/2009/03/29/Vecteurs-de-l-ephemere

  • Le 4 septembre 2013 à 19:40, par izo En réponse à : Un écran entre nous

    On ne peut pas nier la multiplication des ecrans dans tout les aspects de notre vie . Concernant la photographie, j’ai plusieurs remarques :

    J’avais vu l’article de David, j’ai pas fait de commentaires à l’époque mais resumer la photographie ( et le photographe ) a quelqu’un d’extérieur , ou étranger à un événement c’est se tromper complètement sur la nature même de cet discipline. Il faut pas confondre discretion et externalité . Dans ce cas, en effet il faut mieux arrêter de faire de la photo et d’aller concrètement dans l’action .
    Je vous conseille le livre « la leçon de photographie » par Stephen Shore. La selection d’images est impeccable

    « la photographie : C’est l’interaction complexe, continue et spontanée de l’observation, de la compréhension, de l’imagination et de l’intention » . En aucun cas quelques choses d’extérieur .

    En ce qui concerne la masse de photographie prise par les gens actuellement, elle est bien sur plus importante car on a simplement plus de moyen de le faire . Mais il y a toujours des gens boulimique d’images . On a tous eu un membre de notre famille penible avec des seances photos . Maintenant le penible a un iphone.

    Faite vous plaisir, faite des photos.

  • Le 4 septembre 2013 à 21:13, par Romy Têtue En réponse à : Un écran entre nous

    @izo : à ce sujet Pep répond : Au premier abord, le constat de David m’a interpelé et surpris. Après quelques jours à y réfléchir, il ne me surprend plus vraiment. Il vient compléter mon opinion : lorsqu’elle n’est pas pratiquée à titre professionnel, la relation que nous entretenons avec la photographie tient quasiment de l’intime. En cela, nous devons sans doute tous avoir une approche différente, bien que paraissant commune si l’on ne prend pas le temps de s’y arrêter.

    Ce qui a changé en quelques années, outre l’accès facilité à la pratique de la photographie, c’est aussi la connexion permanente. Si bien que le monde s’enregistre en temps réel sur les réseaux. Nous ne sommes plus seulement ici, mais aussi ailleurs.

  • Le 5 septembre 2013 à 07:14, par izo En réponse à : Un écran entre nous

    Je peux pas etre d’accord , en quoi la photographie comme activité « pro » ( comme artistique ou artisanat ) n’est pas lié avec l’intime ? Vous connaissez beaucoup de discipline artistique ou l’intime n’est pas lié à la pratique ? L’intime n’est peut etre pas present directement dans l’oeuvre ou dans le sujet mais il est obligatoirement sous jacent chez le photographe (pro ou pas, c’est pas question ) .

    Pour la connexion permanente , on est en plein la dedans , mais ça passera, les gens ont besoin de choisir et d’avoir des propositions .

  • Le 7 septembre 2013 à 18:15, par Romy Têtue En réponse à : Un écran entre nous

    « Hier encore le pape tweetait… » entends-je à l’instant à la radio, sur France Culture, au journal de 18h, hésitant entre hilarité et tristesse…

  • Le 8 septembre 2014 à 12:31, par Françoise En réponse à : Un écran entre nous

    La photo qui illustre ton début d’article est édifiante. Que les usages peuvent changer en quelques années ! la technologie a clairement envahit notre quotidien et nous ne pouvons plus nous nous en passer (enfin presque). Smartphone, tv, ordinateur, internet, montre connectée... Même moi qui n’étais nullement attiré par ces nouvelles technologies, je m’y suis mis. J’ai acheter un smartphone, une tablette, et mes enfants ont réussi à me faire changer notre vieil ordi :-)
    je pense qu’on ne peut pas y échapper, à moins de vivre au fin fond de l’Alaska, et encore..

  • Le 28 mars 2017 à 11:09, par jerome En réponse à : Un écran entre nous

    C’est dingue de voir que le écran s’imposent de plus en plus ! Même une montre classique est remplacé par l’écran d’une montre connectée aujourd’hui !

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