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Trintignant, ce serait du « destin tragique », nuance !

3 août 2004,
par Romy Têtue


Tiens ! une de plus...

L’été dernier, une actrice de renom — mais que je ne connaissais pas auparavant (je ne vais presque jamais au cinéma vous-dis-je, et je me fous royalement de la vie des peoples) — est retrouvée morte suite à une violence dispute avec son compagnon, le chanteur de Noir Désir (je connais, ça, par contre, parce que j’aime assez leur musique). Ça ne me perturbe pas plus ça : je sais bien que de nombreuses femmes meurent sous les coups de leur conjoint (au rythme effréné de six par mois pour être précise), et ce dans tous les milieux sociaux, alors oui, le cinéma aussi, ça n’a rien de surprenant. Ça en fait juste une de plus, c’est tout et comme d’habitude tout le monde s’en fout. Ah non ?

Ce qui était surprenant, c’était d’en entendre parler aux infos : d’habitude elles crèvent dans l’indifférence générale toutes ces bonnes femmes. Tiens, là on en parle, c’est nouveau, ça.

Et c’est plutôt bien, qu’on en parle. Ça permettra peut-être une prise de conscience me dis-je alors, et il y en aura peut-être un peu moins le mois prochain, des femmes battues à mort. Mais bon. Faut pas rêver, l’opinion publique s’en tape.

À émettre ce genre de commentaire, qui me semblait plutôt bienveillant, puisque soucieux du sort de mes concitoyenn-e-s, je me suis aussitôt entendue traiter d’opportuniste sans cœur. Que voulez-vous ! je ne connais pas la « grande actrice » et sa mort à elle ne m’émeut pas plus que les millions d’autres semblables, tout aussi scandaleuses. Sa mort est tout simplement d’une banalité affligeante, ne faisons pas semblant de découvrir. Des histoires comme celle-là, pour peu qu’on prête l’oreille, on en entend plus souvent qu’on ne voudrait [1]. C’est donc à toutes celles-là que je songeais, sans distinction, à toutes celles qui meurent de même.

Apparemment, j’ai encore loupé quelque chose...

Elle c’est du « destin tragique », nuance !

Il semble que la morte — Marie Trintignant elle s’appelle — est une actrice connue et appréciée du public, puisque ça commence à jaser. Et il semble aussi que Marie Trintignant se situe au dessus de ses concitoyennes, puisqu’on s’insurge de la mort de celle-ci, des coups qu’elle a reçu, tandis qu’on se contrefiche des coups régulièrement mortels infligés aux autres. Le message est clair : continuez de crever en silence (et dans l’indifférence) et ne venez pas gêner le chagrin des fans, en ayant la prétention, et l’impudeur, de croire reconnaître votre histoire, forcément sordide et ridiculement misérable, dans celle de la grande Trintignant. Elle c’est du « destin tragique », nuance !

Et l’autre ? celui qui a frappé, est lui aussi connu et apprécié du public... si bien qu’on assiste bientôt à une bataille rangé de fans : les pro-Trintignant contre les pro-Cantat et réciproquement. Les mots fusent, voire même les insultes... le torchon brûle, on en viendrait presque à s’envoyer des casseroles et des coups à la figure.

Il semble que l’enjeu soit de prendre partie pour l’un ou l’autre, comme pour rejouer symboliquement la supposée scène de ménage à l’échelle de tout un public.
Certains parlent de tension tragique, de tragédie au sens antique du terme, de drame shakespearien, d’amour « à la vie à la mort », et même d’amour passionnel [2]... Et regrettent même le recul des passions extrêmes qui se muent en fureur, suscitent l’effroi et produisent du mythe : Notre époque est pourtant trop cynique et nihiliste pour trouver l’énergie de réactiver du mythe autour d’une histoire, si singulièrement forte soit-elle, si susceptible d’inspirer les Euripides de notre temps. [3] Alors on évoque les histoires mythiques et les noms d’amants morts d’amour... les inextricables querelles des grandes familles mythologiques, à travers les différences socioculturelles des deux clans présents : Trintignant serait la star-princesse, Cantat le berger-prolo... deux figures de l’amour impossible [4]. Et bientôt on nous ressort Roméo et Juliette, et des Capulets contre les Montaigus.

Sauf que ni Juliette ni Roméo ne meurt suite au coups portés par l’un(e) sur l’autre. Ils se suicident. Parce qu’on empêche leur amour.

Que Trintignant et Cantat aient tous deux échangé des coups, qu’elle aussi ait frappé, peu importe : l’un des deux a porté des coups qui ont entraîné la mort de l’autre. Et c’est là le problème. La mort n’est pas accidentelle : elle est la conséquence des coups de l’autre. Ça s’appelle un crime.
Il faudra bien que Cantat & consors fassent rentrer ça dans leur petite cervelle. Car, qu’il l’ai voulu ou pas, ce sont bien les coups qu’il a porté, lui, pas un(e) autre, qui ont entraîné la mort. Ça s’appelle assumer la conséquence de ses actes.

Et pour finir, toute cette histoire n’a rien ni de grand ni d’exceptionnel. Du grand destin tragique dites-vous ? vous plaisantez ! C’est d’un commun, d’une banalité... hélas.


[1] Parmi les femmes de 20 à 59 ans vivant en couple, une sur dix a déjà été victime de violences. Soit 4 millions de femmes agressées chaque année, mazette ! Cf. : Violences conjugales en France et en Espagne.

[2] ce qui me fait toujours bondir : il fut un temps, pas si ancien, où les crimes passionnels bénéficiaient de circonstances atténuantes. Tuer sous l’emprise de la passion (de la haine, de la colère, de la jalousie, ou... l’éventail des émotions passionnelles est vaste) était moins grave. Comme si le fait de n’être pas maître de ses émotions excusait la mort entraînée !

[3] cf. Article du Hors-Série juillet-août 2004 du Nouvel observateur : "Bertrand Cantat" par Alain Brossart et Jean-Louis Déotte, professeurs des Universités à Paris-VIII - Saint-Denis (département de philosophie). Leur article constitue une apologie des fureurs extrêmes et autres hystéries tragiques qui suscitent l’effroi et produisent du mythe...

[4] Ça a été un amour extraordinaire (...) J’aime Marie au-delà de tout ce qu’il est possible d’imaginer, nous dit Cantat. Au lieu de se perdre dans l’au-delà, l’impossible et l’imaginaire, ne pouvait-il pas simplement se préoccuper de la simple réalisation de cet amour ? Échanger simplement câlins, tendresses, et autres bienveillances, lui était donc si inaccessible ? À croire que cela était insuffisant à exprimer cet « amour », tout simplement ultra-possessif, et qu’il fallait y ajouter le piquant de la passion exacerbée qui emporte et dévaste tout... au-delà de ce qu’il possible de s’imaginer. Au risque de l’inimaginable : la mort.

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Vos commentaires

  • Le 11 août 2004 à 03:32, par Romy Têtue Gravatar En réponse à : > et une de plus ;(

    Ironie su sort, quasiment un an après la mort de Marie Trintignant, voici qu’un autre people tue sa femme : l’ancien rugbyman Marc Cecillon a abattu sa femme de plusieurs coups de feu samedi au cours d’une soirée, devant une soixantaine de témoins.
    Marc Cécillon présenté au parquet de Bourgoin pour le meurtre de son épouse

  • Le 27 septembre 2005 à 17:07, par ? Gravatar En réponse à : Un Roméo et Juliette trash...

    Franca Maï : Un petit feu intérieur, a tenté de me faire croire à une histoire d’amour passionnelle ayant mal tournée. Un Roméo et Juliette trash, version contemporaine. Si Bertrand Cantat s’était suicidé pour suivre les traces de sa belle... peut-être... (...) J’imagine que le chemin intime de Bertrand Cantat n’est pas facile. Je n’aimerais pas être à sa place. Mais la décence serait qu’il ne chante plus.
    L’autisme de Marie

  • Le 21 avril 2008 à 19:09, par gylene Gravatar En réponse à : Trintignant, ce serait du “destin tragique”, nuance !

    Il faut être dérangé pour comparer Marie Trintignant, actrice de 2e plan et à la vie sentimentale « secouée », à la gentille Chantal, l’épouse de M.Cécillon, rien à voir, celle-ci adorait son grand gosse de mari et a souvent passé l’éponge jusqu’au jour où.... !
    Je n’approuve pas Cantat mais Marie n’était pas faite pour lui, de toute façon aimer Marie c’était courir un risque, belle fleur exotique, elle ne pouvait pas être la femme d’un seul homme , CHANTAL SI......

    Alors ne comparez pas ce qui ne sera jamais comparable mais cela fait bien des malheureux parmi leurs enfants.....................

  • Le 21 avril 2008 à 19:36, par Romy Têtue Gravatar En réponse à : Trintignant, ce serait du “destin tragique”, nuance !

    Gylene : quand une femme meurt assassinée, vous ne trouvez rien de mieux à faire que d’apprécier de sa capacité à être fidèle et à aimer son compagnon malgré les coups !??? Eurk.

  • Le 4 octobre 2010 à 03:54, par Romy Têtue Gravatar En réponse à : Trintignant, ce serait du « destin tragique », nuance !

    Bertrand Cantat remonte sur scène. 7 ans après le drame de Vilnius et la condamnation (purgée) qui a suivi... Lire : Cantat confirme la tolérance envers les violences faites aux femmes et Rétention de sureté pour Cantat ?.

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