Tour Paris 13

28 octobre 2013,
par Romy Têtue

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La mairie a prêté un immeuble HLM voué à la démolition, la Tour Paris 13, à la galerie parisienne Itinerrance, pour en faire quelque chose d’exceptionnel avant sa disparition. Venus des quatre coins du monde, une centaine d’artistes a investi la tour : sols, murs et plafonds, soit 4500 m², intérieur et extérieur, transformant le bâtiment entier en monument. Le Street Art est éphémère : la tour sera détruite en novembre.

Une seconde vie numérique

Transmédia, l’expérience se prolonge en ligne. Le site web est sympa, contemporain, flat, un peu lourd, faisant la part belle aux images. Proche du webdoc, il s’explore étage par étage, avec vidéos, photos, interviews et donne un très bon aperçu avant la visite, la complétant avec des bios et des liens. Il est enrichi au fur et à mesure des contributions photographiques des internautes et l’actualité du projet est à suivre sur #TourParis13. Comme la tour et comme le street art qu’elle expose, le site est lui aussi éphémère : à partir du 1er novembre, ce sera à vous de sauver les œuvres de la destruction ; ne resteront sur le site que les parties que vous aurez cliquées.

Mais gros bémol : le site n’est pas responsive ! C’eût pourtant été malin, pour une telle expo, d’en permettre la consultation en mobilité, en apposant, par exemple, des QRcode dans chaque espace, en guise de cartel, renforçant ainsi l’interaction avec les visiteurs. Au lieu de ça, il faut aller télécharger une appli dédiée — encore faut-il en avoir la présence d’esprit avant la visite. De plus, une appli invalide la démarche éphémère du site disparaissant comme la tour, puisque l’appli et ses 48,6 Mo de données visuelles persisteront sur mes terminaux mobiles. C’est d’autant plus incompréhensible que l’interface du site et de l’appli sont identiques, tant graphiquement qu’ergonomiquement. J’en préfère presque le visuel interactif du Monde. Il eut été plus judicieux de servir un unique site, responsive donc, pour de le voir disparaître de même sur tous les terminaux.

L’art est dans la rue

N’étant pas fana de Street Art, ce qui m’attirait était l’in situ : l’occupation de l’espace, la métamorphose du lieu d’habitation et le caractère éphémère de la performance, l’expérience immersive, entre Merzbau de Schwitters et mandala coloré, où cohabitent Gainsbourg et Beauvoir.

Côté performance, j’ai été servie ; pour l’éphémère beaucoup moins, puisque j’ai fais la queue, longuement, très longuement… J’avais prévu de faire le grand écart, en visitant d’abord la Tour Paris 13 envahie de graffitis, puis l’expo sur la fête eu moyen-âge à la tour Jean sans Peur. Des deux tours, je n’aurais finalement fait que… le tour de la première.

Un conseil : venez dès 6h du matin. Après avoir fait l’expérience de cette queue interminable, nous avons calculé que c’était le meilleur horaire pour attendre le moins longtemps — c’est-à-dire 5h minimum. Plus tôt, ça rallonge, puisque la visite n’ouvre qu’à 10h. Plus tard, il y a trop de monde : la queue fait le tour du bâtiment, sur plus de trois rues, jusqu’à 8 à 10h d’attente. Arriver après 8h, c’est prendre le risque de ne jamais entrer.

Si j’avais su… j’aurais pas venu… mais je n’aurais pas vécu cette journée extraordinaire. Dans la queue, l’ambiance est mignonne, ça change des transports parisiens. Bon OK, on n’est pas sur d’arriver à destination. On s’entraide, se passant biscuits et boissons, gardant la place de celles et ceux qui vont manger au chaud. Bel exemple de foule autogérée, et dans une très bonne ambiance ! Certains ont apporté leurs jeux de société, d’autres dorment, allongés au sol. Les arbres se couvrent de tricot. Ça ne tweete pas trop ; peu ont le nez plongé dans leur smartphone ; on se parle et on rigole bien. J’apprécie vraiment la compagnie de mes voisins et voisines, merci à vous. Les heures passent, mais qu’est-ce qu’on se marre ! Un mec plaisante : C’est comme les soi-disant “préliminaires” : plus c’est long, meilleur c’est, tellement, qu’on s’en fiche de rentrer à l’intérieur ! Il a bien raison. Il pleut ? On chante ! Hola pour se réchauffer, contagion des hurlements, c’est du délire.

À se demander si l’œuvre n’est pas plutôt extérieure à la tour, comme une performance artistique, dans ce temps humain partagé, dans la rue. Comme un « street art » qui se réinvente, improvisé collectivement. Ce n’est pas à la FIAC que ça se passe, pas dans les galeries ni les musées, mais ici. L’art est dans la rue.

  • La tour 13
  • Dans la queue pour visiter la tour 13 (reste env. 6h d’attente)
  • Le Cyklop
  • Dans la queue pour visiter la tour 13 : il leur reste 3h d’attente
  • À ce stade de la file « c’est la mort » : encore 2h d’attente
  • Entrée de la tour 13, très loin devant…
  • Tricot d’arbre
  • Il pleut sur la queue de la tour 13, on ne faiblit pas !
  • Enfin au 3-5 rue Fulton !

Voir en ligne : http://www.tourparis13.fr

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Vos commentaires

  • Le 30 octobre 2013 à 11:05, par Tour Paris 13 En réponse à : Tour Paris 13

    Merci pour cet article, notamment en ce qui concerne le site.

    Je me permets juste une correction : pendant les 10 jours de sauvegarde, les applications tablettes et smartphone vont avoir exactement le même comportement que le site et risquent de disparaître de la même façon.
    Toute sauvegarde sur tablette impactera le site et réciproquement.

    Je compte sur vous pour nous aider à sauver la tour virtuelle !

  • Le 30 octobre 2013 à 11:28, par Romy Têtue En réponse à : Tour Paris 13

    Je me posais la question, merci de la précision. Cependant — dites-moi si je me trompe — cela implique une synchronisation de l’appli. L’utilisateur a donc la possibilité de ne pas synchroniser afin de conserver l’intégralité des données.

    C’est en tout cas une très belle initiative. J’apprécie beaucoup ce souci de préserver le caractère éphémère, jusque dans le traitement numérique, créant une interaction originale avec les internautes. Bravo !

  • Le 30 octobre 2013 à 18:00, par Tour Paris 13 En réponse à : Tour Paris 13

    Merci de votre réponse et de votre appréciation sur cette expérience.

    Concernant l’application : la mise à jour qui opère la ’bascule’ au 1er novembre est en fait déjà intégrée dans l’appli de départ, donc même sans mise à jour, la dégradation aura lieu.
    Ensuite, dès que votre « device » a accès à Internet, l’application échange automatiquement des informations avec le serveur et met à jour l’avancement de la sauvegarde, sans que cela passe par une synchronisation volontaire.

    Voilà, j’espère que mes explications un peu techniques sont claires...en tout les cas, désolé, vous allez devoir cliquer sur le site ou l’appli si vous voulez préserver les oeuvres !

    Bien à vous

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