Non, tarifs-bancaires.gouv.fr n’est pas accessible

4 février 2016,
par Romy Têtue

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Le gouvernement français vient d’annoncer la mise en ligne d’un site « accessible à tous » mais c’est mensonger, vu les erreurs persistantes…

La page « Accessibilité » est édifiante. Si l’on pouvait croire, dans notre grande indulgence, à un emploi maladroit du mot « accessible » dans l’annonce tweetée (à la place de « responsive » par exemple), la première phrase de cette page nous détrompe, en affirmant que le site « a été conçu pour être pleinement accessible, en accord avec les principes d’accessibilité de contenu web. » Or, dès le premier coup d’œil, ça ne va pas : ses lignes de texte longues d’env. 170 caractères (soit plus du double du maximum recommandé !) feront loucher même celleux qui ne sont pas dyslexiques.

Page accessibilité du site tarifs-bancaires.gouv.fr

La deuxième phrase affirme « Nous utilisons le HTML5 conformément aux spécifications édictées par le W3C ». C’est faux. Et très facile de vérifier vous-même, grâce au W3C validator : chaque page compte entre 10 et 20 erreurs de code, soit de grossières fautes (attributs alt manquants, balise div mal fermée, etc.). Pour celleux qui ne connaissent pas, c’est un peu comme se vanter d’avoir écrit un roman… truffé de fautes : ça prouve avant tout qu’on ne sait pas de quoi on parle. C’est d’autant plus honteux que ce test est facile à effectuer, par n’importe quel internaute et à plus forte raison par les développeurs qui ont fabriqué ce site.

On pourrait (et on devrait) arrêter là le constat d’échec. En effet, il faut savoir que quantité de difficultés d’accessibilité sont causées un mauvais codage HTML. C’est pourquoi la validité du code est un pré-requis à l’accessibilité, d’ailleurs explicitement exigé au critère 8.2 du Référentiel Général d’Accessibilité pour les Administrations (RGAA) cité en référence dans cette page.

Ceci dit, considérons malgré tout l’accessibilité dont ce site se prévaut. Là encore, un test automatique rapide — essayez vous-même avec un validateur en ligne comme Tenon — signale des erreurs : liens vides, labels manquants, etc. Il n’y a pas de quoi fanfaronner. Images, liens, formulaires, éléments obligatoires… pas une thématique n’est épargnée ! Seulement 42 % des tests vérifiables de la sorte sont valides. Pour comprendre ce score, rappelons que réussir ce genre de test automatique ne garantit pas l’accessibilité, mais seulement d’éviter les erreurs grossières.

Moralité : on ne se vante pas de l’accessibilité d’un site tant qu’il n’atteint pas un score 100 % positif aux tests automatiques, d’autant plus que n’importe quel internaute peut si facilement vérifier. Sinon, c’est tendre le bâton pour se faire battre.

Inutile de procéder à une étude plus approfondie, de convoquer un expert pour un audit d’accessibilité, tant que ces erreurs basiques, tellement basiques qu’elles sont détectables par des outils automatiques, ne sont pas corrigées.

Zoom sur la home page de tarifs-bancaires.gouv.fr

Faisons tout de même, par curiosité, trois derniers tests rapides, manuels cette fois : la navigation au clavier présente des manques, l’agrandissement des caractères occasionne des superpositions rendant certains textes illisibles, et les aides contextuelles sont imperceptibles en l’absence d’image, pour les navigateurs textuels, plages brailles et synthèses vocales. Cela prive les utilisateurs mal et non voyants de l’accès complet à l’information. Bref, ce site n’est PAS accessible.

Soyons honnête, des efforts ont été faits. Mais quand il s’agit d’un site institutionnel et quand on est le gouvernement, on ne peut se prévaloir ainsi d’accessibilité, c’est-à-dire de respecter l’obligation légale, quand c’est faux. Car oui, l’accessibilité des sites publics est une obligation inscrite dans « l’article 47 de la loi No 2005-102 du 11 février 2005 pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées », d’ailleurs cité en référence dans cette page.

Est-ce donc cela, l’accessibilité selon le gouvernement ? Est-ce ainsi qu’il respecte les lois qu’il établit ? En cette période où l’Assemblée nationale examine le projet de loi « pour une République numérique », telle annonce montre bien le peu de cas qui est fait des internautes en situation de handicap. Le pire est à craindre.

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