Si tous les gens du monde…

Ronde autour de la Terre

20 juin 2022,
par Romy Têtue


Pourquoi ce tattoo, me demandez-vous ? D’où vient l’envie de s’encrer dans la peau ce motif en particulier ? Difficile de mettre cela en mots. Car un tattoo n’est rarement que l’image qu’il montre. C’est ici un rêve de gosse. Une image mentale qui m’accompagne depuis toujours. Un driver de vie.

Cette ronde autour de la Terre est une image croisée dans l’enfance, peut-être inspirée par le poème de Paul Fort, classique très répandu, chanté aussi en comptine enfantine, parfois sans qu’on en connaisse l’origine. Écrit en 1912, ce texte est connu dans le monde entier, grâce au message qu’il porte, plaidoyer pour l’amitié et la paix internationales. On pourrait faire une ronde autour du monde, si tous les gens du monde voulaient se donner la main.

Il est souvent illustré d’une Terre ronde entourée d’une ribambelle d’enfants multicolores qui dansent joyeusement autour en se tenant la main. Gosse des champs, frappée par cette représentation bigarrée, j’imaginais les gens de toutes les couleurs, grands et petits, aux costumes variés, de tous les genres, qui peuplent notre planète et nourrissais la curiosité de les rencontrer. Je l’ai ensuite oubliée en grandissant, mais c’est très certainement ce qui m’a, inconsciemment, donné la bougeotte et fait quitter la monotonie campagnarde pour préférer le méli-mélo des grandes villes, jusqu’à habiter ce carrefour multiculturel qu’est la capitale et qui brasse suffisamment de personnes différentes pour que je puisse m’y sentir bien.

L’image me revient en mémoire plus tard avec l’émergence du réseau Internet qui permet de communiquer partout dans le monde, avec tous et toutes. Le fantasme qu’elle avait éveillé en moi semble advenir : ce réseau relie les humains à travers la planète, comme si, enfin, ils se donnaient la main, métaphoriquement du moins. En y repensant, plus encore que la curiosité de la diversité humaine, qui m’aurait simplement rendue globe-trotteuse, c’est l’envie de former cette ronde qui m’aiguillonne, me faisant tomber en amour du Web for All de Tim Berner’s Lee, dont l’ambition est de mettre cet espace de partage à la disposition de tous les individus, quelles que soient leurs moyens techniques, leurs différences culturelles, linguistiques, etc. si bien que l’accessibilité web s’impose comme une évidence, déterminant mon métier, avant même que je n’en découvre le mot ni le concept. Vingt ans plus tard, autant dire que je l’ai dans la peau ! Au point de me le tatouer. Mais comment représenter cela ?

Plusieurs icônes des navigateurs web que j’ai utilisé au fil des années représentent un globe terrestre. Je me souviens que l’un d’eux s’animait lorsque la connexion était établie, faisant tourner le globe. Plus tard le symbole de l’accessibilité numérique s’est distingué par la silhouette d’un bonhomme debout aux bras levés, que je préfère en ribambelle. L’association de ces deux iconographies forme cette ronde autour de la Terre.

En cours de route, j’ai eu la chance incroyable de réaliser ce rêve de gosse de diversité humaine multicolore, dans la vraie vie, en me joignant à celleux qui dansent autour de Burning Man, dont l’un des 10 principes est l’inclusion radicale qui fait se côtoyer de façon improbable et mémorable hippies à dreadlocks, goths noirs, teufeurs fluorescents, bikers postapo, costards uniformes, punks à crinoline, geeks en kigurumi, chamans nus, drag-queens à cornettes, etc. dans une coopération internationale merveilleuse, qui semble enfin rassembler les dispersés de Babel. Rêve devenu réalité, je tourne désormais dans la ronde.

Cette image de ronde terrestre me semble aussi parfaite pour exprimer l’enjeu écolo si actuel, davantage que le sempiternel picto de la Terre, certes habituel mais incomplet à mes yeux. Peu me chaut de sauver la planète, car ce n’est pas tant elle qui est menacée que notre survie à sa surface. D’où l’importance de figurer cette présence humaine autour du globe : une planète certes, mais avec des gens !

Malgré mes recherches, je n’ai pas trouvé de modèle : les rondes autour de la Terre étaient soit trop stylisées, comme des logos de mauvaise qualité, soit destinées aux enfants, trop naïves et étonnement aucun tattoo semblable — ne parlons pas du nombre de planètes trop gaïennes et si tristement désertes. Ce n’était donc pas un tatouage facile car, sans modèle précis je partais d’un concept associant paix internationale, réseau Internet, Web for All et inclusion radicale, notions que trop peu de personnes connaissent toutes de façon égale ou du moins suffisamment pour réussir à les fusionner graphiquement. D’où ce partage.

Je voulais la Terre ronde, mais quel hémisphère représenter et, consécutivement, quels continents exclure de cette représentation ? Quel point de vue adopter ? Où centrer le Monde ? J’ai demandé conseil à un ami cartographe, favorisé l’océan Atlantique qui concentre l’essentiel du réseau Internet qui nous relie, pour finalement préférer l’évocation naïve d’une planète bleue, qui a le mérite, en n’étant pas précise, d’éviter d’exclure la moitié de la planète. Pour la farandole humaine, ma tatoueuse étant habile coloriste, les couleurs du rainbow flag se sont imposées, évidemment.

À quoi ressemble finalement mon nouveau tatouage ? C’est sur ma peau qu’il vit désormais, pas sur cet écran : il faudra me croiser dans la vraie vie pour le découvrir ! Et peu importe, car un tattoo n’est rarement que l’image qu’il montre : il est tout ce cheminement, ces réminiscences, ces expériences vécues, ce fil rouge, que les aiguilles m’enfoncent dans la peau.

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