Sarkozy ne sera jamais mon président

9 mai 2007,
par Romy Têtue

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Ce type qui creuse les écarts, qui stigmatise plutôt qu’il ne concilie, Nicolas Sarkozy, ne sera pas le « Président de tous les Français » : je ne veux pas de sa bienveillance !

Il prétend être le « Président de tous les Français » et parler pour chacun d’entre eux, mais seul un fou mégalomane peut rêver être tel porte-parole de tous et toutes dans leur immense diversité. Je ne veux pas qu’il parle pour moi, et étouffe ainsi ma voix. Et je veux que le monde entier sache que je dis non. Tout simplement. Mais fermement.

Cela fait déjà plusieurs années que sa politique m’inquiète. Dès 2002, j’étais dans la rue pour manifester contre ce nouveau ministre du gouvernement Raffarin, M. Sarkozy, et dénoncer ses lois sécuritaires, certes efficaces et propres sur elles, mais si insolemment contraires aux Droits Humains [*]. Depuis, se sont accumulées bien des raisons pour lesquelles je ne souhaiterais ce dirigeant à personne (dont : 69 bonnes raisons de ne pas voter Nicolas Sarkozy). Mais il n’est plus temps de les lister, il est trop tard : la France a voté, l’a élu, massivement, joyeusement. OK.

Mais permettez que je refuse qu’il me préside.

Car je ne peux accorder ma confiance à cet individu qui ne craint pas de condamner la victime plutôt que son bourreau pourvu que ça brosse le citoyen indigent dans le sens du poil [*], qui a failli laisser s’inscrire l’infériorité des femmes dans les textes de loi sous des grands airs de les mieux défendre [*], qui n’a pas honte d’attiser les haines et les déchirures, pourvu que la violence avec laquelle elles s’expriment justifie sa politique sécuritaire. Non, je ne peux pas.

Ne comptez plus sur moi pour vous sourire dans la rue.

« Le résultat du 21 avril 2002 ne suffit pas ? Non. On le refait en 2007, mais en mieux. Pas au premier tour, non, carrément au deuxième. C’est plus chic. »

J’ai rarement été aussi affligée au lendemain d’un scrutin. Ainsi, vous avez vraiment préféré ce candidat ? ce type paternaliste, colonialiste, machiste et horriblement bienveillant, qui rêve d’être le « Président de tous les Français » même de ceux qui n’en veulent pas, et prétend œuvrer à ce que tous aient toujours envie de se parler, de se comprendre, de travailler ensemble, alors qu’il n’a de cesse de prononcer les mots qui fâchent et qui divisent, mettant les banlieues à feu et à sang ! Trop intimement persuadé qu’il y a « les bons et les méchants », ce réformateur promet remettre de l’ordre dans ce pays, en séparant le bon grain de l’ivraie, au risque de l’eugénisme.

Je m’étonne que vous ayez souhaité l’avénement de ce triste sire. La gueule de bois sera peut-être lente à vous venir ; je souhaite surtout qu’elle nous soit ni trop longue, ni trop douloureuse. Cinq années, encore ? Courage !

Mais ne comptez pas non plus sur moi pour fuir lâchement.

J’ai entendu peoples et ami·e·s déclarer : « Si Sarko passe, je me casse à l’étranger ». Je reçois maintenant cet appel à m’expatrier, à demander, ne serait-ce que pour le symbole, l’asile politique ailleurs.

Cette fuite, même symbolique, est non seulement vaine mais lâche et dommageable. Où comptez-vous aller en privant ainsi la France des meilleurs ? Et par pitié, ne facilitons pas la tâche du nouveau président en débarrassant le pays de sa « vermine » humaniste et socialiste, lui qui rêve d’en faire une nouvelle Amérique, nationaliste et ultra-libérale à gerber.

Quand on prétend aimer son pays, quand on entend y vivre en bonne harmonie, au contraire de Sarko, on ne l’abandonne pas. Au contraire, restons solidaires. Restons et résistons, ça promet d’être autrement plus rigolo ! Parce qu’il va bien falloir continuer à vivre ensemble.

Et que Sarko ne compte pas sur moi pour brûler des voitures.

Non. Rassurez-vous, ma contestation ne m’a jamais conduite à brûler de voiture ni détériorer quoi que ce soit. Je n’ai jamais ni usé, ni prôné quelque forme de violence que de soit. Et je ne donnerais pas ce plaisir à Sarko, dont les CRS n’attendent que ça.

Car d’autres appellent à faire de ce mois qui débute un nouveau Mai 68, à grand renfort de barricades, de CRS caillassés et de voitures brûlées. D’abord c’est un peu trop tôt (rendez-vous au printemps prochain), ensuite ça ne ferait que donner raison au délire sécuritaire du président Sarko et de son électorat.

Résistons !

Par contre, comptez sur moi pour jeter, non, pas de cocktail Molotov, ni même de l’huile sur le feu, mais du poil à gratter et quelques grains de sable dans sa machiavélique mécanique. Comptez sur moi pour freiner des quatre fers, et plomber sa belle dynamique. Pour lui éviter de faire trop de conneries, de trop saccager notre République. Comptez sur moi, non pour céder à la peur, mais pour en rire, car là où il y a encore de l’humour, tout va. Et surtout, comptez sur moi pour continuer d’inventer le monde de demain, sans lui et malgré lui.

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