Première visite d’un appartement à cohabiter

24 février 2002,
par Romy Têtue

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Presque deux mois après la publication de mon annonce sur Internet, je reçois un appel d’une personne cherchant une colocataire, pour une chambre à 320 euros dans un appartement de 70 m2 partagé à 3 filles.

Sur la route, j’y crois à fond : je me vois déménager dès la semaine suivante. En plus, bonheur, je retournerais dans le quartier de mes premières amours parisiennes : Gambetta, Pelleport, Saint Fargeau… Un quartier-village avec ses avenues ombragées et ses rues commerçantes, toujours calme comme un dimanche, et où on oublie que l’on est à Paris-capitale, ce qui est très agréable.

Le rendez-vous était fixé à la bouche de métro. Je découvre enfin la physionomie de ma future colocataire et la suis jusqu’à l’appartement.

Dès l’entrée, je remarque des graffitis sur les murs, comme des écritures d’enfant. Comme elle est plus âgée que moi, je la suppose donc mère. Pas du tout : elle est artiste, en formation pour devenir animatrice socio-culturelle. On devrait bien s’entendre.
Visite de la chambre qui me revient : meublée très simplement. Un peu petite… Où mettrais-je mon ordinateur et tous mes livres ? Peut-être dans le salon ? La couleur fadasse du papier-peint me répugne, mais un coup de badigeon blanc et on n’en parlera plus. Enfin la vue est splendide : un baie vitrée offre un panorama imprenable sur Paris, étalé là, à mes pieds… rien que pour ça, je prends !

Après la visite des pièces communes, et un petit bonjour à la troisième colocataire, nous passons aux choses sérieuses : loyer, dossier, paperasse, règles de vie commune…

Cécile n’est pas propriétaire, comme je le pensais, mais simple locataire : elle sous-co-loue donc illégalement. Comme beaucoup d’autres. D’ailleurs il faudra être discrète pour ne pas alerter le voisinage : limiter mes allées et venues, ne pas recevoir de visites. L’autre colocataire, une très jeune étudiante qui rentre dès qu’elle peut dans sa province natale, et qui ne connaît personne sur Paris, m’assure gentiment : « tu verras, on s’y fait très bien. C’est quand même pas la prison ! ». Presque.

Le déménagement se ferait en plusieurs fois, dans la plus grande discrétion, c’est-à-dire le dimanche. Et en mon absence. Car pour ne pas alerter le voisinage, il faudrait que mes affaires arrivent au compte-goutte, discrètement, comme si elle venait, elle, de faire l’acquisition d’un nouvel ordinateur, de nouveaux livres… Je me demande si elles m’appartiendront encore, si je pourrais repartir avec, à la fin.

Pas de connexion internet. Pas de courrier postal non plus, car mon nom ne doit pas apparaître sur la boîte aux lettres. Ni sur la moindre facture. D’ailleurs elle est sur liste rouge et Cécile n’est pas son vrai prénom.

Elle s’explique : elle a été victime, il y a deux ans, d’un colocataire pervers qui ne cesse depuis de la harceler. D’où ces quelques « précautions ». Elle commence à me narrer l’histoire par le menu, en répétant trois fois chaque détail, en se justifiant avec angoisse… Pendant une heure je fais office d’oreille compatissante et je n’en peux déjà plus. En fait, elle est devenue complètement parano. À tort ou à raison. Mais si j’emménage ici, au bout d’un mois de vie commune avec cette pauvre femme, à partager son angoisse du matin au soir, à surveiller mes arrières, à me méfier des voisins, des concierges et d’un éventuel psychopathe… je serais bonne pour consulter, comme elle, un psychiatre victimologue.

Adieu donc, vingtième, et vue imprenable sur la capitale !

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