Pétrus est mort

31 mars 1995,
par Romy Têtue

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J’étais allée voir une exposition de Guiseppe Penone.
Je suis allée rendre une dernière visite à Pétrus.

On l’avait allongé sur un lit blanc, trop large pour son frêle corps longiligne. Sa peau d’un teint de cire, rosée, blanchâtre, jaunie, laissait transparaître son squelette saillant comme celui d’un arbre hivernal. Le matin de sa mort, cela faisant un an, jour pour jour, qu’il était entré en agonie. Pétrus mort et les années de l’arbre plus une [*] se sont confondus. De plus, Pétrus n’apparaissait ni tout à fait mort, ni encore vivant, ni même entre deux. De même l’arbre de Penone déposé horizontalement dans la salle d’exposition et dont on voyait la section nette, sciée, du tronc et des branches, est mort, mais ne le semble pas, car l’année de cire qui le recouvre garde l’empreinte génésaique des doigts de l’artiste, comme pour figurer ceux de la vie.

J’ai gardé à l’esprit cette idée de force naturelle, qui associe sans distinction, ce que nous nommons comme deux antonymes, vie et mort.

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