1998, un vent de folle liberté souffle sur la France qui vient de remporter la coupe du monde. Les Bleus, Barthez [1] en tête, influencent la mode capillaire : on voit des cheveux colorés en bleu électrique et nombreux sont les gars qui se sont rasé le crâne. C’est l’été, il fait chaud, beau... on voit même des filles avec la boule à Z. Mes cheveux raccourcissant d’année en année, me voici donc qui saute le pas : je passe sous la tondeuse. Bonheur !
C’est aussi l’année où je prends ma première connexion Internet. Très déçue de ce que j’y trouve, ou plutôt de ce que je n’y trouve pas, je rends le modem dans les trois mois. Les rares institutions, commerces & co qui signalent l’existence de leur site en bas de leur plaquette, ne font que reproduire en ligne le contenu de ladite plaquette, sans autre apport. Bref : on ne trouve rien de plus sur le Web. Sortons !

- Dites-le avec des femmes, Le sexisme ordinaire dans les médias, enquête de l’AFJ (par V.Barré, S.Debras, N.Henry, M.Trancart) CFD éditeur 1999 (140p. - 69F)
En 1999 paraissaît une enquête sur l’image des femmes dans les médias. Ce petit livre noir m’a fait l’effet d’une bombe. J’ai commencé à nourrir le rêve fou de créer un nouveau titre de presse qui répondrait enfin à aux attentes des lectrices nombreuses à être insatisfaites des médias actuels. Cette enquête est devenue mon livre de chevet et j’ai dès cette époque commencé à travailler à l’élaboration d’un nouveau magazine, d’un nouveau contenu éditorial, d’une nouvelle approche...
En avril 2001, la lecture d’un article intitulé L’homme au béret
, narrant les (mes-)aventures d’un gars portant béret, me laisse sur ma faim : l’aventure similaire (en matière de changement de look) que je venais de vivre — les cheveux ras depuis 1998, excusez du peu — était autrement plus forte, difficile et... contrariante. J’ai aussitôt écrit un témoignage en résonance, qui s’est naturellement intitulé la fille au crâne rasé
, et a constitué ma toute première page web, publiée à chaud, un peu comme un coup de gueule. Coup de tête.
Je l’aurais aussitôt oubliée si je n’avais été surprise de recevoir plusieurs messages en réaction. Ces échanges par mail m’ont conduite à ajouter de nouvelles pages, en réponse aux questions. C’est ainsi que le site est né. Par hasard. Par la force du Web.
Cependant, si cette première page avait un titre, le site, lui, n’avait pas de nom, et il était difficile de lui en trouver un qui le caractérise, sans employer ces mots (femme crâne rasé tête nue etc.) qui, sur le Web, signalent des contenus autrement plus transgressifs [2]. Pendant un mois, la page d’accueil a donc invité les internautes à choisir parmi une liste de propositions. Puis un espace d’hébergement digne de ce nom a été ouvert, sous le titre http://tetue.free.fr
.

- http://tetue.free.fr - page d’accueil du 15 mai 2001.
Si les premières pages de ce site ont aussitôt attiré des visites, de plus en plus nombreuses, les internautes qui se sont alors manifestés étaient exclusivement des hommes [3], pour la plupart en quête de cul.
Lorsque j’avais repris un accès Internet courant 2000, j’avais découvert avec effarement que la moindre requête dans un moteur de recherche affichait des liens vers des sites pornographiques [4]. Surfer sur le Web était désormais équivalent à chercher une aiguille dans une meule de... porno.
Les hommes s’y comportaient alors comme seuls usagers, propriétaires, du Web, et certains étaient extrêmement virulents et agressifs à l’égard des femmes qui osaient s’y aventurer non dévêtues, osant y prendre la parole, et pire : y publier.
Il a fallut faire preuve de courage et de ténacité pour rester présente dans un tel univers. Cela a consacré mon nom de baptême sur le Web : têtue
est devenu mon pseudo habituel.
Cela a également fixé l’ambition du site homonyme : créer ce site revenait à avoir ouvert une brèche dans l’omniprésence masculine du web, à forte dominante pornographique, le maintenir serait forcément proposer un espace d’un autre genre. Féminin, par exemple.
La simple page perso était devenue un site en moins d’un mois : fin avril, il comportait déjà une dizaine de pages, hébergées chez Free. Le nombre des visites continua d’augmenter de façon exponentielle au fil des mois.
Un an plus tard, tetue.free.fr était sélectionné parmi les 500 meilleurs sites Web du moment [5]. Entre temps, il avait reçu le label de qualité de sosfemmes.com [6]. Il a connu 4 designs différents (un nouveau chaque année) et depuis 2003 il s’est doté d’un nom de domaine : tetue.net
, aujourd’hui connu de quelques milliers d’internautes.
Article initialement paru sur le site tetue.net.
[1] Fabien Barthez, le célèbre goal au crâne lisse de l’équipe de France de Football.
[2] La moindre requête contenant le mot « femme », pourtant hautement polysémique, renvoyait alors vers quantité effroyable de page de cul. Quand au descriptif « crâne rasé », il sonne comme skinhead. Et ne parlons pas du mot « nue »... Tout cela n’avait rien à voir avec mon sujet !
[3] En 2001, l’internaute-type est un homme de 25-34 ans, marié, un enfant, disposant de revenu moyen, intéressé par le sexe, la finance et le sport. Pourtant les femmes surfent déjà massivement sur le Web (le rapport homme/femme est alors de 2/1), mais semblent ne faire qu’y passer incognito, n’y prennant pas la parole. On les comprend.
[4] Même si ça s’est nettement calmé depuis 2000, le sexe demeure le premier centre d’intérêt des internautes : les mots-clés liés à ce thème arrivent en tête des mots les plus demandés sur des moteurs de recherche (15 des requêtes francophones + le mot english "sex" est indexé 86,7 millions de fois ; cf. : breve 1). Mais le contenu du Web s’étant nettement étoffé et diversifié il faut désormais le vouloir pour tomber sur ce genre de site.
[6] sosfemmes.com : informations et ressources destinées aux femmes en difficulté et à ceux qui les soutiennent (site de référence).
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Vos commentaires
1. Le 27 janvier 2010 à 15:11, par Pierre
En réponse à : Petite histoire têtue
Concernant l’équipe de France et avec du recul, il faut admettre que nous ne méritions pas la qualification à cette coupe du monde. Les irlandais ayant été bien meilleurs et exemplaires dans leur combativité et leur envie. Ceci étant dit, on est malgré tout bien content d’être qualifié. Une coupe de monde sans l’équipe de France aurait donné le sentiment d’un vide pour la France mais aussi pour la « beauté » du foot en général. Beauté, bien sûr, non pas dans la qualité de jeux, mais en tant que « grosse » ( en théorie ) équipe.
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