Petit cake d’art vivant

*Cergy-Pontois

1996,
par Romy Têtue

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Argh, Cergy ! Ville horrible, à configuration de piscine vidée de son eau, résonnante du brouhaha diffus du trafic souterrain incessant (bus, voitures et RER sont enterrés), semée ça et là d’étranges conglomérats de bureaux et d’appartements, en forme de vaisseaux spatiaux échoués, à l’allure d’épaves de galions et de caravelles reposants dans les fonds sous-marins, l’eau en moins, la pollution de l’air urbain en plus !

Et cette école, transparente et anonyme, colossale et ignorée, comme tombée par hasard au croisement insignifiant de fausses rues pavées de briques rouges, à la signalisation piétonne et non plus routière !

Et son architecture intérieure conçue pour des géants : hall d’entrée haut de trois étages, décoré d’une fresque monumentale d’Adami qu’on ne peut embrasser d’un seul regard par manque de recul, toute en faïences violet pétard, jaune primevère et bleu roy, et où viennent s’arrimer les poutrelles de la charpente métallique apparente !

Et cet espace morcelé en de multiples salles, aux sols de béton armé peint en gris garage, jonchés de fragments de matériaux hétéroclites, de poussière, de gravats et de mégots, aux murs de parpaings peints de blanc maculé, vitrés de baies immensément sales, et reliées par de larges couloirs inhospitaliers, des escaliers de secours en colimaçon et des passerelles pentues et grillagées, qui rappellent quelque peu les décors affolants des films expressionnistes allemands, Nosferatu, Le Docteur Caligari ou Metropolis !

Une belle réussite de piscine vide, d’hôpital avorté, ou de prison abandonnée ! Réinvesti par une troupe bizarre et bigarrée de jeunes germes d’artistes bagnards, chlorés ou chloroformés ? pauvres, sales, tondus ou hirsutes, nomades, idéalistes, nonchalants, fatigués, pâles et cernés, fantomatiques… symptomatiques ? D’un art actuel noyé, malade, embrigadé ? L’art contemporain n’existe pas, paraît-il, puisque l’art est mort et enterré depuis que ce cher Hegel l’a annoncé.

Et moi dans tout cela ? Petit nuage orange et frisé, qu’ils disent !
Je m’infiltre, parasite partout où je passe, et je reste insaisissable, savonnette pour tous ceux qui me croisent. Je revendique le no man’s land qui est le mien, ce que tous rejettent et qui m’accueille : l’espace hybride en coin entre une porte inlassablement animée — « Il faut qu’une porte soit ouverte ou fermée » nous dit Duchamp, ou plutôt Musset — et un lavabo sympathiquement vivant par ses taches colorées et le gazouillis de son robinet entartré. Pour y installer comme chez elles mes icônes et mes pénates : ces petits collages dérisoirement précieux, des photos floues étoilées de poussières blanches et mes sculptures patatoïdes, fascinants petits mondes recroquevillés, suspendus entre ciel et terre, à hauteur des yeux, fenêtres de l’âme…

Mais non ! Tout ceci n’est qu’un rêve ! Et ici pas plus qu’ailleurs n’est toléré ce rêve doucereux, triste et tendre, amer et paisible, simple et gentil ! Toujours il faut une démarche mûrie et cohérente, des projets réfléchis, des pièces de taille, une maîtrise technique, des matériaux nobles, des médiums judicieusement adéquats, un discours solide et rationnel, une distance critique et objective, et un accrochage neutre et pur ! Pourtant…

Pourtant l’art c’est la vie ! Et la vie n’est faite que de rêves et d’émotions contrariant la matière et l’ordre établi !

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Vos commentaires

  • Le 16 novembre 2006 à 15:32, par Romy Têtue En réponse à : Petit cake d’art vivant

    Voici qui poursuit et explicite cette affaire de porte ouverte ou fermée :

    « Une porte est donc par essence soit fermée soit ouverte, mais parfois elle est juste entrouverte. On ne peut s’empêcher de jeter un coup d’oeil, mais on ne voit rien de précis, juste parfois quelques ombres, des mouvements, juste de quoi intriguer et titiller l’imagination.... juste de quoi effrayer parfois.....parce que l’inconnu fait peur.... moins on en voit, plus on fantasme..... »

    Lire la suite sur le blog de la jeune bergère

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