Ainsi débute le dernier éditorial du magazine Lire [1]. De quoi vous ôter l’envie de lire la suite et, surtout, vous donner celle d’aller jeter au feu les romans de Dumas [2] qui traînent encore dans la bibliothèque familiale.
À la seconde phrase, l’éditorialiste, jouant sur les termes de la citation — qui assimile l’histoire à une femme, qu’on aurait le droit de violer, le livre à l’enfant du viol — annonce la publication d’un roman inédit d’Alexandre le bienheureux
comme l’un de ses plus beaux enfants
. Ainsi Dumas serait un violeur (d’histoire), c’est-à-dire un écrivain.
Il est choquant que ces notions, devenues synonymes sous la plume d’un Dumas, soient ici reprises telles quelles, et qu’un de nos contemporains (l’éditorialiste, François Busnel, directeur de la rédaction du magazine) file la métaphore à sa suite, sans la moindre distance critique.
Cette phrase de Dumas a peut-être pu passer pour un trait d’esprit en un siècle où le mépris des femmes atteignait son comble [3]. Elle n’est reste pas moins symptomatique de ce mépris : elle est d’un machisme aujourd’hui insupportable.
Pourquoi choisir, parmi tous les écrits de Dumas, de citer de tels propos, aujourd’hui, où notre époque définit heureusement le viol comme un crime [4] ? Bien sûr, romanciers et éditorialistes s’en référent moins au code pénal qu’au dictionnaire, mais il me semblait qu’ils savaient aussi être sensibles à leur temps. Je doute que les lecteurs et lectrices qui connaissent l’une des si nombreuses victimes de viol [5] apprécient la réitération de ce « trait d’esprit » archaïque.
La rédaction de Lire fait-elle si peu de cas du sens des mots et de leur évolution ?
Il eut été plus judicieux de choisir une autre citation. Ou de la citer pour ce qu’elle est : un exemple de misogynie historique. On se donne bien la peine d’être plus précautionneux lorsqu’il s’agit de citer les écrivains qui ont tenus des propos antisémites ou racistes.
Fidèle lectrice de Lire, depuis plus de 10 ans, amoureuse des mots, j’apprécierais que le magazine apporte à sa prochaine publication quelque précision en réponse à mon indignation et évite à l’avenir ce genre de « maladresse » rédactionnelle. Et que nos auteurs soient plus vigilants, pour que le mot viol
ne soit plus associé au mot permis
.













Vos commentaires
1. Le 14 septembre 2005 à 02:58, par Romy Duhem-Verdière
La réponse de François Busnel (parue dans le courrier des lecteurs de Lire, sept.2005, p.6) me surprend. Ses excuses sont bienvenues, mais les propos qui les suivent m’interrogent :
Se peut-il que ce directeur de rédaction, ignore ce qu’est une métaphore, une citation ? C’est bien Alexandre Dumas — et non pas celui qui le cite — qui, par sa métaphore, établit cette comparaison douteuse (se prendrait-il pour Dumas !?).
F.Busnel n’a peut-être pas consciemment voulu produire cette assimilation, mais à relayer ces propos sans distance critique aucune, il semble les cautionner malgré lui. Mais je me répète. N’aurait-il donc pas compris le sens de mon courrier ?
et puis quoi encore ! Serait-il parano ? censeur dans l’âme ?
F.Busnel nous invite finalement Et bien, justement, sans « surinterpréter », il convient au moins de re-contextualiser certaines citations, de les replacer dans leur temps, justement. On s’en donne bien la peine lorsqu’il s’agit des passages antisémites du Marchand de Venise de Shakespeare, ou encore de Platon justifiant l’esclavage. Jugerait-il cela déraisonnable ?
Il semble que le sens de la citation, et ce qui la rend aujourd’hui inacceptable, lui échappe totalement (serait-il d’un autre temps ?) Faut-il vraiment rappeler que le sexisme mérite autant d’attention que le racisme ? La dignité des femmes, qui sont plus de la moitié de la population, vaut bien celle des minorités. En douterait-il ?
Je reste perplexe...
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