Nadia aimerait bien déménager, mais...

10 avril 2001,
par Romy Têtue

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Nadia aimerait bien déménager. Trop petit, trop vétuste, les raisons de quitter son actuel appartement rue de Charonne ne manquent pas. Lassitude aussi, de voir depuis plus de dix ans, ces mêmes murs se défraîchir. Difficile surtout de partager 35 m2 quand on y vit à trois. Mais si Nadia travaille, ses revenus ne lui permettent pas de rechercher un logement sur Paris. Elle a donc déposé une demande de logement social (HLM). C’était en 1989. Elle venait de divorcer.

Après son divorce, il a fallut tout recommencer. Seule avec deux enfants en bas âge : trouver un nouveau logement, en payer le loyer, travailler, assurer l’éducation des enfants, chercher plus grand ailleurs...
Douze ans après, Nadia habite toujours le même appartement. Elle ne s’est pas remariée : « mieux vaut être seule que mal accompagnée » lance-t-elle d’un air décidé. Femme volontaire, Nadia a toujours travaillé depuis l’âge de 15 ans. Un mariage. Deux enfants. Un divorce. Nadia a fait ses choix.
Les enfants ont grandi, bon gré, mal gré, dans cet espace réduit, et sont maintenant majeurs : un beau grand garçon, tout juste bachelier, une fille qui se destine à être assistante paramédicale. Comme la plupart des enfants de cet âge, ils ne sont pas encore autonomes et vivent donc chez leur mère : à trois dans la pièce principale.

Douze années de démarches, de dossiers à renouveler, de paperasse à mettre à jour, sont restées sans réponse. Non, il n’y aurait pas de logement disponible à Paris. Même pour une femme seule avec deux enfants. Pourtant, depuis 1989, date de sa première demande, bien des logements sociaux ont été attribués.
Nadia est aujourd’hui âgée et malade. La nécessité d’un logement décent devient une urgence. D’autant plus qu’en 12 ans, l’appartement s’est dégradé : les services d’hygiène de l’habitat de la Mairie de Paris ont récemment fait une visite technique pour constater l’insalubrité du logement, et mettre la propriétaire en demeure d’effectuer les travaux nécessaires.
Mais comme si cela ne suffisait pas, depuis janvier 2001, le bail n’a pas été renouvelé. La propriétaire ayant décidé de mettre l’appartement en vente, Nadia est tout simplement priée de quitter les lieux. Avant juillet 2001. Quitter cet appartement, c’est bien ce qu’elle tente de faire depuis des années !

Résumons : menacée d’expulsion dans les 3ı mois, Nadia n’a pas les moyens de se reloger ailleurs et son dossier de demande d’HLM reste sans réponse depuis 12ı ans. Et pourtant ce n’est pas le courage ni la détermination qui lui manquent : elle a frappé à toutes les portes, des années de démarches, une situation on ne peut plus régulière, un loyer toujours payé dans les temps, deux grands enfants bien élevés...
Être une femme seule avec deux enfants ne constitue-t-il pas l’un premiers des critères de priorité pour l’attribution d’un logement social ? À moins que de porter un nom de famille à consonance étrangère — car Nadia est une française d’origine Algérienne — ne soit un critère discriminatoire ?

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