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Marche de soutien à Chahrazad, victime du machisme

Dimanche 27 novembre à Neuilly-sur-Marne

27 novembre 2005,
par Romy Têtue


Un crime sexiste dénoncé comme tel par les seul-e-s concerné-e-s, un élu local qui n’y comprend rien, des journalistes trop longtemps indifférents, soudain massivement présents, mais manquant de respect et tenant à l’écart la foule solidaire : symptomatique de notre société ?

Plusieurs centaines de personnes marchaient silencieusement, réunies derrière quelques banderoles : Aujourd’hui Chahrazad, demain qui ? Chahrazad réclame justice et le droit de dire non. Plusieurs associations étaient présentes, mais discrètement : quelques badges, une petite pancarte Ni Putes Ni Soumises, c’est tout. Beaucoup de caméras, appareils photos, micros, perches, carnets de notes, dictaphones... et on faisait une pause tous les 50 mètres, comme pour permettre à tout ce beau monde d’interviewer et faire de l’image.

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Justice pour Chahrazad, respect
Plusieurs centaines de personnes (300 selon la police, 500 selon les organisateurs) ont participé à une marche silencieuse à Neuilly-sur-Marne, dans la banlieue parisienne, pour soutenir Chahrazad, lycéenne de 18 ans brûlée vive le 13 novembre dernier, par un ancien collègue de travail à qui elle avait refusé sa main à plusieurs reprises. Son agresseur, dont l’identité est connue, n’a toujours pas été retrouvé.

Arrivés à l’hôtel de ville, la famille, les représentant-e-s d’asso et les élus qui étaient en tête de cortège, en gravissent les marches, se tournent vers nous, mais les médias, se précipitant à leur suite, font littéralement rempart, les séparant du cortège. Une fois en place, les journalistes n’ont pas daigné bouger, et certains ont même manifesté de l’agacement, lorsque des représentant-e-s d’asso, puis des cris dans la foule, leur demandaient périodiquement baissez-vous au moins ! ou encore laissez-nous être ensemble, respectez ce moment !. En réalité, on ne se voyait plus les uns les autres. La famille n’aura pu voir les visages, ni apprécier le nombre de personnes venues en soutien. Côté foule, tout ce qu’on voyait, c’était une paire de bras tendus en l’air qui se relayait pour montrer un portrait de Chahrazad... Des voix parlaient dans le micro, sans que l’on puisse voir qui s’exprimait.

Odieux, un journaliste gueulait traducteur ! traducteur !, dès que le père ou la mère s’exprimait dans leur langue (pourtant aussitôt traduits, évidemment, pas besoin de réclamer). Un cameraman intervient soudain, du haut de son perchoir, pour demander les prénoms des parents ; on s’interrompt très gentiment pour les lui dire ; il ne les comprend pas, hein ? quoi ?, demande qu’on les lui écrive, faisant bien sentir que les sonorités de ces prénoms ne lui sont guère familières. Quelle délicatesse, quel respect !

J’ignore si ce comportement est habituel de la part des journalistes, et si je tombe naïvement des nues, mais c’était tout à fait choquant.

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Attitude choquante des médias qui ont littéralement fait un rempart devant la famille, les représentant-e-s d’asso et les élus, en s’agglutinant sur les marches de l’hôtel de ville, et les séparant définitivement du
cortège.

Premières à prendre la parole, les assos (MRAP & NPNS) pensaient à la jeunesse des banlieues et s’indignaient de cette violence ni culturelle, ni religieuse, ni... Même la présidente de NPNS, Fadela Amara, n’a pas explicitement nommée cette violence, tout simplement sexiste [1]. La banderole Chahrazad, victime du machisme affichée sur la mairie était sans doute suffisante, puisque l’agence Reuters n’oublie pas de rappeler : Avant Chahrazad, Sohane, Ghofrane, Stéphanie, Miu Ju ont elles aussi été victimes du machisme et de la barbarie. Rien ne peut justifier de tels actes qui ne doivent plus se reproduire.

Le discours du maire, Jacques Maheas, fut pathétique : axé sur les récentes émeutes, les violences urbaines, la sérénité dans sa ville, patati patata... S’apitoyant (ton mélodramatique) sur la pauvre Chahrazad sur son lit d’hôpital, l’élu qu’il est ne pense pas à dénoncer les auteurs de ces violences récurrentes envers les femmes, violences qui coûtent si cher à toute la société, tant en vies humaines qu’en soins, arrêts maladie, allocations d’invalidité, etc [2]. Non, trop à côté de la plaque, il n’y pense pas, n’y comprend manifestement rien et le reconnaît implicitement en qualifiant lui-même cette violence d’incompréhensible. La perle ? il a fait un lapsus phénoménal, je cite : et je tiens à remercier l’association des filles putes et soumises... oubliant la négation !!!! Évidemment copieusement hué par la foule.

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La manifestation, organisée à l’initiative de la famille, a été préparée avec le mouvement Ni Putes Ni Soumises.

Enfin, le frère de Chahrazad, sa mère, puis son père prennent la parole. Ce sont eux qui, non seulement dignes, semblent les plus clairs, demandant justice pas vengeance, disant et répétant plusieurs fois : on est là pour Chahrazad, pour notre fille, mais pas seulement : on est là aussi pour toutes les autres, pour dénoncer toutes les violences envers les femmes, parce que ces violences sont inacceptables et doivent cesser [3]. Enfin, c’est dit. Par delà le barrage des journalistes, la foule applaudit vivement. Une jeune fille s’écroule en larmes, que ses amies soutiennent.

Trois jeunes lycéennes discutent à l’arrêt de bus, au retour : Les
garçons sont solidaires qu’y disent. Tu les as vu toi ? y’en avait pas
un du lycée !
.


Revue de presse/web : http://del.icio.us/tag/chahrazad


[1] « Le cas de Sherazade, jeune fille brûlée vive par un homme dont elle repoussait les avances, est une "horrible illustration" des violences faites aux femmes, a estimé vendredi à Villeurbanne Catherine Vautrin, ministre déléguée à la Cohésion sociale et à la parité, à l’occasion de la journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes. » Jeune fille brûlée vive : « horrible illustration » des violences contre les femmes (Vautrin), AOL Infos, 25 novembre.

[2] En France, une femme sur trois qui se présente aux urgences déclare avoir été victime de violence conjugale. Selon l’OMS la prise en charge d’une femme victime de violences coûte 2,5 fois plus cher à la société que la prise en charge des autres personnes. Enfin, selon une récente enquête de la police et de la gendarmerie, une femme meurt tous les quatre jours des suites de violence au sein du couple.

[3] « Nous sommes là pour dénoncer cet acte horrible dont a été victime Chahrazad. Nous sommes là, non pour réclamer vengeance, mais pour que justice soit faite. Nous sommes là pour dénoncer toutes les violences envers les femmes ; les femmes doivent pouvoir dire non ou oui ! », a déclaré avec émotion Abdel Aziz, frère de la jeune femme. Marche à Neuilly-sur-Marne pour Chahrazad, brûlée vive par un prétendant Voila actualité, 2005-11-27.

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Vos commentaires

  • Le 1er décembre 2005 à 14:03, par comradE Ogilvy Gravatar En réponse à : Marche de soutien

    Merci, Romy. D’en parler, d’y être allée, et de ce brillant reportage.

  • Le 1er décembre 2005 à 18:13, par ? Gravatar En réponse à : et après ?

    « Shéhérazade est dans le coma. Comme Sohane il y a trois ans, elle a été arrosée d’essence, brûlée vive. Comme Sohane, elle a refusé les avances d’un garçon. Il a trouvé cela inadmissible, insupportable. (...) Le MFPF, qui accueille et accompagne les femmes victimes de violences dans leur chemin vers l’autonomie, qui écoute les auteurs pour qu’ils sortent de ces comportements, exige qu’une véritable politique d’égalité des droits et d’accès aux droits soit mise en place pour que cessent ces crimes. »


    25 novembre 2005 : Journée Internationale contre les violences faites aux femmes et après ?

  • Le 8 février 2006 à 17:23, par fatima Gravatar En réponse à : Marche de soutien à Chahrazad, victime du machisme

    Je trouve ce reportage trés bien, j’avais entendu parler de sa et ce n’est pas par hasard que je suis tombée ici.Je voulais voir. Et j’ai trouver ce que je voulais.J’espere que chahrazad sortiras trés vite du coma.

  • Le 18 novembre 2006 à 10:18, par Romy Têtue Gravatar En réponse à : Marche de soutien à Chahrazad, victime du machisme

    Chahrazad Belayni avait estimé que « tous les moyens nécessaires » pour retrouver son agresseur alors en fuite n’avaient « pas été mis en ?uvre ». Un an après, on retrouve enfin son agresseur qui s’était réfugié au Pakistan après l’avoir brûlée vive parce qu’il ne supportait pas qu’elle lui refuse sa main. Le corps brûlé à 60%, Chahrazad a subi depuis plusieurs opérations de chirurgie réparatrice.
    > L’agresseur présumé de Chahrazad se livre à la justice, lefigaro.fr (avec Reuters et AFP), 18/11/2006.

  • Le 18 novembre 2006 à 13:18, par Xander Gravatar En réponse à : Xander

    Le MRAP, dont certains membres ont participés à la marche des indigenes de la republique, ou encore qui a porté plainte contre les caricatures de mahomet ( c’est la laique attitude version Mouloud Aounit ) ferait mieux de se faire tout petit quand des gens pas si eloignés d’eux dans leurs actions brulent une jeune femme.

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