Manifestation contre l’état d’urgence

31 janvier 2016,
par Romy Têtue


Nous avons marché jusqu’au Conseil d’État où le cortège s’est lentement dispersé au son du biniou. Une camionnette équipée de hauts-parleurs, où peu avant dansaient des militants en tenue de bagnard, a stationné devant l’entrée pour clamer au micro les chiffres de la mobilisation dans chaque ville : 20000 personnes dans les rues de Paris, 2000 à Toulouse, 3000 à Bordeaux, 800 à Lille, 1000 à Nantes… Nous étions nombreux malgré la pluie incessante, qui nous a trempés jusqu’aux os. Les revendications ont été laissées sur place, les pancartes accrochées dans les grilles : « Stop à l’état d’urgence » et « Ma France des libertés, où es-tu ? »

Stop à l'état d'urgence

L’état d’urgence n’est censé durer que 12 jours. Décrété après les derniers attentats, il a été exceptionnellement prorogé à 3 mois, à la hâte, apportant son lot de dérives recensées sur ce wiki (perquisitions abusives, violences policières, assignations injustifiées, arrestations arbitraires) sans montrer grande efficacité : était-il vraiment nécessaire d’effectuer plus de 3000 perquisitions en 2 mois pour aboutir à seulement 4 enquêtes antiterroristes dont une seule mise en examen ? Pourquoi continuer vu le manque de résultats ? Rien ne permet d’affirmer que l’état d’urgence nous protège. Au contraire. Répondre ainsi au terrorisme, en s’agitant sans s’attaquer aux causes réelles, est plus qu’inquiétant. Cet état d’urgence, consiste à « étendre la taille du marteau, mais sans savoir où l’on frappe ».

L'état d'urgence, les citoyens lui disent merci

De quelque manière que l’on tourne les choses, l’état d’urgence, c’est la mise en suspension de l’État de droit. Mais, encore effrayés par les attentats, aveuglés par leur peur ou leur colère, les français sont — selon les sondages — majoritairement favorables à sa prolongation, prêts à sacrifier leur liberté pour plus de sécurité, pensant que la fin justifie les moyens, se moquant bien qu’on défonce les portes de leurs concitoyens. Tant que ce n’est pas la leur.

Si bien que le gouvernement, girouette guidée par les sondages, propose de le prolonger encore, pour des mois, voire des années. Autant l’état d’urgence est adapté aux premières heures suivant un attentat, autant sa perpétuation est disproportionnée. Sa seule utilité semble être de faire oublier les tas d’urgences, aujourd’hui sociales, que rappelle la rue : « On veut des emplois, pas des militaires ; l’urgence est sociale, pas sécuritaire » ou encore « des profs, pas des policiers ».
Bref, « le temps est pourri, le gouvernement aussi », lâche une manifestante sous la pluie.

Hollande, Valls, levez l'état d'urgence !

Le dispositif est attaqué sur plusieurs fronts : juridique (récente requête de la LDH), politique (frondeurs désavouant la politique menée), mais aussi citoyen. À quelques jours de l’examen du projet en Conseil des ministres, des manifestations avaient lieu aujourd’hui dans plus de 70 villes pour le dénoncer, à l’appel unitaire des collectifs « Nous ne céderons pas ! » initié par la Ligue des droits de l’Homme et « Stop à l’état d’urgence ». Ceux-ci demandent la levée immédiate de l’état d’urgence et l’abandon du projet de déchéance de nationalité, « des mesures qui heurtent et mettent à mal nos libertés au nom d’une hypothétique sécurité ».

Dans le cortège, des élus, des syndicats (Syndicat de la magistrature, CGT, FSU…), des associations (LDH, Droits devant, MRAP, Attac…) et des organisations de défense des droits humains (FIDH…). Derrière la banderole toute neuve de la Quadrature du Net, venaient se ranger de nouveaux venus, lassés des autres banderoles, trop politisées à leur goût, et les geeks que nous étions, comme en réponse à l’appel « pour un engagement des acteurs du numérique » d’Adrienne Charmet au dernier Paris Web.

Voir en ligne : http://etatdurgence.fr

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