Mais essayez donc en basse connexion !

12 novembre 2009,
par Romy Têtue

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Les producteurs de sites web oublient trop souvent que tous les internautes ne sont pas, comme eux, équipés d’un accès Internet en haut débit. La génération précédente, celle de nos parents, n’est pas prompte à renouveler son matériel et certains surfent encore avec un Modem 56 kbps et un écran de 800 pixels de large. À l’opposé, les plus branchés s’équipent de terminaux mobiles (ordinateur ou téléphone portable) et surfent avec une clé 3G.

En plein déménagement, et dans l’attente, qui s’annonce longue (plus de 3 semaines !), de ma nouvelle connexion Internet, j’expérimente ces jours-ci des connexions de qualité moindre. Et ma pratique d’Internet s’en trouve complètement modifiée, c’est édifiant.

Concrètement, je me connecte à Internet en wifi, en plein Paris, alternant entre la clé 3G du kit Internet Mobile Bouygues Telecom qui s’avère globalement plus confortable, et FreeWifi lorsque la connexion précédente merdoie. Première chose à retenir : ce sont là des connexions d’appoint, qui ne permettent pas un usage complet satisfaisant d’Internet.

Je surfe comme avec des œillères, dans un Web rétréci

Mes habitudes de surf se sont donc modifiées, assez fortement, pour s’adapter à cette connexion au débit irrégulier et globalement médiocre.

  • Quand je publie un billet ou un commentaire, je fais moins de liens. D’ailleurs, je surfe moins, n’osant plus cliquer les liens pour explorer de nouvelles pages, dont la lenteur d’affichage présumée suffit à me dissuader. Je passe mon chemin et ne sors plus des sentiers battus.
  • Je fais moins de recherches, je brime ma curiosité et j’apprends moins. Au lieu d’être précise, je reste dans le doute et l’approximation.
  • Je zappe les vidéos et le Flash, quittant rapidement les pages contenant des pubs et autres animations et à plus forte raison les sites full Flash. Les sites et services comme YouTube et DailyMotion ne font plus partie de mon paysage de surf. Le plugin FlashBlock (pour Firefox) est une bénédiction !
  • Les pages qui ne proposent pas d’information sous forme textuelle (parce qu’elles reposent uniquement sur du visuel) perdent absolument tout intérêt.

SVN, Skype et IRC passent, bien mieux que mail, Web et FTP

  • L’envoi de courrier électronique est laborieux, si bien que je n’en écris plus qu’en cas de nécessité. Il arrive qu’un courriel ne parte que le lendemain et soit expédié en double ou triple... Communiquer par téléphone me semble à nouveau plus simple et efficace.
  • Je maudis les expéditeurs de pièces jointes anecdotiques : par pitié, cessez de m’envoyer vos photos de vacances par mail alors que vous pouvez les publier sur le Web, et tapez l’info essentielle en clair dans le corps du message au lieu de la dissimuler dans un .pdf ou .doc joint !
  • De même, je maudis les newsletters en HTML, qui font ramer ma messagerie avec leurs images dont on n’a rien à faire.
  • Du coup, pour ne plus être importunée et ne pas monopoliser la connexion à charger des mails pour rien, je laisse ma messagerie fermée des heures durant, et je ne relève plus mon courrier que le matin, le midi et le soir, pendant la douche ou le repas.
  • Je ne tweete plus : ce site d’apparence si simple est d’une lenteur extrêmement atroce !! C’est bien simple : je ne parviens pas à l’afficher. Il m’est heureusement possible de tweeter depuis l’interface SPIP de mon site (grâce au plugin Microblog) mais je n’en vois plus vraiment l’intérêt...
  • Par contre, j’apprécie grandement les discussions instantanées sur IRC et Skype, dont le débit reste humainement tolérable, c’est-à-dire tel qu’annoncé et attendu, en l’occurrence instantané.
  • Je ne peux plus FTP, mais j’arrive encore à SVN, ouf !

Souvenirs, souvenirs...

  • Je reprends des habitudes de travail hors connexion : en préparant, par exemple, un texte dans un éditeur local et non plus directement dans le CMS en ligne, en attendant les heures creuses pour uploader une image, parfois en pleine nuit, etc.
  • Je morcelle les tâches : j’appelle une nouvelle URL et, en attendant que la page s’affiche, je poursuis une tâche en local, et ainsi de suite. Difficile de rester concentrée...
  • J’évite toute interaction : poster un formulaire prend trop de temps, échoue trop souvent. Je ne suis donc plus concernée par la VPC ni par le « web 2.0 » si participatif et interactif, basta !

Je retrouve là — non sans une certaine nostalgie — mes habitudes de surf d’il y a 10 ans, quand j’accédais à Internet avec un Modem 56 kbps... sauf qu’à l’époque, je ne ratais pas grand chose, vu qu’il y avait peu à voir sur la toile ; on faisait vite le tour du Web.

Le « Web 2.0 » n’existe pas encore

Pour qu’on se rende bien compte de combien le Web est défiguré, je voudrais épingler ici certains sites [*]. Certains sont totalement inaccessibles, comme ratp.fr (qui me serait pourtant diablement utile en ce moment), voyages-sncf.com (ce qui ne surprendra personne). Ces sites qui reposent sur d’anciennes technologies, mais aussi sur un fonctionnement interne archaïque, dignes des pays de l’Est avant la chute du Mur, sont connus pour être des contre-exemple en terme d’ergonomie et d’optimisation.

Plus étonnant, les deux gros sites de réseautage, actuellement si à la mode, Twitter et Facebook, sont terriblement inaccessibles avec une telle connexion [*]. Il faut bien se rendre compte que celleux qui tweetent bénéficient nécessairement d’une connexion Internet haut débit. Ce sont des privilégiés.

Google et Wikipédia sont si rarement utilisables, qu’il est parfois plus simple de poser ma question dans un forum ou un chat et d’attendre qu’un internaute me réponde. À l’avenir, soyez donc indulgents avec les internautes qui posent des questions sans avoir préalablement cherché : peut-être est-ce parce qu’ils ne sont pas au top de la technologie, et non pas fainéants.

La plupart des sites sont lents mais, armée de plus ou moins de patience, ils se visitent quand même, parfois sans leur habillage graphique (trop lent à charger). Cependant, on n’y traîne pas, visitant 2 à 3 pages maxi. D’autres, comme le site de ma banque, Hellocoton ou Flickr, sont accessibles de façon épisodique : ils refusent obstinément de s’afficher plusieurs heures durant, mais se consultent soudain très aisément pendant un temps, avant de bloquer à nouveau.

J’emménage et je cherche à équiper mon logement : le site d’Habitat est pénible, mais celui d’IKEA se visite assez bien. J’ai apprécié la boutique Orichalk, qui m’a bien renseigné, même si je n’ai pas pu aller jusqu’au bout de l’acte d’achat. D’ailleurs je renonce à tout achat en ligne, préférant retourner battre le pavé. Amazon est impressionnant : constamment accessible ! À l’opposé, je n’ai pas pas pu voir une seule fois le site de la marque Soho [*].

J’en ai profité pour tester l’interface d’édition de SPIP 2, qui s’était avérée inutilisable dans ce genre de situation. C’est heureusement amélioré : les formulaires d’édition mettent quelques secondes à se charger complètement et devenir lisibles, mais ils sont désormais utilisables. C’est toujours mieux avec la rustine CSS distribuée dans le plugin SPIP Bonux, mais celle-ci n’est plus indispensable.

Finalement, les sites les plus aisément consultables sont majoritairement des blogs et quelques sites pas tape à l’œil mais bien fichus, c’est-à-dire conçus par des webmestres qui ont le souci de leurs visiteurs.

Et donc ?

Pour résumer, le Web est bien moins inter-agi lorsque le débit de connexion est moindre. C’est une lapalissade que de le dire, et pourtant, cette expérience montre que ce n’est que trop peu pris en compte par les sites en ligne : dès que ça rame, c’en est fini de l’interaction, des formulaires, de la VPC et du « web 2.0 » !

Et il ne faut pas se reposer sur l’idée que l’avancée technologique comblera ce que l’on pourrait négligemment qualifier d’inconfort de connexion, puisque, maintenant que nous sommes correctement servis au bureau, c’est dans la rue et dans le train que nous nous mettons à surfer, explorant sans cesse de nouvelles situations, pionnières et contraignantes... comme il y a dix ans.

Cette liste est riche d’enseignement. On peut la lire à rebrousse-poil, afin d’en déduire les points bloquants, à améliorer dès lors que l’on se préoccupe de rester accessible au plus grand nombre. Rien de nouveau : privilégier l’information textuelle et éviter de charger la page en graphismes, vidéos et animations. Comme sur tout bon support d’information.

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Vos commentaires

  • Le 13 novembre 2009 à 00:56, par Hugues En réponse à : Mais essayez donc en basse connexion !

    Mais heureusement, de plus en plus de site, du fait des enjeux de la mobilité, mettent en oeuvre des interfaces plus légères.

    pour facebook
    http://lite.facebook.com/

    pour twitter via les clients, par exemple pour mac
    http://www.atebits.com/tweetie-mac/

    google aussi (et depuis longtemps)
    http://m.google.com/?dc=gbackstop
    les principaux services existent en version mobile (et sans js).

    on pourra continuer à surfer via ses flux rss par exemple, plus léger à charger qu’un blog très graphique, d’autant plus qu’en utilisant gears http://gears.google.com/ tu vas au mac do (troll), tu mets à jour tes rss et tu peux les consulter dans le train ;)

    pour le reste du surf, il existe une version d’opera, opera turbo qui compresse les données (liens à la fin de l’article)
    http://my.opera.com/francais/blog/2....

  • Le 13 novembre 2009 à 08:18, par Bernard En réponse à : Mais essayez donc en basse connexion !

    Votre billet « Mais essayez donc en basse connexion ! » est vraiment excellent, et résume bien ce que j’explique à mes clients quand ils veulent partir dans des délires tout en Flash. L’accessibilité ! C’est un point incontestablement important pour un site web. C’est quand même fou que si peu de sites marchands tiennent comptes des supports mobiles... Le Web 2.0 serait-il encore qu’à ses balbutiements ? Mettrions-nous la charrue avant les bœufs que de songer déjà au Web 3.0 ?
    Votre billet fait un bon état des lieux de contraintes de navigations que peut rencontrer l’internaute lambda, et nous devons en tant que créateurs/développeurs de sites à ne pas oublier ces points critiques possibles, et toujours penser à optimiser notre code et les éléments graphiques (la décoration dans son ensemble) afin que l’ensemble de nos pages soit au maximum compatibles avec tous les supports et formats mobiles. Notre tâche n’est pas facile quand on travaille quotidiennement avec de l’ADSL haut débit, et encore plus quand on teste préalablement notre site en local.

  • Le 13 novembre 2009 à 13:51, par Stéphane Deschamps En réponse à : Mais essayez donc en basse connexion !

    Et là on apprécie de pouvoir simplement avec la Web Developer Toolbar désactiver complètement les styles des sites, non ?

    Puisque j’en suis à parler d’extensions : pour le hors-connecté, qui est mon lot quotidien aussi (dans le train 2 heures et demie par jour), je te suggère l’extension Brief pour Firefox, qui gère un cache des RSS que tu rapatries. La lecture du web reste confortable, c’est le rapatriement (paramétrable) qui sera long, mais le reste est vivable. Je l’ai adopté en remplacement des services en ligne (Netvibes et Google RSS Reader) puisque justement je n’étais pas en ligne :)

    Bisous et bon courage !

  • Le 13 novembre 2009 à 14:03, par Eric En réponse à : Mais essayez donc en basse connexion !

    Le 24 mb est un mythe. Entre temps il m’arrive fréquemment de taper des sites en .mobi (surtout voyages sncf) parce que c’est simplement plus rapide. On y voir le nécessaire et pas l"inutile. Ca fonctionne rapidement, sans perturbation, le plus souvent sans réclame, et c’est presque plus ergonomique.

  • Le 13 novembre 2009 à 14:21, par Romy Têtue En réponse à : Mais essayez donc en basse connexion !

    Plus ça va, plus je pense que la version principale de mon prochain site devra être celle mobile et non pas celle desktop, qu’il faudra penser comme alternative, complémentaire...

    Oui, Stéphane ! Je désactive les images, les scripts puis les styles, et qu’est-ce que je kiffe les sites où il reste encore qqch sans tout ce superflu :-)

  • Le 13 novembre 2009 à 14:25, par Pierre En réponse à : Mais essayez donc en basse connexion !

    Je partage ta souffrance : étant souvent en déplacement, on m’a donné une clé 3G, mais le débit est très aléatoire selon les endroits où je me trouve.

    Pour Twitter, j’ai l’impression que la plupart des gens ne se connectent pas à l’interface principale mais utilisent des solutions compatibles avec leur matériel : les téléphones portables ont des clients dédiés, les PC ont des clients installables, etc.

    Pour Facebook, comme suggéré ci-dessus, il existe une version « lite ».

    Mais je suis d’accord, globalement c’est difficile de naviguer normalement avec une connexion bridée.

    L’enjeu du mobile va peut-être calmer les ardeurs et/ou développer, comme le dit Eric, des versions mobiles (mais finalement utilisables aussi avec des connexions haut débit).

    Bon courage et bonne continuation !

  • Le 13 novembre 2009 à 14:50, par baroug En réponse à : Mais essayez donc en basse connexion !

    Il ne faut pas non plus exagérer : en France, l’ADSL représente la majorité des accès. La question, c’est probablement le web mobile mais là, il y a des sites et des variantes de sites faits exprès, et… des sites qui ne sont pas vraiment fait pour être consultés avec un téléphone, ce qui n’est pas plus mal d’une certaine façon. Je ne dis pas qu’il ne faut pas optimiser les pages, mais il n’est pas non plus absurde de vouloir profiter du fait que la plupart des internautes (français) domestiques ont accès a des vitesses rapides.

  • Le 13 novembre 2009 à 14:53, par Colegram En réponse à : Mais essayez donc en basse connexion !

    Très bon article et très bonne analyse.

    On oublie tellement aujourd’hui que tout le monde n’a pas l’ADSL qui « dépote » ! Les conditions d’utilisation du web sont tellement diverses.

    Par exemple chez un amis qui a une vielle machine qui fait tout à fait l’affaire, lui faire découvrir le « web 2.0 » avait un côté décrédibilisant... pourtant il avait le haut débit, mais avec un ordinateur qui ramait ! Ouvrir les pages que j’avais l’habitude était d’un laborieux, limite exaspérant.

    A noter qu’il y a aussi des pays où les technologies ADSL ne sont pas présentes comme par chez nous.

    Alors concevoir les sites web en gardant toujours à l’esprit que ce soit léger et rapide à charger oui c’est toujours aussi valable, même avec le haut débit qui se répand.

  • Le 13 novembre 2009 à 15:29, par Frank Taillandier En réponse à : Mais essayez donc en basse connexion !

    J’ai le même ressenti qu’Eric : les versions mobiles sont souvent plus fonctionnelles.

    Du coup quid des webdesigners qui ont jamais réussi à se passer de Photoshop pour essayer d’en mettre plein la vue avec des jolies images ? (chouette on va passer plus de temps sur l’utilisabilité et moins de temps sur le choix des visuels)

  • Le 13 novembre 2009 à 16:02, par Romy Têtue En réponse à : Mais essayez donc en basse connexion !

    Tiens, si je remplaçais mon ordi par un iPhone !??

    Ce n’est pas qu’une boutade : je ferais bien l’expérience d’appréhender le Web par une autre fenêtre que celle habituelle — d’essayer toutes ces autres fenêtres possibles, autres que celle du navigateur de bureau —, pour mieux penser le « web ouvert » dont Éric nous parlait dernièrement à ParisWeb...

  • Le 13 novembre 2009 à 16:06, par STPo En réponse à : Mais essayez donc en basse connexion !

    Aller voir mon blog sur iPhone me fait déjà perdre patience alors que j’ai fait des efforts sur les perfs et que c’est sans doute pas le pire des supports... effectivement, ça fait réfléchir.

  • Le 13 novembre 2009 à 16:50, par baroug En réponse à : Mais essayez donc en basse connexion !

    Franchement autant je suis un fervent adepte de la sobriété graphique) plus par goût que pour autre chose) autant ce qui fait galérer une vieille machine, c’est rarement les images, mais plus les gadgets kikoo web2… Les images partout c’est en effet casse-pied, mais c’est pas tellement le problème…

  • Le 1er décembre 2009 à 21:08, par Alain En réponse à : Mais essayez donc en basse connexion !

    Perso je suis en clé 3g+ pour une durée de 1 an parce que pas moyen de me connecter autrement. J’alterne entre le 3.6 Mbits par seconde et le 286kbits par seconde beaucoup moins séduisant. J’expérimente alors carrément la frustration de Romy sur certains sites qui mettent des plombes à charger :)

  • Le 29 mars 2010 à 13:00, par Red-rabbit En réponse à : Mais essayez donc en basse connexion !

    Marrant, à l’époque ou le post fut écrit, j’étais encore en ... RTC
    Paumé au fin fond de la Sologne, l’ADSL ici est pire qu’une utopie, la fibre ou le câble à peine un miracle. Alors faire des sites légers, c’est marrant mais je sais faire. Juste ne pas mettre bêtement du .png sous prétexte que c’est libre. Dans bien des cas le .jpg est largement moins lourds. Et le java qui sert à rien, il reste juste dehors. Surtout si c’est juste pour faire beau. Les effets lightbox sont d’un commun que c’est ridicule.
    Etc etc, juste garder en tete que seul 50% des internautes ont une connexion potable, et que Paris (Lyon,Bordeaux, Marseilles) c’est pas la France

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