Machisme de l’open space

Y’a des biffles qui se perdent

7 mars 2014,
par Romy Têtue

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Chaque soir, lorsque je quitte le plateau, j’ai l’impression d’avoir le cerveau engoncé entre deux oreilles bouchées de merde. J’ai mal. Je n’arrive plus à penser. Je me surprends à dire des grossièretés, moi aussi, mais toujours après coup, paradoxalement : ce n’est pas sur le plateau, avec les collègues, par mimétisme, que je prononce ces mots gros, non, jamais. Mais après coup, comme par décompensation, ça me sort d’un coup avec des ami·e·s — pardonnez-moi ! —, sans motif valable, malgré moi, me dégoûtant aussitôt.

Ça commence à m’atteindre.

Dès le premier jour, ça jurait de partout sans vergogne. Nouvelle et seule femme sur le plateau, j’avais conscience de n’être pas en position de force. Mais il n’était pas question que je laisse passer sans réagir. Les salutations à la cantonade ne s’adressaient qu’aux mecs : « Salut les gars ! » Je me retournais alors avec un énorme sourire, ostensiblement, pour manifester ma présence. À force, ça a fini par monter au cerveau, et j’entends aujourd’hui des « bonjour à tous et toutes ». Je n’ai plus besoin de me forcer à sourire pour répondre. Victoire ! Pour les jurons, je m’étonnais ouvertement du vocabulaire employé, au moins pour faire miroir, mais en restant relax, car ce n’aurait pas été malin de me mettre mes nouveaux collègues à dos : « Ouhla, comment tu causes ! » Sans effet. Les injures fusent toujours et par chapelets : « putain de sa race, sa mère la pute ! »

Car la situation était pire qu’elle n’en avait l’air. Il ne s’agissait pas que de grossièreté. Les échanges entre collègues étaient contaminés :

— Mais où est passé le dossier ?
— Dans ton cul !
— Nan, mais où ? dis-moi !
— Bin ça dépend où est ton cul. Faut en sortir la tête, aussi, sinon ça aide pas.

Et ça riait grassement. Pour se donner une idée de l’ambiance, voir les « tutos de Camille » — vidéos qu’affectionnent certains mes collègues, dont l’expression est du même style, tant dans le choix des mots, le ton et la violence. Le cul et la sodomie sont des références récurrentes, sans oublier les insultes « amicales » relatives à l’homosexualité masculine, à base de « pédale » et d’« enculé ». La prostitution est aussi une référence, jusqu’à inspirer les relations de travail, où le moindre service demandé peut se négocier comme une passe :

— Tu peux m’imprimer le fichier ?
— Ça dépend. Avec ou sans capote ? Parce que c’est pas le même tarif.
— Tu suces ?
— Hé, chu pas ta pute ! Dégage !

Pire encore, il y avait un bouc-émissaire. Du genre qu’on n’appelle jamais par son prénom, mais par des sobriquets, prononcés avec une voix de canard. Qu’on appelle pour rien, qu’on hèle pour rire ou dès qu’on est énervé. Dès qu’il y avait un souci sur un projet, c’était de sa faute. Même s’il n’y avait pas touché, c’était de sa faute quand même. Et il servait de défouloir. On rappelait alors ses erreurs passées, pour en rire encore, en sa présence, évidemment, et devant tout le monde.

Dans une telle situation, il n’est pas simple d’intervenir. Dénoncer ces comportements exposait à les faire redoubler, car c’est encore plus rigolo si d’autres s’indignent. Prendre sa défense aurait eu pour effet de se désigner comme suppléant·e. Inutile de monter au front dans ce cas. J’ai donc remonté la hiérarchie : manager, ressources humaines et même direction, qui a aussitôt identifié le bouc-émissaire, sans que j’aie à le nommer, et a réagi par le déni : « Ah oui, Machin ! mais il aime ça ! Il n’y a pas de souci. » Machin « aimait tellement ça » qu’il a fini par démissionner — grand bien lui fasse. J’ai craint un temps que sa remplaçante ne soit chargée de reprendre son rôle mais, d’autres changements aidant, le harcèlement s’est dispersé : ce sont les juniors qui ont pris, de façon diluée et heureusement moindre.

Reste la grossièreté. Et l’agressivité. Et la stigmatisation. Les différences sont pointées et certain·e·s sont affublé·e·s de surnoms en rapport avec leur personnalité ou leur couleur de peau. Les erreurs, les faux-pas, les oublis sont parfois moqués, en particulier chez les juniors et les rares femmes. À l’exact opposé du petit compliment bienveillant qui facilite les relations. En réalité, aucun propos positif, aucun encouragement, aucune bienveillance ne s’exprime. Dans le meilleur des cas :

— Ok, on envoie aux clients. Mais rêve pas : ta maquette, ils vont l’attraper et la prendre par derrière. À plusieurs. Avec un poney. Il vont la souiller, ta maquette.

Je suis heureusement passée à travers cela : jamais invectivée directement, mais néanmoins spectatrice involontaire. Les injures ne s’adressent jamais à une personne physique présente, encore heureux. Les uns pestent contre leurs machines, soupirant bruyamment avant de lancer une bordée d’injures à leur écran « enculé de sa race, tu vas m’obéir !? », portant parfois des coups au matériel. Les autres s’en prennent aux client·e·s :

— Quelle sale pute !
— Tu perds ton temps : ce n’est pas un mail qu’il lui faut, mais un bon coup de gourdin. Pan ! dans les dents, tu verras, elle fera moins la maligne après.
— Wé, elle mérite des biffles !

Pour une société de service, ça craint. Avec un collègue, l’idée vient de compter les gros mots pour en faire une étude statistique. Mais au bout d’une heure, après avoir décompté : 4 « putain », 1 « pute », 4 « bite », 3 « ta gueule », 1 « branler » et j’en passe, je suis découragée. Je remets mon casque audio. Je dois monter le son un peu plus que nécessaire pour couvrir les éclats de voix. Car ça ne parle pas, ça aboie. Le tout me remplit la tête de bruit et je peine à rester concentrée. Ça ne couvre pas les coups de talons qu’un collègue donne rageusement dans le sol à longueur de journée, par saccades, au rythme de ses emportements virils. Je suis exténuée. Depuis quelques semaines, alors qu’elle n’est pas nouvelle ni ne s’est aggravée, je ne supporte plus cette ambiance. Je suis arrivée à saturation. Je me réveille chaque matin la tête pleine de gros mots, appréhendant la journée de travail. Je traîne chez moi, repoussant le moment du départ, arrivant en retard. Je reste plus tard le soir, pour profiter du calme du plateau déserté.

Il y a ceux qui pénètrent et les autres

En réalité, cette ambiance est l’œuvre, comme souvent, d’une minorité de gars, qui se compte sur les doigts d’une main, soit à peine 5 % des effectifs. La plupart des autres, femmes comprises, « ne voit pas le problème », banalisant, invoquant l’humour. La hiérarchie non plus qui répond que l’entreprise est à l’image de la société, composée de gens divers, pas toujours aimables, et qu’il faut que je m’adapte. Il est bien évidemment hors de question que « je m’adapte » et que j’accepte de se laisser déverser sur moi un tel flot d’agressivité.

Car ce n’est pas seulement de l’humour de merde, bien potache. Non, ce qui se dit ici, de façon à peine voilée, est très clair. N’avez-vous pas remarqué ce qui revient sans cesse dans ces propos ? Le champ lexical à l’œuvre est loin d’être anodin, en plus d’être caricaturalement explicite : il n’est question que d’une chose — du sexe masculin pénétrant — ressassée à longueur de journée de façon obsessionnelle, déclinée sous toutes ses formes, avec une prédilection pour l’évocation de scènes pornographiques, de l’échange prostitutionnel et de la sodomie, tant sur partenaire féminin que masculin, avec ou sans consentement. Il s’agit, pour chacun des auteurs de ces propos, de se rassurer en rappelant sa conformité au stéréotype du mâle dominant et de se positionner comme tel : il y a ceux qui pénètrent et les autres, qui ne sont que « pute », « pédé », « salope », « cougar », « MILF », « chienne », etc.

Pendant un temps, j’ai préféré ce mode d’expression direct qui, paradoxalement, n’empêche pas certains avantages, aux discriminations discrètes et persistantes de communautés manifestement plus mixtes et fréquentables, fonctionnant au mérite (jusqu’à un certain point), que je connaissais en tant qu’indépendante. Moindre mal. Mais ça use.

La domination masculine qui s’exprime ici, platement, crûment, modèle les comportements de tous et toutes. Sur le plateau, il n’est plus possible de conjuguer les verbes « mettre » ou « prendre » sans s’exposer à des rires gras. Évoquer une dimension expose à un tonitruant « comme ta bite ! » ou « comme ma bite ! » selon que ladite dimension est perçue comme petite ou grande.

L’humour n’est qu’un masque. À propos des contenus du site d’un client :

— Y’avait même une page pour empêcher de taper sur les femmes… Nan mais, chacune à sa place !
— Non, c’était un « programme pour lutter contre les stéréotypes de genre dans l’éducation ».
— Ouais, de quoi se créer des ennuis pour plus tard !

L’auteur de ces propos n’est pas pour autant un affreux qui bat sa compagne. Mais l’humour dont il fait preuve — peut-on appeler cela de l’humour ? — fait grincer des dents, pour ce qu’il véhicule de mépris et de caution pour les violences sexistes. Humour, dites-vous ?

Là où la direction n’a pas tort, c’est que la société est effectivement ainsi, patriarcale, violente et sexiste. Mais elle fait erreur en prétendant défendre la diversité par l’acceptation de la domination masculine en ses murs. Ce faisant, elle la cautionne. Et je m’étonne que l’on se demande encore pourquoi il n’y a pas davantage de femmes sur les plateaux techniques…

Est-ce vraiment mieux chez vous ?

Car ce que je vis là n’est pas exceptionnel. D’autres, sur d’autres open space, se plaignent des mêmes comportements. Beaucoup se taisent. Est-ce vraiment mieux chez vous ? Quel plateau peut se vanter de ne pas bruisser de ce vocabulaire, de ces « putains », de ces « dans ton cul » et autres évocations répétitives des pénétré·e·s ?

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Vos commentaires

  • Le 7 mars 2014 à 13:48, par Nico En réponse à : Machisme de l’open space

    Pour ma part, je plaide coupable d’être parfois d’un humour lourdingue au possible (sans forcément tomber dans le méga-vulgaire que tu énonces ici).

    Mais c’est un poil différent, car j’en fais des gigatonnes pour me moquer justement de ces comportements débiles (au hasard : sexisme, racisme, xénophobie, etc.).

    Typiquement, tu as p-e entendu parler d’une votation en Suisse à propos de quotas d’immigration, loi proposée par un parti populiste. Dans ce cas, on va par exemple se faire « la minute anti-frontaliers », c’est à celui qui va trouver l’argument le plus débile pour dire que les frontaliers sont le mal absolu en Suisse. Idem pour les racistes et xénophobes, etc.

    Souvent y en a un qui sort « ah non, j’y arrive pas, c’est vraiment trop con comme argument ».

    Après, comme disait l’autre, on peut rire de tout mais pas avec n’importe qui. :)

  • Le 7 mars 2014 à 15:50, par kReEsTaL En réponse à : Machisme de l’open space

    Waouh, quelle claque, cet article, Romy ! Merci d’avoir partagé ton ras-le-bol. Je me suis reconnue dans certains passages, notamment dans celui où tu racontes le fait de voir son propre langage se métamorphoser au fur et à mesure de la fréquentation d’open spaces IT… Misère !

    Quand on commence à alerter sur le sexisme et l’homophobie sur son lieu de travail, on passe souvent pour le ou la relou(e) – et on se heurte neuf fois sur dix au fameux « argument » : « ohlàlà si on ne peut plus rigoler hein !! » (sous-entendu : « tu n’as pas d’humour, donc c’est normal que tu sois choqué(e) »).

    Curieusement, autant les blagues machistes et homophobes ne semblent choquer personne (on voit même certain(e)s « dominé(e)s », au sens symbolique, prendre part à ce type de joutes verbales) , autant on n’entendrait jamais le dixième de cet « « « humour » » » transposé au champ lexical de la religion, de la langue, de la couleur de peau… Ça, au moins, les beaufs ont à peu près compris que ça ne se fait pas.

    Mais dénigrer autrui en fonction de son genre et de son orientation sexuelle, ça, oui, c’est permis, c’est même intégré de façon épidermique dans notre culture.

    Quelle solution ? La question est épineuse. On ne peut pas toujours réagir, ni monter au front sans arrêt – c’est épuisant, sinon vain. Après tout, on est sur un lieu de travail : comme on ne choisit pas sa famille, on ne choisit pas ses collègues, en tout cas pas dans les moyennes et grandes structures.

    Utiliser l’humour, non pour faire la leçon (la parole d’un individu isolé contre celle d’un groupe a hélas toujours moins de poids), mais pour, d’une part, verbaliser avec une apparente légèreté le fait que tout le monde n’est pas d’accord (il y a sans doute parmi tes collègues des gens qui pensent comme toi mais n’osent simplement pas le dire, ou ne savent pas l’exprimer comme toi), mais aussi pour éveiller les consciences, une sorte d’étincelle qui fera – ou non – son chemin dans l’esprit de celles et ceux qui auront entendu ta parole, comme un grain de sable dans un coquillage se transformant – ou non – en perle.

    Néanmoins, je pense qu’il est trop tard pour changer les réflexes et les convictions des adultes. Le respect d’autrui ne peut être enseigné réellement qu’au plus jeune âge. Après, c’est trop tard… On ne peut qu’essayer de contenir cette parole destructrice et d’éveiller quelques consciences dans le tas.

    Je me console quand j’entends d’autres collègues que moi rabattre le caquet aux auteurs de petites phrases sexistes et/ou homophobes sur mon lieu de travail. Ça fait un bien fou !

  • Le 7 mars 2014 à 16:37, par Damien En réponse à : Machisme de l’open space

    Si je n’ai pas la réponse à ta question « Est-ce vraiment mieux chez vous ? » ça a le mérite de faire réfléchir. Merci pour l’article, par contre le sous-titre est aussi un exemple de ce que tu dénonce.

  • Le 7 mars 2014 à 19:24, par Vivien En réponse à : Machisme de l’open space

    Article vraiment intéressant et qui montre une volonté d’avoir du recul par rapport à la situation, ce qui est rarement évident.

    Ce genre de situation me rapelle furieusement une formation dans laquelle 1/3 des personnes ne pensaient qu’à faire la fête en fin de journée, avec le même genre de comportement envahissant et agressif, les boucs émissaires, etc. Juste que là le groupe de cons ne focalisait pas sur le sexe mais sur le dénigrement du travail.

    Finalement, qu’importe le prétexte, ce genre de comportement se retrouve partout.

  • Le 8 mars 2014 à 19:00, par Hugome En réponse à : Machisme de l’open space

    Jamais, de ma vie, je n’ai rencontré ce type d’humour gras. Mais bon, je suis cadre, alors, peut-être que je vois pas tout.

  • Le 8 mars 2014 à 19:06, par Eve La Fée En réponse à : Machisme de l’open space

    Hugome> peut-être que tu n’en as jamais croisé ou peut-être que tu n’as jamais remarqué : ce genre d’humour à la Bigard est tellement banalisé qu’on y fait pas forcement attention.

  • Le 8 mars 2014 à 22:00, par tnt En réponse à : Machisme de l’open space

    Un soupir n’est pas une grossièreté (il me semble).

    Je ne vois pas trop le rapport entre cette ambiance (que je (re)connais bien...) et l’open space. Certes le groupe favorise tout cela, mais croyez moi, on retrouve exactement le même genre de choses dans les entreprises sans open-space, en réunion ou à la machine à café... L’open space a bien assez de défauts, pour une fois accordons lui de ne pas être la source de tous les maux ;-) .

    Pour avoir travaillé pas mal en SSII, open space ou pas, il me semble quand même que c’est gratiné ce que vous décrivez. Je ne sais pas s’il s’agit vraiment de « domination masculine », on dirait plutôt une bonne vieille façon de se rassurer par le groupe (et les hommes semblant majoritaires...). Ceci dit je comprends que ce soit dur à supporter, bon courage.

  • Le 8 mars 2014 à 23:15, par twitter En réponse à : Machisme de l’open space

    borisschapira : non, je ne reconnais pas du tout mon plateau dans cette description. Et j’en suis bien content ! Quelle horreur, même pour un homme. enfin surtout pour un homme n’ayant rien à se prouver à lui-même sur sa sexualité. Pour les autres, j’imagine que ça les rassure. c’est vraiment pathétique.

    jwajsberg : c’est sans doute présent dans toute entreprise, à différentes échelles, et il faut pointer ces comportements quand ils arrivent faute de quoi ils se banalisent. Je pense que ça commence par petites touches, sans grande gravité, et ça finit comme ça.

    q_ruy : violence et grossièreté ce n’est pas la même chose... Les grossièretés c’est moche, s’en offusquer frise l’injonction morale. Il y a des exemples de violence verbale dans l’article mais pas que...
    clochix : ce ne sont pas n’importe quelles grossièretés, elles ne sont pas scato par exemple. Elles participent du maintien d’un ordre
    q_ruy : p-ê une manifestation de cet ordre chez des gens qui n’en ont pas conscience pour la plupart... Ca me semble un peu dérisoire. ce qui me choque le + c’est la tête de turc. Très commun ds le monde du travail, mais pas spécialement machiste.

  • Le 9 mars 2014 à 15:21, par passant En réponse à : Machisme de l’open space

    effectivement, comme le fait remarquer evelafée, dont je suis allé visiter le blog déserté depuis quelques années, et qui dit que depuis son dernier article, en changeant d’employeur, ça va beaucoup mieux, ce genre d’état d’esprit est monnaie courante dans beaucoup de cadres professionnels et sociaux.
    ça m’avait épuisé de vivre ça avec des enfants d’école primaire, des ado en collège ou lycée, avec des collègues au langage policé mais ayant le même sens, obsédé par le sexe masculin pénétrant et dominateur, comme dans les milieux ouvriers, les milieux industriels, les milieux commerciaux, plein de milieux où les costumes changent et les lexiques aussi, mais où le fond est le même, omniprésent, brutal, méchant, abrutissant et abruti.
    là où je suis encore plus pessimiste, c’est que je ne suis pas sûr du % de personnes responsables, causes, de l’ambiance en question. je pense que c’est beaucoup beaucoup plus que 5%... et qu’en revanche le % de personnes s’en détachant, même de façon discrète, est souvent plus proche de ça, genre le 1/5 de la population... évidemment, moi j’ai aussi constaté, que de changer d’employeur ne m’avait pas vraiment fait voir autre chose, être plus heureux de ce à quoi je participais, sentir être vraiment utile : au contraire, je me demande si le fait d’avoir des métiers, des activités économiques ne répondant que de façons très détournées voir lointaines aux réels besoins des populations, des usagers finaux, y compris quand on produit des agrumes comme ouvriers agricols, alors que dire de la quasi-totalité des produits de services qui font disparaître les savoirs faire humains, donc prolétarisent les populations de façon plus efficace encore que la division du travail à outrance, que dire donc de l’impacte sur les motivations inconscientes des gens dans leur travail, donc dans leur rapports économiques et sociaux, donc dans leurs rapports à l’autre ? et donc comment s’étonner qu’ils en arrivent à s’obséder sur un besoin de domination totale, brutale, destructrice, à travers un sexe violent et niant toute altérité ?

  • Le 9 mars 2014 à 22:00, par Riff En réponse à : Machisme de l’open space

    Merci pour cet article, Romi.

    Ce que je trouve assez dérangeant, c’est que dans le monde de l’informatique, on retrouve ce genre de comportement dès la formation. Je me permet de faire partager mon expérience dans ce domaine :

    J’effectue un cursus en alternance dans une « école supérieure » d’informatique, et les journées de cours sont effectivement ponctuées de ce genre de remarque graveleuse.
    La vulgarité ne me dérange pas vraiment, mais j’ai constaté au sein de ma promotion les mêmes tendances que ce que tu décrit dans ton open-space : l’humiliation, c’est la comparaison au féminin ou au « pénétré ». Les insultes favorites tournent autour du sexe masculin, et l’insulté est systématiquement comparé à une femme, ou à un homosexuel « passif ». C’est déja révélateur d’un état d’esprit assez sexisten mais le comportement quotidien l’est encore plus, et je suis franchement impressionné par la capacité de résistance des trois filles de la promo (sur 25 élèves). Parce qu’elles sont insultées et reléguées au rang d’accessoires plus ou moins en permanence, par la parole ou par les comportements.

    Quelques extraits :
    « je sais pas, tu suce ? » en réponse à une demande d’info techniques

    « - Ma connexion au serveur plante, c’est normal ? » - « Évidemment, c’est une des fille qui l’a configuré. »

    « des filles qui programment, c’est pas normal, quand même » (celle la m’a d’autant plus marqué qu’elle venait de la part d’un gars qui se plaignait deux phrases plus tôt qu’il n’y avait pas assez de filles dans l’école)

    « c’est une jolie fille, elle se trouvera bien un type pour l’entretenir ».

    Un groupe d’élève préparent un week-end rallongé sur la côte méditéranéenne et l’un d’eux se tourne vers une des filles : « Eh, tu viens avec nous ? » - « Si c’est pour vous faire la bouffe, ça m’intéresse pas... » - « Oh non, c’est juste pour nous détendre, il y a déja ma grand-mère pour la cuisine. » ( il à ensuite bien fait comprendre ce qu’il entendait par « nous détendre » : jouer la poupée gonflable pour quatre).

    Autre cas typiques : en cas de présentation d’un travail de groupe, la fille de l’équipe gère l’introduction, et est reléguée au rôle de potiche pendant que les gars monopolisent la parole sur le reste du temps imparti...

    Les autres filles, celles qui ne sont pas dans la promo, sont totalement réduites à leur corps, avec pour enjeu majeur leur « baisabilité » et leur « sortabilité », c’est à dire leur classement entre « boudin » ("ni baisable, ni sortable"), « bonasse » ("baisable et sortable"), et « pute/salope/chaudasse/etc » ("baisable mais pas sortable"), avec le comportement qui va avec : « désabillage » du regard, sifflements et hululements en tout genres dès qu’une « bonasse » passe dans le champs visuel, plus les commentaires assortis, tout ça pouvant aller jusqu’à se ruer dans le couloir pour pouvoir « mater » plus longtemps... Il y a aussi les longues scéances à la fenêtre à se moquer des filles qui maneuvrent pour se garer, « parce que bon, c’est clair, les filles savent pas conduire » (dans la bouche de celui qui avait embouti un scooter en garant sa voiture le matin même).

    J’ajouterai qu’il y a un bon gros fond de racisme. Du racisme ordinaire et pas forcément assumé comme tel par ceux qui le pratique, mais quand même : cette année sont arrivés dans la promo un groupe d’étudiants camerounais. Depuis septembre nous ne sommes que quatre des étudiants présents l’année précédente à leur avoir ne serait-ce qu’adressé la parole. Les autres élèves ne s’y réfèrent qu’en tant que groupe, jamais en tant que personnes distinctes, et toujours en référence à leur couleur de peau. Ce ne sont pas George, Fabien ou Phillipe, mais « les noirs » ou « les africains ». J’ai aussi entendu pas mal de discours du type « Je ne suis pas raciste, mais faut bien admettre que... », à chaque fois finissant par une grosse généralité bien raciste censée s’appliquer à tout les camerounais de la promo (ils sont « feignants », ils sont « nuls », ils « savent pas bosser »...).
    Bizarrement, ils les organisateurs du repas de promo avait oublié de les inviter ce soir là... faut dire qu’ils n’avait pas non plus prévenu les élèves originaires du maghreb...

    Ces propos et ces comportements sont majoritairement issus d’un petit groupe, mais c’est le petit groupe le plus actif et le plus bruyant de la promo. J’ai tenté de faire remarquer ces problèmes au deux ou trois de mes camarades les moins « adeptes » (ceux qui se limitent à une vanne de temps en temps pour prouver leur intégration au groupe ?) et j’ai eu droit à des haussements d’épaules... J’ai quand même finit par craquer et par pousser un coup de gueule après un « je suis pas raciste mais... » de trop, mais sans aucuns effets autre que souder le groupe dans la dénégation ("c’est pas raciste, c’est juste un constat", « c’est juste une façon de parler », « c’est pas grave, c’est que pour rire », « arrête de voir des racistes partout, c’est lourd... »).

    Et en entreprise ? Ben c’est pareil, surtout au niveau du sexisme, mais en plus policé, avec un joli embalage bien acceptable, comme le fait remarquer passant précédemment. Nul doute que d’ici quelques années mes collègues de promo actuels auront attends un même niveau de « lissage » dans leurs propos...

    Désolé pour la longueur du propos et le petit « hors sujet » concernant le racisme, mais ça m’avait l’air pertinent par rapport à ce que tu évoque dans ton billet.

  • Le 12 mars 2014 à 00:27, par karl En réponse à : Machisme de l’open space

    Magnifique article.

    Juste une note supplémentaire que cet état n’est pas uniquement dérangeant, si ce n’est insupportable, pour les femmes, mais aussi pour certains hommes. Il y a également une pression immense sur les hommes car eux n’ont même pas le droit d’exister dans une sensibilité différente. Pas l’intention de renverser le débat, les mots blessants, les mots choisis sont dirigés vers les « pénétré(e)s » et c’est insupportable.

  • Le 13 octobre 2014 à 00:36, par djeribi En réponse à : Machisme de l’open space

    Lire aussi cet article du Guardian sur le sexisme en fac, pareillement déprimant, quelle vague de fond : 10 things female students shouldn’t have to go through at university

  • Le 9 juillet 2015 à 16:11, par quote En réponse à : Machisme de l’open space

    Pour la première fois, un conseil de prud’hommes qualifie de harcèlement sexuel à l’encontre d’une salariée des agissements à caractère sexuel qui ne la visaient pas personnellement.

    […]

    Dans les procédures dans lesquelles l’AVFT intervient, c’est la première fois qu’un conseil de prud’hommes condamne une entreprise attaquée par une salariée qui n’a pas été personnellement visée par le harcèlement sexuel, mais qui en a été exposée à des propos et comportements non désirés à caractère sexuel dans le cadre de son travail.

    Il fait ainsi une application à bon escient de l’article L1153 alinéa 1 du Code du travail qui définit le harcèlement sexuel comme « des propos ou comportements à connotation sexuelle répétés qui soit portent atteinte à [la dignité de la salariée] en raison de leur caractère dégradant ou humiliant, soit créent à [l’encontre de la salariée] une situation intimidante, hostile ou offensante ».

    […]

    Bien qu’il soit systémique et destiné à la collectivité des femmes, la lutte contre cette forme de harcèlement sexuel est trop souvent solitaire, les salariées étant généralement obligées de mettre en place des stratégies individuelles de résistance, raison pour laquelle les représailles se concentrent sur elles.

  • Le 23 octobre 2015 à 23:09, par LeDuke En réponse à : Machisme de l’open space

    Hélas... pour avoir connu différentes vies et différents contextes professionnels, le milieu de l’informatique porte la marque de ces comportements souvent synonymes d’immaturité et d’un niveau culturel proche de zéro. Quelqu’un qui lit, voyage, reffléchit, n’aura pas ces comportements. Aussi simple que ça. J’y suis toujours dans l’info, et ça ne s’arrange pas. Je suis devenu un peu snob, ça fait de moi un bon candidat au harcèlement, mais comme généralement les gens bêtes sont aussi un peu lâches, il suffit de montrer que vous avez de la répartie et du répondant et ces gamineries vont s’exercer à l’égard d’autres cibles potentielles. En revanche, parler d’une minorité agissante, c’est un peu se voiler la face, chacun est responsable de ses actes. Et qui ne dit mot consent. Continuez à exercer votre sens de la justice, c’est une valeur en or, qui ne se négocie pas.

  • Le 11 juin à 20:53, par marre En réponse à : Machisme de l’open space

    @LeDuke : Précision : Les gens qui ne voyagent pas ne sont pas débiles. Les gens qui disent « on a fait New York » "on a fait la Thaïlande" n’ont fait que des selfies devant les points de vues ultra clichés et n’ont rien appris de la vie.
    De même les gens qui ne lisent que des romans tête de gondoles ne sont pas plus intelligents que les autres.

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