Les hommes sont lents

1er mars 2017,
par Romy Têtue


— Vous avez dit : « Les hommes sont lents ».
— […] Je trouve qu’ils sont lents, en tant que groupe. Déjà ils ont été assez lents à comprendre que le féminisme les concernaient. On ne pouvait pas avoir toute une partie de la population qui voulait changer le monde, changer la façon de vivre, l’espace public, et que eux allaient juste… rien changer. Ça doit se faire ensemble ou alors il faut qu’on soit dans des sociétés non-mixtes. Mais si on est dans une société mixte il ne peut pas y avoir un féminisme actif avec une population masculine passive. Il faut que ça se fasse dans une discussion, dans des frottements ou même des conflits.

Là où je trouve que les hommes sont très très lents c’est sur des questions comme le viol ou le harcèlement de rue ou le harcèlement au travail […] Ça fait plus de trente ans que je vois toujours la même chose : des filles qui se réunissent pour en parler ; on va quand même pas se réunir comme ça des siècles et des siècles […] Ceux qui doivent en parler, se poser le problème, ce sont les agresseurs, c’est-à-dire les hommes : c’est aux hommes de se demander « qu’est-ce que vous foutez avec le viol », par exemple. Spa nous : en général, on viole très peu. Donc vous, en tant que groupe, qu’est-ce que vous foutez avec le viol ? Est-ce que vous pensez que c’est nécessaire, pour nous tenir […] Y’a quelque chose, parce que sinon, quand y’a un viol, vous vous rassembleriez pour vous demander comment faire pour arrêter ça. C’est pas une force supérieure à vous qui s’empare de vous, spa Satan. Satan vous habite pas quand vous violez. Donc qu’est-ce que c’est que votre culture, qu’est-ce que vos comportements, votre rapport à l’alcool, au groupe, à la féminité… Qu’est-ce que vous pouvez changer ? Parce que ceux qui doivent arrêter de violer, c’est les hommes. Nous on peut pas… on n’est pas au maximun, mais quasiment. Parce qu’après, la seule solution intéressante qu’on peut apporter, en tant que femme, c’est sortir avec un bazooka et dès qu’on voit un mec qui bouge, boum, on l’allume avant de savoir si oui ou non c’est un agresseur […]

Ceux qui doivent renoncer par rapport au viol, au harcèlement et à toute une série de comportements qui changent complètement la façon qu’ont les femmes de se déplacer en ville mais aussi d’être chez elles et dans leur corps, tout le temps, ce sont les hommes. Y’a des choses qu’on peut, nous, faire : on peut faire plus de films, plus produire, se débrouiller pour avoir des postes de pouvoir et changer des représentativités… Mais les viols, les gars, ça reste votre problème. Ou alors dites-nous « nous on trouve ça bien parce c’est pratique qu’il y ait des violeurs, c’est un peu comme les terroristes : il font le boulot pour que vous vous teniez toutes tranquilles, y’en a 3 ou 4 qui font ce sale boulot et nous on profite de ça. » Mais dites-le nous clairement.

Et c’est là que je trouve les hommes lents : c’est-à-dire, à un moment donné, prenez la parole sur ce qui est votre problème. Les victimes souvent sont des femmes, d’accord, mais les agresseurs c’est vous, donc c’est à vous de prendre ça en charge. […] Ça devrait faire 15 ou 20 ans que je devrais voir les mecs réfléchir comme des fous pour changer. Mais je ne les vois pas.

Andrea Dworkin demandait en 1983, il y a 34 ans, aux hommes pourquoi ils étaient si lents à comprendre les choses. Pourquoi étaient-ils si lents à comprendre que les femmes sont dans l’urgence d’arrêter d’être violées, d’arrêter d’être frappées, d’arrêter d’être tuées, d’arrêter d’être blâmées pour avoir été violées, frappées et tuées. Pourquoi 34 ans après l’êtes-vous toujours autant ? Pourquoi mon urgence devrait être de chercher les bons mots, le « des » au lieu du « les » pour ne pas vexer votre ego et vivre sous la menace que vous passiez du statut de faux allié à celui d’ennemi déclaré.

Et s’il devait y avoir une requête, une question ou une interpellation humaine dans ce cri, ce serait ceci : pourquoi êtes-vous si lents ? Pourquoi êtes-vous si lents à comprendre les choses les plus élémentaires ? Pas les choses idéologiques compliquées ; celles-là, vous les comprenez. Les choses simples. Les banalités comme celles-là : les femmes sont tout aussi humaines que vous, en degré et en qualité.

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