L’Humanité, le célèbre journal gaucho-coco fait en ce moment sa publicité en 4 par 3 dans les couloirs du métro parisien. Le slogan : Dans un monde idéal, l’Humanité n’existerait pas
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Les images : un bombardier lâche des ours en peluches, un Amoco Cadiz laisse échapper une flopée de canards de bains, des CRS chargent armés de leurs sucres d’orge, et la quatrième, une exécution au trombone à coulisse. Bien, bien...
Plutôt que de discuter la pertinence du slogan, je me suis prise au jeu, imaginant d’autres improbables rapprochements d’objets, de concepts, surréalistiquement délicieux... Mais revenons à nos moutons, qui ont ici l’apparence de canards de bain, me rappelant farouchement le mien, qui trône en bonne place sur la robinetterie de la douche, inutile et bête canard de plastique jaune, toujours paré de ses intrigantes couleurs irisées...
Le dimanche suivant le placardage de ces affiches, je me suis réveillée, comme de coutume, très mollement avec la radio en fond sonore. J’entendais, dans un demi-sommeil, qu’une marée de canards de bain en caoutchouc allaient bientôt s’échouer sur les rives de la Nouvelle-Angleterre. Jetés d’un cargo, les canards en question avaient dérivé pendant plus de 10 ans, bourlinguant sur trois océans, voguant sur les eaux où a sombré le Titanic. Certains ont changé de direction et pris le chemin de l’Europe, d’autres ont continué sur leur lancée, et les océanographes qui ont suivi la joyeuse bande ont pu approfondir leur étude des courants marins de surface. Nos gentils canards en ont vu de toutes les couleurs avant de perdre les leurs pour s’échouer complètement délavés, et le fabricant, trop heureux d’apprendre le retour de sa progéniture, après toutes années d’aventure, offre un certificat d’authenticité à qui s’enquerra d’en prendre soin.
Je me suis soudain complètement réveillée, à la fin du flash d’info, me frottant les yeux, me tire-bouchonnant l’oreille, pas certaine d’avoir bien entendu. J’en ai parlé autour de moi, et on a bien rit des débordements manifestes de mon imagination, d’aucun me traitant de folle. Rêve, info ou intox ?
L’Huma, qui croyait rêver un monde idéal, est tombé en plein dans la réalité. Outre les marées noires tristement célèbres, 10 000 conteneurs sont perdus en mer chaque année. Il y a onze ans, un cargo en partance de la Chine a ainsi perdu sa cargaison de 29 000 jouets [1], qui comprenait un important lot de canards de bain en caoutchouc. Conçus pour flotter, ceux-ci ont flotté. Alaska, détroit de Bering, Islande...
Ainsi, le monde est idéal, puisqu’il déverse sa marée de canards de bain. Oui, mais alors, pourquoi l’Humanité existe ?
- Campagne de pub conçue par agence leg : http://www.leg-agency.com - Leur site vaut le détour :
Ce n’est pas votre publicité qui est nulle, c’est vous
annonce leur page d’accueil. - Le site de l’Huma : http://www.humanite.presse.fr
[1] Leur pérégrination fut alors patiemment suivie par Curtis Ebbersmeyer. Aujourd’hui retraité, cet océanographe du cabinet de consultants scientifiques Evans-Hamilton cultive, depuis toujours, une passion pour les objets flottants rejetés sur les plages. Ces objets apportent à la connaissance des océans l’intérêt des grandes nombres. J’ai recueilli, au fil des ans, des millions de rapports d’objets trouvés, à croiser avec les centaines de rapports issus des bouées d’observations scientifiques
. (Science et Vie)
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