Les canards de l’Humanité

10 juillet 2003,
par Romy Têtue

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L’Humanité, le célèbre journal gaucho-coco fait en ce moment sa publicité en 4 par 3 dans les couloirs du métro parisien. Le slogan : « Dans un monde idéal, l’Humanité n’existerait pas ». Les images : un bombardier lâche des ours en peluches, un Amoco Cadiz laisse échapper une flopée de canards de bains, des CRS chargent armés de leurs sucres d’orge, et la quatrième, une exécution au trombone à coulisse [1]. Je me suis prise au jeu, me plaisant à imaginer d’autres improbables rapprochements d’objets, de concepts, surréalistiquement délicieux…

Mais revenons à nos moutons, qui sont ici des canards de bain, me rappelant farouchement le mien, qui trône en bonne place sur la robinetterie de la douche, inutile et bête canard de plastique jaune, toujours paré de ses intrigantes couleurs irisées…

Le dimanche suivant le placardage de ces affiches, je me suis réveillée, comme de coutume, très mollement, avec la radio en fond sonore. Dans mon demi-sommeil, j’entendais qu’une marée de canards de bain en caoutchouc allaient bientôt s’échouer sur les rives de la Nouvelle-Angleterre. Échappés d’un cargo, les canards en question avaient dérivé pendant plus de 10 ans, bourlinguant sur trois océans, voguant sur les eaux où a sombré le Titanic. Certains ont changé de direction et pris le chemin de l’Europe, d’autres ont continué sur leur lancée, et les océanographes qui ont suivi la joyeuse bande ont pu approfondir leur étude des courants marins de surface. Ces braves canards en ont vu de toutes les couleurs avant de perdre les leurs pour s’échouer complètement délavés, et le fabricant, trop heureux d’apprendre le retour de sa progéniture, après toutes années d’aventure, offre un certificat d’authenticité à qui s’enquerra d’en prendre soin.

Je me suis soudain complètement réveillée, à la fin du flash d’info, me frottant les yeux, me tire-bouchonnant l’oreille, pas certaine d’avoir bien entendu. J’en ai parlé autour de moi, et on a bien rit des débordements manifestes de mon imagination. Rêve, info ou intox ?

L’Huma, qui croyait rêver un monde idéal, est tombé en plein dans le mille de la réalité. Outre les marées noires tristement célèbres, 10 000 conteneurs sont perdus en mer chaque année. Il y a onze ans, un cargo en partance de la Chine a ainsi perdu sa cargaison de 29 000 jouets [2], qui comprenait un important lot de canards de bain en caoutchouc. Conçus pour flotter, ceux-ci ont flotté. Alaska, détroit de Bering, Islande…

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Vos commentaires

  • Le 27 juin 2014 à 09:13, par Romy Têtue En réponse à : Les canards de l’Humanité

    Dans le même genre, la NASA a dispersé une centaine de canards en plastique jaune, délibérément cette fois, pour étudier dans les entrailles du glacier Jakobshavn, au Groenland. Munis d’instruments de mesure, ces canards devaient aider les scientifiques à suivre la fonte des glaces et à connaître le déplacement exact des eaux vers l’océan. Mais trois mois plus tard, les chercheurs sont inquiets parce qu’aucun des membres de l’escouade n’est réapparu… En 2008, cette expérience low-tech devait permettre d’étudier le changement climatique et la fonte des glaces en arctique. Malheureusement aucun canard n’est réapparu.
    Lire la suite : Les « rubber ducks » de la Nasa disparus, la fiction prend le relais

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