La bûche des fêtes

27 décembre 2017,
par Romy Têtue

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Savez-vous qu’une vieille tradition païenne persiste sur votre table de Noël ?

J’en vois, ici et là, qui manquent de s’envoyer la bûche dans la tronche : des chrétien·es se l’approprient tant et si bien que d’autres refusent d’y goûter… Cela m’attriste que mes ami·es se privent de dessert parce que d’autres ne veulent plus leur partager. C’est d’autant plus dommage que vous vous faites avoir, tous et toutes autant que vous êtes ! Par ignorance. Écoutez plutôt…

Savez-vous que la « bûche de Noël » a des racines païennes ? Très profondément enracinées : cette coutume, fort ancienne et persistante à travers les siècles n’a rien à voir avec la naissance d’un sauveur chrétien, à laquelle elle est antérieure.

La plupart des coutumes associées à Noël — le sapin, la bûche, le houx, le gui, le père Noël et les cadeaux — sont héritées des festivités païennes liées au solstice d’hiver. Elles n’ont rien à voir avec la naissance de Jésus, que les chrétiens ont finit par célébrer à la même période, pour se donner une bonne raison de faire la fête en même temps que tout le monde :)

La tradition de la bûche est un vestige des feux de joie que les païens allumaient lors du solstice d’hiver. Ces feux symbolisaient le retour du Soleil. Il y a quelques milliers d’années, les peuples polythéistes germano-celtiques brûlaient la bûche de Yule ou Jol, un tronc d’arbre, carrément, plusieurs jours durant, à la période la plus sombre de l’année. Lorsque cette bûche magique était consumée, les jours recommençaient à croître, apportant de nouveau la lumière et la chaleur des rayons du soleil.

Puis la coutume, répandue dans toute l’Europe médiévale, consistait à brûler une grosse bûche qui, allumée aux tisons de celle de l’année précédente, devait se consumer lentement, au moins toute la nuit, arrosée de vin, de sel et de vœux pour porter bonheur dans l’année à venir. À partir du 12e siècle, l’Église s’en mêle, pour se joindre à la fête, aspergeant les bûches d’eau bénite. Au fil des temps, les foyers se font moins grands et la bûche plus petite, mais la tradition de ce feu de joie persiste jusqu’à la fin du 19e siècle.

Puis les fours et poêles en fonte remplaçant les cheminées, la tradition s’adapte de nouveau : la yule log est alors posée sur la table, ornée de trois bougies et de branchages persistants. Elle s’accompagne de rituels qui sont toujours pratiqués dans certaines familles païennes contemporaines, celles des fils d’Odin ou celles de sorcières wiccanes.

Yule Log created and photographed by Kara Sigrun, 2015.

Cette bûche trônant sur la table, parfois entourée de marrons, noisettes et autres friandises, devient pâtisserie dans les villes industrielles, où il est moins facile de trouver une bûche en bois, à la fin du 19e siècle. Elle se popularise après la Seconde Guerre mondiale, au point de remplacer les traditionnels gâteaux de Noël, dont certains, en forme de nourrisson emmailloté, évoquaient plus explicitement la nativité chrétienne. Cette génoise roulée au chocolat, striée à la fourchette pour évoquer l’écorce, saupoudrée de sucre glace pour la neige et décorée de feuilles de houx en massepain, est devenue le dessert traditionnel des fêtes de fin d’année en France, en Suisse, au Québec et dans les pays francophones.

C’est ainsi que ma grand-mère, qui n’était pas très chrétienne, en faisait une succulente et inoubliable, garnie de crème au beurre aromatisée au café, décorée de lutins bûcherons et de champignons magiques. Mais la bûche que je préfère est encore celle qui crépite dans l’âtre, que l’on regarde en rêvant, de longues heures durant, cracher ses étincelles comme autant de fées et d’esprits sylvestres, en écoutant les contes et légendes de tous les pays… Aujourd’hui, la fête de Noël s’est fortement sécularisée, si bien que païens et chrétiens, croyants et athées, se réunissent autour de la bûche en ces temps festifs.

Bûche des fêtes de la maison Vachon
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