Justice pour Sohane, brûlée vive

8 avril 2006,
par Romy Têtue

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La cour d’assises du Val-de-Marne a condamné hier le meurtrier de Sohane à une peine exemplaire de 25 ans de réclusion criminelle, et son complice à 8 ans. Retour sur une semaine d’audiences.

Dès le premier jour du procès, la tension était palpable entre les personnes venues nombreuses soutenir le meurtrier et son complice, et celles venues pour Sohane et sa famille. Les accusés sont toujours aussi bien soutenus et entourés, voire même applaudis. En effet, trois ans et demi après ce drame, nombreux sont ceux et celles, le meurtrier présumé en premier, qui ne se rendent toujours pas compte de la cruauté et de la gravité de cet acte. D’ailleurs l’avocat de la défense, Me Giraud, plaide l’accident quand bien même la préméditation ne fait plus aucun doute : après avoir annoncé à qui voulait l’entendre qu’il allait la cramer, Jamal Derrar avait préalablement dissimulé un litre d’essence dans le local, afin d’en asperger Sohane, devant témoins, pour que cela serve de leçon.

Elles pensaient que ce serait une correction de plus…

Cité BalzacÀ la barre, les amies de Sohane qui ont assisté à l’embrasement de la jeune fille, témoignent [1] : Monia explique que Jamal Derrar avait la rage contre Sohane. Après avoir été bafoué publiquement par Issa, le petit ami de Sohane, qui s’était révélé plus fort que lui, il s’en est pris à Sohane : Ça a été son exutoire. Il lui a interdit la cité Balzac. Il a mijoté un truc de ouf, dont il a prévenu l’entourage.

Le jour du meurtre, il a dit à Sohane : Suis-moi, ou je te nique sur place. Elle l’a suivi, terrifiée, jusqu’au bâtiment H, où il l’a fait attendre dans le local à poubelles tandis qu’il allait chercher ses copines à elle, pour qu’elles assistent à ce qu’il allait faire. Au cours des mois précédents, il l’avait déjà tapée pour se venger de l’humiliation infligée par Issa. Dès qu’il la voyait, il la tapait précise Isabelle. Elles ont pensé que ce serait une correction plus forte. Il avait dit à plusieurs reprises qu’il voulait lui faire une peur bleue.

Tu me prends pour un con, tu me prends pour un pédé ! a-t-il crié à Sohane. Monia se souvient comment d’un coup ça a dégénéré. Il l’a giflée. Il a ouvert la bouteille, il l’a versée sur sa tête. On a senti l’odeur, c’est là qu’on a réalisé, qu’on a tous eu peur. Elle l’a supplié…. Jamal Derrar, que tout le monde appelait Nono, approchait et reculait la flamme, il disait : t’as peur, t’as peur. Et puis Sohane a pris feu d’un coup, termine Isabelle.

Ces témoignages en disent long sur le contexte de violence installée dans lequel ce drame a eu lieu. Interdiction de circuler librement, insultes, menaces et coups sont à ce point monnaie courante que cela ne choque même plus. J’ai rigolé en me disant qu’il allait sans doute nous taper, dit Isabelle.

Dans les lycées, quand filles et garçons ont commencé à s’exprimer sur ce drame, après des mois de silence, c’était pour dire que Sohane l’avait bien cherché, puisqu’elle était prévenue et n’avait finalement qu’à obéir pour éviter ce drame, sans penser un seul instant à remettre en question les contraintes et menaces exercées [2]. Au contraire, l’on s’interroge sur la virginité de Sohane, sur ses fréquentations, sur les libertés qu’elle osait prendre.

Vivre ensembleEt c’est certainement ce qui choque le plus dans cette affaire : cette banalisation de la violence, une telle soumission à la loi du plus fort, à la peur et aux menaces, que celles-ci sont énoncées comme simple règle de vie commune, sans que leur caractère oppresseur n’en soit perçu. Une telle normalisation du sexisme, que l’on innocente instantanément l’homme, même violent, même meurtrier, pour soupçonner, voire même accuser, sa victime, inversant ainsi victime et coupable en dépit des faits. Sohane serait ainsi « coupable » de n’avoir pas respecté ces règles tacites, violemment sexistes, en ne se soumettant pas à celui qui voulait lui imposer sa loi : elle lui tenait tête, elle lui rétorquait que la terre appartenait à tout le monde, dit Monia.

Kahina, sa sœur, a dû quitter Vitry pour poursuivre plus sereinement ses études. Aujourd’hui je me rends compte que Sohane militait sans s’en rendre compte explique-t-elle. Notre père nous a élevées dans le respect des autres, dans l’ouverture, la confiance. Nous n’avons pas été dressées à baisser les yeux. C’est ce qu’ils ont fait payer à Sohane. [3]

Une victime sur le banc des accusés !?

De même, il semblerait que Jamal Derrar ne soit pas vraiment coupable. Il serait, ainsi que le clament celles et ceux, copains et badauds, qui prennent sa défense, une victime du système : un pauv’bébé abandonné par Papa-État et Maman-Éduc-Nationale. Comme si accuser ces instances d’échouer à préserver la paix dans les banlieues, autorisaient leurs habitants à y mettre le feu et s’entre-tuer. Comme si, la responsabilité de l’État étant mise en cause, citoyens et citoyennes ne devaient plus être tenus responsables de leurs actes.

Devant le Palais de Justice de Créteil, un groupe de jeunes vocifère et s’empoigne : C’était un type bien ! T’as pas le droit de dire ça ! Personne n’a le droit de juger !

Bref, il s’agirait d’une erreur : on jugerait la victime d’un système au lieu du système coupable. L’avocat de la défense, Me Giraud, le dit bien, lui qui craint l’amalgame et le fait que son client soit jugé pour des symboles qui le dépassent, tels que la lutte contre le sexisme dans la cité et la violence dans les banlieues. Il a fait une bêtise, une connerie, dit-on dans la salle d’audience.

Ainsi, ce serait la faute à pas de chance. Pourtant le briquet de n’est pas allumé tout seul : c’est bien Jamal Derrar et personne d’autre, qui brandi la flamme mortelle. Pour d’autres encore, Sohane et Nono seraient des compagnons de malheur, comme s’il s’agissait là d’une énième romance malheureuse où les amants meurent ensemble, dans une sorte de suicide consenti, et peu importent les supplications de Sohane. Et certains d’évoquer la passion de Nono pour Sohane et de se demander combien de femmes aimeraient être aimées comme Sohane fut aimée… quel cauchemard !

Jamal Derrar et Tony Rocca dans le box des accusésAgé de 19 ans au moment des faits, Jamal Derrar est bel et bien, au regard de la société, un citoyen adulte et responsable, aujourd’hui reconnu coupable d’actes de tortures et de barbarie ayant entraîné la mort. L’avocat général Jean-Paul Content ne lui a accordé comme seule circonstance atténuante que sa jeunesse, attaquant ses versions incohérentes, voire contradictoires [4]. C’est un jeune homme terriblement ambivalent, chéri comme fils idéal par ses parents, mais décrit comme pervers et méchant par ses professeurs. Je n’ai jamais vu une telle indifférence, avait précisé l’enquêtrice chargée de l’étude de la personnalité de Jamal Derrar [5].

Petit caïd et vrai macho

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Partout le patriarcat tue
Si l’avocat de l’accusé, Me Giraud dénonçait une sorte d’exploitation de cette affaire par des associations féministes, l’avocat général Me Content a bien souligné la dimension sexiste de ce crime, qui a trouvé son origine dans une rivalité masculine exacerbant jalousie et désir de vengeance. Nono ayant été vaincu, la haine qu’il éprouvait à l’égard d’Issa, il l’a reportée sur Sohane, a rappelé Me Content, écartant les thèses du crime passionnel et de l’accident, que l’accusé a soutenues jusqu’au bout.

Parce que Sohane, que Nono avait interdite de cité Balzac, refusait de se soumettre à son autorité de mâle, il allait la mettre au pas, l’attirant dans un véritable guet-apens, a encore rappelé Me Content. Tu me prends pour un con, tu me prends pour un pédé ! a-t-il crié à Sohane, phrase typiquement machiste, avant de l’enflammer.

Lors de son plaidoyer, Me Szpiner, l’avocat de la famille de la victime, a requis 25 ans de réclusion criminelle contre le meurtrier, réclamant une peine exemplaire à destination d’un fond culturel qui veut que le mâle commande et que la femme se soumette. On se souvient en effet avec horreur des abjects applaudissements et autres cris d’encouragements lancés par les diverses petites frappes de la cité, voulant marquer leur solidarité avec le petit chef Nono.

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À Sohane, À toutes...
L’image d’une femme brûlée vive nous renvoie plusieurs siècles en arrière (…). La mort de Sohane est devenue le symbole de la violence la plus extrême faite aux femmes, et Sohane, l’icône de la fille qui veut vivre sa liberté sans se plier à la loi que veulent leur imposer certains garçons a dit l’avocat général Jean-Paul Content au terme d’une semaine de procès aux assises du Val-de-Marne.

Vos commentaires

  • Le 27 avril 2006 à 22:35, par greg En réponse à : Justice pour Sohane, brûlée vive

    Merci pour elle, elle le mérite !

  • Le 6 décembre 2006 à 21:06, par darras En réponse à : Justice pour Sohane, brûlée vive

    4 octobre 2002, cité Balzac

    Je vais essayer d’oublier tout ça.
    L’enfant qui brûle c’est très dur, on ne peut l’oublier.
    L’enfant qui brûle, ça n’en finit pas.
    Ça brûle pour toujours, il n’y a pas de bouclier.

    Actes de torture et de barbarie.
    Ayant entraîné la mort sans intention de la donner.
    Un verdict clément envers un pourri...
    Pauvre Sohane, trouvée inanimée, gravement brûlée .

    Pauvre petite Sohane,
    Tout était prémédité
    Vous n’aviez aucune chance.
    Jamal vous avez piègé.

    Je vais essayer d’oublier tout ça.
    L’enfant qui brûle c’est très dur, on ne peut l’oublier.
    L’enfant qui brûle, ça n’en finit pas.
    Ça brûle pour toujours, il n’y a pas de bouclier

    C’est un lâche, une petite ordure.
    Ce petit con qui se prennait pour un gros beur.
    Parce qu’il brûlait des voitures.
    Et voulait croire à des coutumes de malheurs.

    Votre vie c’est arrêtée à dix-sept ans.
    Jolie petite Sohane, vous courriez après le bonheur.
    Quelle injustice, une si belle enfant.
    Mourrir après tant de souffrances, de peurs et tant d’horreurs.

    Pauvre petite Sohane,
    Tout était prémédité
    Vous n’aviez aucune chance.
    Jamal vous avez piègé.

    Vous êtes le martyre de cette république.
    Qui ne pense qu’à l’argent.
    Et où tous nos responsables politiques.
    Se moquent de nos enfants.

    Vous êtes le martyre de cette barbarie.
    Qui s’intalle de jour en jour.
    Parce que deux civilisations si opposées.
    Doivent bien se supporter.

    Oh ! Je ne veux surement pas oublier tout ça.
    L’enfant qui brûle c’est très dur, on ne peut l’oublier.
    L’enfant qui brûle, ça n’en finit pas.
    Ça brûle pour toujours, il n’y a pas de bouclier.

    Guy le 07/12/2006

  • Le 14 mars 2007 à 10:55, par ahlem En réponse à : Justice pour Sohane, brûlée vive

    meme si sa fait lomptemp que cette acte c’est de barbarie c’est passée la peine , la douleur et la haine sont toujours la !!! lé quartier tue nos vie et notre enfance jaimerais apporter tout mon soutien a cette famille et inchallah sohanne au paradis tu iras dieu et grands et tout se paye !!!! bn courage et toute mes condoléence a la famille et l’entourage !

  • Le 8 juin 2007 à 16:00, par camilya En réponse à : Justice pour Sohane, brûlée vive

    ALLAH ALAHMOU à cette jeune femme SOHANE, qui a payé le prix d’être une femme libre, ALLAH est GRAND.
    Je suis de tout coeur avec ta famille qu’ALLAH punissent ceux qui doivent l’être !!
    Toutes mes condoléances a ta famille...
    Camilya qui pense à cette famille qui a connu un horrible drame.