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Je travaille en coopérative


10 février 2009,
par Romy Têtue

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— Mais alors... t’es salariée ou t’es indépendante ?
— Bin, les deux ! puisque j’te dis que je suis « entrepreneuse-salariée » !

La première fois que j’ai entendu parler des CAE (Coopérative d’Activité et d’Emploi) je n’ai prêté qu’une oreille distraite, ne me sentant pas concernée par ce truc qui me semblait appartenir au monde ouvrier d’antan. Il a fallu que je sois prise dans les méandres kafkaïens des formalités de déclaration d’activité [1] pour reconsidérer cette alternative et découvrir qu’elle répondait non seulement à mes besoins mais aussi à mes idéaux. Wôh !?

Plutôt que de galérer à créer ma petite entreprise toute seule dans mon coin, j’ai préféré rejoindre une entreprise existante, que je partage avec d’autres : une coopérative. Au sein de cette entreprise partagée, j’ai pu créer mon emploi, sur mesure. Le résultat fut immédiat : je ne me suis jamais autant éclatée dans mon taf ! Puis, chose également appréciable, j’ai commencé à en vivre.

Pour celles et ceux qui auraient besoin de se tester avant de se lancer, le premier avantage est bien celui-ci : la CAE permet de prendre le temps de tester son activité en conditions réelles d’exercice sans se farcir la galère de l’immatriculation, tout en limitant la casse en cas de plantage. Bref, de prendre le risque et de se faire plaisir et de réussir.

Car je suis salariée en CDI. Concrètement, la coopérative encaisse mes factures, provisionne les charges et me paye ensuite, en salaires mensuels, dont le montant est décidé ensemble, sur la base de mon chiffre d’affaire. Ce que je gagne m’est donc reversé — charges déduites — de façon lissée dans le temps. Ainsi je ne souffre des irrégularités de trésorerie et des décalages de paiement de charges, inhérents au statut d’entrepreneur classique : toutes mes charges sont payées et je cotise... comme n’importe quel salarié.

Mais ce n’est pas tout. Les salariés d’une CAE ont une double casquette : ils sont socialement et juridiquement salariés de la coopérative, mais d’un point de vue économique et professionnel ils sont aussi autonomes que des travailleurs indépendants. Ce sont des « entrepreneurs-salariés ». J’exerce mon métier en toute liberté... comme n’importe quel indépendant.

La coopérative est aussi un lieu d’entre-aide et de formation. Chacun est accompagné dans la création de son activité, à son rythme et selon son besoin. C’est aussi un réseau relationnel appréciable. J’aime particulièrement la diversité professionnelle de ma coopérative : mes 380 collègues sont rédacteur, styliste, ébéniste, informaticien, photographe, horticulteur, coach, etc. C’est fun, non ? Mais je surtout fière d’avoir autant de collègues si créatifs et entreprenants. Nous formons l’une des entreprises les plus innovantes du moment.

Vous me demandez combien ça me coûte et quelles sont les contraintes. Je verse 10 % de mon chiffre d’affaire au « pot commun » pour payer notre armada de comptables, juristes et autres permanents qui nous rendent bien service. La contrainte ? avoir le sens du partage et le sens des responsabilités pour savoir préserver la relation de confiance entre la coopérative et chacun de ses salariés. Car si je peux exercer mon activité très librement, c’est la coopérative qui encaisse et porte la responsabilité juridique de tout ce j’y fais.

La situation que je vous présente vous semble idéale ? Attention, rejoindre une coopérative ne produit pas de miracle ! La CAE ne fait pas les choses à votre place : à vous de bosser ! C’est à l’entrepreneur-salarié de se constituer sa clientèle, de prospecter, d’ajuster ses tarifs et de rédiger les devis, puis de fournir les prestations et produits attendus [2]. Comme n’importe quel indépendant, vous dis-je !

Les matinaux auront pu découvrir la coopérative dont je fais partie, dans l’émission Télématin de mercredi dernier, avec un reportage aussi court qu’efficace, qui répondra à votre curiosité en quelques minutes.

À lire aussi :

[1] Avant de rejoindre une coopérative, J’ai commencé par faire une déclaration d’activité ordinaire, mais qui eut des conséquences très pénibles, dont j’ai témoigné ici : « Remplissez ce formulaire P0 et tout ira bien ».

[2] J’avais déjà des clients lorsque j’ai rejoins Coopaname. Les prestations étaient déjà vendues et en partie effectuées, mais il me manquait la structure légale pour pouvoir les facturer, et c’est précisément ce que m’a permis la CAE. J’ai donc rapidement pu me salarier.

Vos commentaires

  • Le 13 mars 2009 à 13:06, par Catherine Bodet

    Tu n’en parles pas dans ton article, et pourtant, à mon avis, la forme coopérative, et donc la possibilité pour les salariés de devenir associés, fait partie intégrante de la logique "entreprise partagée" : tu dois pouvoir en être co-propriétaire et participer à sa direction politique.
    Bienvenue dans la 3ème dimension, celle de la gouvernance de la coopérative !

  • Le 13 mars 2009 à 13:10, par Romy Têtue

    Exact ! Merci d’avoir complété !

  • Le 17 août 2009 à 15:51, par Grégory

    Bonjour
    Merci pour l’article, je me renseignai sur le sujet pour devenir "entrepreneur" .
    J’hésite entre Etre en coopérative ou bien Auto-entrepreneur.

    En CAE le fait d’être moins isolé est un gros plus...je pense.

    Cordialement

  • Le 19 août 2009 à 14:14, par Romy Têtue

    Cela correspond surtout à deux projets de société opposés : en CAE on partage l’entreprise et ses avantages entre individus égaux, sur les principes de une personne = une voix et l’union fait la force, alors que l’auto-entrepreneuriat décharge les patrons en leur fournissant une force de travail assurée par des travailleurs aux droits réduits, sans protection, donc aussi facilement corvéables que jetables.

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