« Ils sont fous, ou ils ont peur ?!? »

Dimanche 21 avril 2002, vers 20H

21 avril 2002,
par Romy Têtue

Mots-clefs associés à cet article :

— Dis-moi Romy, à ton avis, les gens ont peur, ou alors ils sont fous ?
— Euh... ça dépend, c’est souvent lié... pourquoi tu me demande ça ?
— Le Pen président... t’es pas au courant ?
— Ouiiiiii.... je viens de voir les estimations de vote sur le Web. Bon, Chirac est en tête, et j’hallucine : Jospin et Le Pen sont donnés à égalité : 12,8 %. Mais, on n’en sait encore rien : attends l’annonce des résultats !
— Ils viennent justement d’être annoncés à la TV : c’est Chirac contre Le Pen !
— Pas possible ! Il est juste 20 heures passées : les derniers bureaux de vote viennent à peine de fermer, tous les bulletins ne sont pas dépouillés. Il ne peut s’agir que d’estimations et de sondages à la con !
— Non, non, c’est pas une blague : Le Pen est au second tour.

J’étais dans la rue quand le téléphone a sonné. Je réalise d’un coup que les discussions dans le métro, dont je viens de sortir, allaient dans le même sens. Je n’avais écouté que d’une oreille ce que je considérais comme des craintes infondées de gens peureux et peu confiants.
D’ailleurs, je n’entends toujours pas bien...

Dimanche soir. Il fait beau. Je viens d’aller voter pour la première fois à Paris, et citoyenne heureuse d’avoir usé de son droit, j’ai prévu de rentrer mater un bon film, après quoi, quand tous les blablateurs de politiciens et journalistes auront bien débatus autour d’estimations, j’aurais zappé pour découvrir les résultats : Chirac - Jospin, bien sûr, mais dans quelles proportions ?

Mais, à l’autre bout du fil, ça ne plaisante pas.

— Je viens de voir sa tête apparaître, après celle de Chirac...
— Sa sale petite gueule d’empaffé ?! de pitbull enragé !?!
— Oui !
— c’est pas possible !!! Y’en a qui ont réussi à voter pour ce putain de fil de pute de facho ?!! Mais y sont cons les gens !? Merde ! J’ai la haine... Stop, arrête ! Voilà maintenant que je me mets à proférer des insultes avec l’envie de casser du lepeniste ! Zut ! La haine, c’est jamais bon, stop. Je ne peux pas croire ça. Je rentre, j’allume la TV et je te rappelle.

Le choc

Finalement, je ne rappellerais pas.
Les heures passent. Je suis en état de choc.

Je reste muette d’effroi face à l’hallucinante présence de Jean-Marie Le Pen au second tour. Difficile de croire à cette réalité-là, tant elle ressemble à un cauchemar...

Ils sont tous là, dans le poste TV, à parler, parler, parler...
Mais rien n’y fait : oui, il y a bel et bien une pelleté de gens qui souhaitent voir un facho gouverner la France. Où suis-je ? Dans quel pays vais-je me réveiller demain matin ?

L'atelier de Jospin sous le choc

Je pleure en découvrant les visages décomposés, ahuris, dans les différents ateliers de campagne. Où est donc passée ma gauche tant aimée ? disparue, volatilisée, suicidée ! Ultime coût de grâce : Lionel Jospin démissionne, quitte la place, digne et intègre jusqu’à la perfection.

Je m’en veux de n’avoir pas pris ce premier tour suffisamment au sérieux, de n’avoir pas voté plus efficacement.

Et puis, après tout, non : j’ai voté ! Qu’est-ce que cette France de merde !?! À quoi ça sert de voter ? Où est passée ma voix ?

Descendre dans la rue

Mon premier réflexe : rejoindre les militant-e-s, aller voir en vrai ce que je n’arrivais pas à croire par l’intermédiaire du poste TV...

Bouger, sortir, parler, mais ne surtout pas rester là les bras ballants !

Puis, la colère venant, avec le sentiment de n’être pas entendu par les urnes, j’ai eu envie de descendre dans la rue. Envie que, les gens descendent dans la rue, nombreux, et tout de suite... et c’est ce qu’on a commencé à annoncer : des manifestations spontanées éclosaient ça & là.

Paris, place de la Bastille, dimanche 21 avril 2002

Au téléphone, l’un a dit : voter Le Pen contre l’insécurité ? mais c’est la meilleure façon de nourrir la rage de tous les casseurs de bagnole et de leur fournir le prétexte d’en casser bien davantage !

Un autre ironisait : OK, c’est bon : j’ai ressorti mon treillis !

Un dernier, fataliste, parlait déjà de guerre civile, de révolution où casser du CRS à la solde du FN...

Trop de colère, trop d’amertume, trop de haine...

J’ai préféré aller me coucher.

{#TITRE,#URL_ARTICLE,#INTRODUCTION}

Vos commentaires

  • Le 17 février 2008 à 13:02, par morand En réponse à : “Ils sont fous, ou ils ont peur ?!?”

    bonjour
    tombée par hasard ici...plutôt pas mal comme surprise du dimanche !
    interessant....parfois amusant aussi... envie de le dire pour .......pousser (un brin) à la continuité de votre élan ?!
    c est fait !
    merci...ana m

Répondre à cet article

Qui êtes-vous ?

Pour afficher votre trombine avec votre message, enregistrez-la d’abord sur gravatar.com (gratuit et indolore) et n’oubliez pas d’indiquer votre adresse e-mail ici.

Ajoutez votre commentaire ici
  • Raccourcis : {{gras}} {italique} -liste [bla->url] <q> <quote> <code>.

Suivre les commentaires : RSS 2.0 | Atom