Là, ça va pas, non, ça ne va pas du tout. Ne me demandez pas si j’ai la migraine, je vous répondrais non.
Elle est passée. Hier j’étais encore dans l’œil du cyclone, mais aujourd’hui la tempête est passée. Ca fait quatre jours que je tiens tête. Je tiens tête, je tiens tête, je tiens tête... et au cinquième jour, acalmie, je craque. J’ai eu mal à vomir, mal à syncoper. Je n’ai pas vomi. Je n’ai pas syncopé. J’ai seulement eu mal. Mal à m’en souvenir longtemps. Il est rare d’avoir mal à ce point. Heureusement.
Mal à cesser de penser, pour éviter d’oser penser y mettre un terme. Se claquer la tête contre les murs. Se jeter par la fenêtre, tête première.
Je ne me souviens plus de ces quatre derniers jours. Pourtant c’était hier. Restent une image, une parole de ci de là, de celles qui ont pu m’atteindre dans les rares moments de répit. Des miettes de souvenirs, des flashs.
Non, il ne faut pas trop m’en demander. Il est plus simple de dire de moi que je n’ai pas une bonne mémoire, voire de ne plus me tenir au courant, voire de m’oublier.
Ça évite d’avoir à comprendre que je n’oublie jamais que les jours de migraine. Et que ces jours ne se comptent chaque mois que sur les doigts d’une main. Et que je suis douée de suffisamment de bon sens et d’altruisme pour en avertir mon entourage.
La migraine est passée. Elle me laisse désolée. De cette tristesse de s’être battue contre quelque chose d’invisible, qui s’est soudain volatilisé. Vain combat.
De cette tristesse d’avoir perdu les autres, et d’avoir à les rejoindre, eux qui ont continué à vivre et se souviennent de leurs quatre derniers jours.
Elle est passée : je me sens l’esprit clair. C’en est presque surprenant cette sensation de clarté. Comme si ça faisait longtemps, trop longtemps. Comme si je sortais de plusieurs années d’internement psychiatrique dont je ne me souviendrais plus d’avoir été une autre. Quatre jours.
Je me relève, et, l’esprit clair, dresse le constat.
Elle me laisse désolée, mais l’esprit clair... et le corps ravagé.
J’ai l’estomac en vrac, la bouche en feu et le con en sang !
Non, je vous l’ai dit, ce n’est plus la migraine. Là, je gère les effets secondaires du traitement anti-migraineux. Rien que ça. Une queue de comète. Trois fois rien.
J’ai l’estomac en vrac, la bouche en feu et le con en sang. Je déguste. Comparativement à la migraine, c’est de la crème de marrons d’Ardèche. Mais quand même. Quand même !
Comment j’en suis arrivée là ? je vous le refais dans l’ordre...
Pour commencer, la neurologue, qui est la seule à savoir ce qu’est véritablement une migraine, a dégoté un anti-inflammatoire : très efficace pour stopper net la grande armada de la crise migraineuse, il me laisse l’estomac en vrac. Régime bouillon de légumes. Comme une gastro. Si c’est le prix à payer pour boutter hors Dame migraine ! Pas grave. Suffit d’être prévenue [1].
Pour ce qui est de la périodicité des crises calquée sur le cycle hormonal [2], elle me renvoie chez la gynéco. Celle-ci n’y connaît rien en migraine, hausse les épaules une année durant en pensant « problèmes de bonne femme », avant de daigner voir ce qu’elle peut faire pour me soulager. Le traitement hormonal [3] qui s’en suit sait fort bien tenir la migraine à l’écart sur la durée, mais me fait soudain bourgeonner en fin de plaquette. Boutons de fièvre, flambée d’aphtes et autres lésions, certaines aussi grosses que la dernière phalange du petit doigt... toutes les muqueuses de mon corps éclatent, pas une n’y échappe : les aliments me font mal en bouche, ma lèvre se fend et saigne, la position assise m’est un calvaire... quatre jours durant je bourgeonne, éclate et saigne.
Au début, n’y comprenant rien, je déboule chez le généraliste. Il n’y entend rien, mais, bienveillant, essaye tant bien que mal de récupérer ce qui s’avère finalement être les effets secondaires des traitements mis en place... et me prescrit des antibiotiques contre... ah bon ? je fais de l’herpès maintenant ?
Et ce n’est pas tout. Parce qu’avec un peu de malchance, un quelconque méchant microbe passera par là, mon corps ravagé n’aura plus la force de résister et j’en serais quitte pour quelques jours d’une crève quelconque. On aura oublié la migraine, je n’aurais plus qu’un rhume, une bronchite, un dérangement gastrique ou le dernier virus à la mode... Le temps que je m’en remette et il ne me restera plus qu’une dizaine de jours de tranquillité avant le retour si cyclique, si prévisible, du prochain cyclone migraineux.
S’avouant finalement dépassé, le généraliste invoque le psychosomatique. Le psy chez lequel j’atterris, me demande, — quelle originalité ! — quel problème j’ai avec ma... féminité.
Je vous rappelle que j’ai juste une maladie neurologique a priori héréditaire [4]. Ma féminité se porte bien, merci. Du moins se portait très bien, jusqu’à ce qu’on lui triture les hormones pour essayer d’endiguer les migraines. Connards de toubibs !
Alors si vous connaissez un ou une gentille toubib qui s’y entend en migraine et ne me prendra pas pour un cobaye hypocondriaque, dites-le moi !

Merci à Albert Lobo pour l’illustration.
[1] Mais pourquoi diable ne prescrit-on pas d’office un protecteur gastrique avec les anti-inflammatoires dont on connaît pourtant cet effet indésirable ? Je n’avais jamais eu de problème au ventre, et depuis 4 ans, je m’étonnais d’être plus fragile et d’avoir plus facilement mal au ventre... je n’ai compris pourquoi qu’il y a un mois : parce que depuis 4 ans, je prends un anti-inflammatoire pour stopper les crises de migraine ! ça m’énerve !
[2] Mes crises de migraine surviennent en effet au moment des règles (ce que le médecin appelle dans son jargon migraine cataméniale). Je suis loin d’être un cas particulier puisque deux tiers des femmes migraineuses s’en plaignent. Voir : dossier Migraine et vie des femmes sur doctissimo.fr
[3] Elle n’a même pas pensé à me faire un bilan hormonal, cette garce, avant de me bourrer de cachetons ! En plus, paraît qu’il existe un traitement tout simple pour prévenir la migraine des règles : des œstrogènes sous la forme d’un gel à appliquer sur la peau...
[4] Et même plus : je viens de découvrir qu’il existe une origine génétique prouvée à ces crises liées aux règles. Y pourraient peut-être se renseigner les toubibs ? ce n’est pas à moi de faire leur boulot ;(
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Vos commentaires
1. Le 7 janvier 2005 à 20:35, par Veronique
En réponse à : Hé ! j’ai juste un problème neurologique !
J’ai lu avec plaisir ton message, avec plaisir, parce que c’est tellement vrai et drole mais avec tristesse en voyant par ou tu es passee, ma pauvre, c’est fou ca ..
Sinon, essaie les oestrogenes quelques jours avant les regles ti as raison, ca marche bien chez certaines personnes
Bonne chance et bravo pour ton humour
merci
2. Le 12 mai 2006 à 20:56, par sophie
En réponse à : Hé ! j’ai juste un problème neurologique !
je donnais dans mon précédent mail qui manifestement n a pas voulu partir quelques pistes pour trouver une solution à cet orage cerebral qui donne la nausée.
Merci d abord pour ce texte si parlant. TOus les migraineux passent par les mêmes recherches, reflexions et se heurtent aux mêmes remarques stupides « c est à cause de moi ? » " ça veut dire que tu ne veux pas être avec nous", si tu faisais plus de sport aussi, t es amorphe c est pas étonnant que tu aies des migraines , ça circule pas / allez expliquer à quelqu un qui ne sait pas ce qu est une migraine que chaque pas peut déclencher une douleur à vomir./ ça vient au moment des règles alors ouiii la féminité ?
Un traitement hormonal peut fonctionner seulement il présente de graves effets secondaires la dernière neurolgue que j ai consultée m a prescrit un anti depresseur de la catégorie ancienne et depuis deux mois je n ai eu que deux migraines effacées avec deux antalgiques et on n en parle plus.
Bon courage
sophie
3. Le 14 mai 2006 à 20:45, par Romy Têtue
En réponse à : Hééé ! j’ai juste un problème neurologique !
Grrrrr, moi aussi j’ai droit aux réflexions « t’as qu’à faire plus de sport » complètement stupides, voire méchantes, surtout quand on sait que l’effort physique empire la migraine. Change de fréquentations et entoure-toi de gens réellement bienveillants !
Marre aussi qu’on nous prenne pour des dépressives et qu’on nous bourre de cachetons pour nous faire taire, nous et nos douleurs. Connards de toubibs !
4. Le 21 janvier 2008 à 10:22, par Annick
En réponse à : Hé ! j’ai juste un problème neurologique !
Bonjour, je me prénomme Annick, j’ai 44 ans et souffre de migraines depuis au moins 20 ans, j’ai tout essayé, je n’énumère pas car les migraineux connaissent tous par où on passe et les différends traitements qu’on essaie , comme je dis souvent on me dirait qu’avaler de la m.....guéri, je le ferais....
donc pour en revenir au message de Sophie moi aussi j’ai essayé l’anti dépresseur et depuis, j’ai minimum, 1 migraine par semaine ou même moins, donc essayé et vous verrez
donnez moi vos témoignages merci et à bientôt
teamtramoy@tele2.fr
5. Le 16 avril 2009 à 09:37, par Stéphane Deschamps
En réponse à : Hééé ! j’ai juste un problème neurologique !
En fait ce n’est pas si stupide ; ou plus exactement disons que c’est mal dit mais qu’il y a des choses à creuser.
De plus en plus de gens lient la douleur à l’habitude liée à cette douleur, habitude prise par le cerveau, qui se laisse « distraire » si on l’y force, notamment par la pratique de la marche qui force le cerveau à se concentrer sur autre chose que la douleur.
En gros l’idée, c’est de faire perdre l’habitude que finit par prendre le cerveau de ne plus être concentré que sur la douleur.
C’est ce que je tente, et par moments ça marche. Ça ne fait pas disparaître la douleur complètement, mais ça l’atténue au point de la rendre vivable.
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