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François Ozon n’est pas un réalisateur

c’est un petit garçon qui joue à la poupée


10 février 2002,
par Romy Duhem-Verdière

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Il les a maquillées, habillées de tenues niaisement assorties depuis le chapeau jusqu’à la paire de chaussures, puis posées là, dans leur maison de poupées pleine de petits meubles kitsch. Et, sans dépasser le stade de la fascination, il regarde ce que ça donne, tel un enfant auquel on a donné trop de beaux jouets d’un coup, et qui ne sait pas trop quoi en faire.

Il leur fait prendre des poses, les accessoirise d’un inévitable et grotesque fume-cigarette de star, sans se lasser de les admirer platement, de les filmer sous toutes les coutures, nous assommant de gros plans trop longs, d’images inutiles, de gestes creux, de regards gratuitement mouillés, de charisme agaçant. Deux épithètes me revenaient constamment sur les lèvres pendant toute la durée du film : « pénible » et « complaisant ».

Aucune direction d’acteur, des personnages absolument superficiels, presque superflus. On se demande quelle est la part d’interprétation. Quant au scénario...

Le plus insupportable dans ce film, c’est qu’il passe volontiers pour une comédie musicale légère dont le seul intérêt serait l’audacieux casting, qui rassemble huit femmes légendaires du cinéma français, à travers plusieurs générations. Tout semble fait pour glorifier les actrices, que le réalisateur prétend avoir voulu magnifier (coiffure, maquillage et des heures de préparation avant chaque scène). Que viennent alors faire ces images humiliantes où Firmine Richard (la cuisinière) déchire malencontreusement sa robe après avoir péniblement tenté de se relever ? Pourquoi n’avoir pas coupé ces images au montage ? Aucune occasion n’est perdue pour montrer une coiffure défaite, un jupon qui dépasse, le corsage dégrafé de Fanny Ardant et même les fesses d’Isabelle Hupert... sans que cela n’apporte aucun sens. Si ce n’est le contraire de la magnificence.

Ce film que l’on salue d’une critique élogieuse et que l’on qualifie d’osé — en jouant sur les mots (Ozon = osons) à défaut de savoir quoi dire — n’a rien d’audacieux.
Par deux fois on nous sert la sauce fadasse du crêpage de chignon avec la même chorégraphie : petits cris, cheveux tirés, et finalement mordillement au poignet. Comme si les femmes entre elles ne pouvaient s’abstenir de se quereller. Par trois fois on nous balance, comme une révélation, du cliché éculé du désir homosexuel entre femmes : Catherine Deneuve et Fanny Ardant, après une lutte ridicule de femelles jalouses, tombent essoufflées, poitrine conte poitrine, et dans le trouble...

Il aurait pu paraître audacieux, effectivement, de voir les deux grandes stars échanger un langoureux baiser Hollywoodien. Au lieu de cela, on ne voit rien d’autre que la chevelure brune de Fanny Ardant... et la caméra, frustrée et impuissante, se glisse alors entre les jambes emmêlées des deux corps tombés au sol, pour nous en montrer les bas nylon qui plissent, les pieds tordus déchaussés, la jupe entortillée remontant indécemment, et les tenues de poupées toutes froissées !

A quoi tout cela rime-t-il ?

François Ozon ne s’en cache pas : Enfant, j’ai longtemps joué à la poupée. 8 femmes n’est ni plus ni moins qu’un retour à mes jeux de petit garçon. Et bien... qu’il lâche sa caméra et retourne donc à ses poupées ! On se passera fort bien de ses fantasmes niais de petit garçon pervers polymorphe.

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