Féminiser au point médian

Formes contractées de genre

25 août 2016,
par Romy Têtue

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Parenthèse, tiret ou point médian ? Quelle typographie adopter pour les formes contractées des variantes féminine et masculine ? Plusieurs pratiques existent pour écrire de façon contractée que « nous sommes motivés et motivées » :

  1. Nous sommes motivéEs
  2. Nous sommes motivé(e)s
  3. Nous sommes motivé/e/s
  4. Nous sommes motivé-e-s
  5. Nous sommes motivé·e·s
  6. Nous sommes motivé.e.s

Si celles-ci visent à écrire de façon plus inclusive, elles ne se valent pas. La typographie fait sens et la comprendre évitera de commettre des erreurs ou des contresens.

Capitale : motivéEs

La lettre capitale pour marquer le féminin est parfois employée par certainEs militantEs féministes, notamment de langue allemande. Son usage est controversé car la capitale accentue le féminin, au risque, pour celleux qui découvrent cette graphie, de n’y percevoir que le féminin, renforcé, sans plus aucune mixité. Bref, c’est un peu contre-performant. Pis encore sur Internet, où écrire en capitales équivaut à CRIER [1].

À éviter donc. Sauf si vous voulez casser les oreilles pour vous faire entendre, ce qui peut se défendre, comme parti-pris.

Parenthèse : motivé(e)s

À l’inverse de la capitale, la parenthèse atténue. Elle peut être également utilisée pour noter un pluriel facultatif : « le(s) musicien(ne)(s) joueront ».

Mais son usage [2] est jugé discriminant car on met littéralement le féminin entre parenthèses, l’isolant, le présentant comme optionnel, et donc facultatif, ce qui est quelque peu contraire à l’effet voulu. La parenthèse marque l’option, or les femmes ne sont pas optionnelles.

Barre oblique : motivé/e/s

La barre oblique (slash) s’emploie dans les expressions alternatives comme « et/ou ». Son usage est donc approprié pour marquer les alternatives de genre. Cependant certain/e/s lui reprochent, un peu comme pour la parenthèse, si pas de mettre le féminin à part, de séparer les deux genres… mais c’est confondre avec son usage en mathématiques, où elle symbolise effectivement la division.

En pratique, la barre oblique est plutôt encombrante, surtout pour les mots au pluriel, mais elle reste la forme la plus claire pour des formes comme « directeur/trice ». On l’utilisera moins pour les accords adjectivaux que pour les termes permutables, en particulier pour les articles et pronoms de la 3e personne : « le/la journaliste » et « il/elle est efficace ».

Astuce : utilisez la barre oblique quand vous pouvez la remplacer par « et/ou ».

Trait d’union : motivé-e-s

Préférable est l’emploi du trait d’union pour, comme son nom l’indique, sa forte symbolique unioniste : « musicien-ne-s », « motivé-e-s », et même l’article « un-e ».

Point médian : motivé·e·s

Beaucoup, dont je suis, préfèrent le point médian [3], pour s’adresser à tout·e·s. C’est une variante du trait d’union, sur lequel il a l’avantage d’être plus discret car typographiquement neutre et occupant moins d’espace. Il ne freine pas la lecture. De plus, il ne divise pas les mots en fin de ligne. Enfin il peut être combiné avec le tiret des mots composés : « vice-doyen·ne ».

Point : motivé.e.s

Dans de mauvaises compositions, le point médian est parfois remplacé par un point bas : « des élèves peu motivé.e.s ». C’est un usage à éviter car il est incorrect : le point marque la fin d’une phrase, un point c’est tout !

Point n’abusera

Bref, on évitera les capitales et les parenthèses pour les formes contractées des variantes de genre et on réservera la barre oblique aux pronoms et articles permutables.

Pour des raisons de cohérence et d’esthétique, on préférera le point médian, qui convient à toutes les formes contractées. À défaut, le trait d’union.

Enfin, rappelons qu’il est possible de rencontrer ces différentes typographies au sein d’un même texte, utilisées à bon escient. Par exemple : « Offre d’emploi (H/F) : vice-doyen·ne pédagogique ».

Dans tous les cas, il convient d’user des formes contractées avec parcimonie. Elles s’emploient quand on veut alléger le texte en évitant les répétitions et/ou lorsqu’on a affaire à des mots dont les variantes féminine et masculine ne distinguent que légèrement. Comme pour les abréviations : point trop n’en faut. Rappelons qu’en truffer ses textes et/ou se contenter de féminiser ne suffit pas à écrire de façon inclusive. Privilégiez les termes épicènes et les formulations non genrées. Point médian en dernier recours. Sinon tiret.

À l’oral, la forme contractée « bonjour à tou·te·s » se lira intégralement : « bonjour à tous et à toutes », comme pour les abréviations.

Vos commentaires

  • Le 26 août 2016 à 13:19, par Franck En réponse à : Féminiser au point médian

    C’est vrai que le point médian est judicieux, sauf qu’il est difficile à trouver sur un clavier (Windows, Linux, Mac, …) alors qu’un simple tiret est accessible en une (voire deux touches). Ça restera le principal écueil à son usage je pense.

  • Le 26 août 2016 à 14:44, par Vincent En réponse à : Féminiser au point médian

    Bonjour,

    Lecteur assidu de tes billets et toujours heureux d’y découvrir des pépites, je suis complétement défavorable à toutes ces graphies qui heurtent l’œil, la typographie, la facilité de lecture et qui ajoutent des incohérences grammaticales qui n’aident certainement pas celles et ceux qui ont des difficultés à lire ou à apprendre la langue.

    Sans parler des lecteurs d’écran qui vont restituer le tout de manière absurde.

    Oui, la grammaire - et les mauvaises habitudes - masquent le féminin.
    Non, ça n’a pas lieu d’être - encore que je comprenne qu’on puisse préférer d’autres combats.

    Je prône cependant d’utiliser de la vigilance - ne pas oublier la moitié de l’humanité - et des formes plus littérales pour embrasser tout le monde : celles et ceux, (Français, Françaises, Belges, Belges, comme disait Desproges).

    Une autre solution que j’aime bien aussi est de privilégier alternativement l’un ou l’autre genre. Dans un récent rapport - d’accessibilité, justement - qui parlait de personnes aveugles, hommes et femmes, effectuant des tests et de celles qui les accompagnaient, hommes et femmes aussi, j’ai choisi arbitrairement d’appeler « testeurs » les premiers et « accompagnatrices » les autres.

    Puisqu’on est dans le détail, je ferai remarquer que l’exemple du « Point : motivé.e.s », « des personnes peu motivé.e.s », est erroné. Il faudrait bien sûr écrire « des personnes peu motivées », sans aucun fatras destiné à se souvenir que la personne est bien au féminin même quand elle est très masculine... ;-)

  • Le 27 août 2016 à 20:04, par Stéphane Bortzmeyer En réponse à : Féminiser au point médian

    Il serait intéressant d’étudier plus en détail les conséquences techniques des différents choix. Tu notes que le point médian a l’avantage de ne pas diviser les mots mais qu’en est-il pour les autres ? (Je soupçonne que la barre oblique a cet inconvénient, sans compter des fonctions comme le comptage des mots d’un texte, que ces barres obliques fausseraient sans doute). Un autre exemple est celui des lecteurs d’écran (remarque de Vincent).

  • Le 27 août 2016 à 20:06, par Stéphane Bortzmeyer En réponse à : Féminiser au point médian

    Franck : sur Linux (et les autres Unix), Compose Point Tiret (l’utilisation de la touche Compose a l’avantage d’avoir des séquences « logiques » et facilement mémorisables). Romy avait déjà traité la mauvaise situation de Windows.

  • Le 31 août 2016 à 00:57, par Vincent M En réponse à : Féminiser au point médian

    Merci pour ce rappel, et en effet, comme le signale Stéphane, le point médian est facile à utiliser sur les claviers linuxiens (pour ma part la combinaison par défaut est alt gr+/. Le point médian se nomme aussi dans certains cas le « point élevé » (notamment en catalan punt volat). Mauvais en orthographe et adepte des jeux de sonorités, je peux ainsi me livrer, l’air de rien, à entendre le point médian en poing levé.

  • Le 31 août 2016 à 08:59, par StefOfficiel En réponse à : Féminiser au point médian

    « La typographie fait sens »

    Non, non, non et non !

    « La typographie a du sens »

  • Le 14 novembre 2016 à 20:20, par Romy Têtue En réponse à : Féminiser au point médian

    L’ami Vincent a dressé un tableau comparatif des différentes solutions, selon leur lisibilité, accessibilité et facilité de mise en œuvre, au regard duquel ma préférence va à la rédaction inclusive : « Tout le monde est enchanté » évidemment, sinon au point médian : « Ils·elles sont enchanté·e·s », mais surtout pas suppléé d’une balise abbr, car c’est aux outils de consultation de savoir restituer correctement.

  • Le 16 décembre 2016 à 23:20, par Romy Têtue En réponse à : Féminiser au point médian

    Autre proposition, d’Aewni, dans cet intéressant article : Écriture inclusive et lisibilité : l’apostrophe ! Ce qui nous donne donc : “Enchanté’e très cher’e, vous êtes la’e bienvenu’e ici”.

    Mais vue sa signification, l’élision, que remplace l’apostrophe dans cet exemple ? Il serait plus correct d’écrire « Enchanté’ très cher’, vous êtes l’bienvenu’ ici ». C’est-à-dire matérialiser les voyelles finales marquant le féminin par leur élision, puisque l’apostrophe élide. Ça n’est pas dénué d’élégance… mais en fait une phrase accordée au féminin et non mixte, ce qui n’est pas l’effet recherché ici.

  • Le 17 février à 23:30, par Katalina En réponse à : Féminiser au point médian

    Bonjour à tou·te·s.
    @Romy : immense merci pour vos tutos, ils m’ont permis de beaucoup apprendre et, mieux, de beaucoup comprendre le codage d’un site web. Je me couche moins ignorante après en avoir lu un !
    @Tou-te-s : la question des parenthèses pour « caser » le féminin me semble rejoindre celle du slash. En effet, dans les deux cas, seul le nom masculin apparaît en entier, le nom féminin devant se contenter d’un simple suffixe : producteur(trice) ; développeur/euse.
    À quand le plaisir de lire quelque part : productrice(teur) ; dévelopeuse(eur) ? Et ne serait-ce que pour le plaisir des protestations qui ne manqueraient sans doute pas d’affluer. Certains petits plaisirs peuvent parfois devenir de grandes joies !
    Amicalement à tou·te·s.

  • Le 31 mars à 08:14, par e-jambon En réponse à : Féminiser au point médian

    Avez-vous envisagé le coût ?

    Un indice : 7.10⁶ pages imprimées par mois pour le seul conseil d’état (700 personnes, grosso modo), et ce après une dématérialisation sévère (qui a du continuer, le chiffre a environ deux ans).

    1 page = 45 lignes (grosso modo). 1 ligne = 100 caractères.
    J’ai fait le compte sur quelques textes. En moyenne, je trouve (largement arrondi à la moyenne la plus faible constatée) 30 caractères pour 15 lignes.

    Faites les comptes => 150K pages de .é.e.s ou de .eur.rice etc...

    J’ai évoqué un chiffre que je connais pour être un fait sur 700 agents dans UNE administration... une _petite_ administration. Maintenant, même en imaginant que ce sont les plus gros consommateur d’impression (disons qu’ils consomment trois fois plus que n’importe quel autre administration), il y a plus d’un million d’agents dans les administrations publiques. Alors faites le calcul mensuel / annuel. RIEN que pour les administrations, hein.

    Imaginez donc dans les entreprises... Certes, individuellement, le personnel consomme nettement moins. Mais rapporté aux individu, la consommation de l’entreprise ne doit pas négligeable non plus (je n’ai pas de chiffres).

    Plutôt que de se branler le cerveau avec des trucs douteux, on pourrait, par exemple, militer / continuer de militer sur des problèmes _beaucoup_ plus urgent, comme par exemple le harcèlement de rue.

    Et comme ça, on ne perdrait pas non plus de temps à déchiffrer / écrire des trucs qui souffrent beaucoup plus d’être difficile à déchiffrer que de l’absence de rigueur dont l’auteur pourrait éventuellement faire preuve.

  • Le 4 avril à 14:14, par Romy Têtue En réponse à : Féminiser au point médian

    Au contraire, les formes contractées, tout comme les abréviations, prennent moins de place. Mais je peine à comprendre ce que vous essayez de calculer là… le coût de quoi ? en fonction de quoi ?

    Quant à la priorisation : avez-vous envisagé qu’il était possible de lutter sur plusieurs fronts en même temps ?

  • Le 17 avril à 13:04, par Perline En réponse à : Féminiser au point médian

    Tu as oublié celui qui est d’origine des linguistes, en particulier au Québec, pionnière en ce domaine, et la plus légère : motivé-es.
    Le trait d’union est un lien, donc message positif, le pluriel accolé à la dernière lettre facilite la lecture, ainsi plus légère.
    Je suis étonnée que tu n’aies pas mis cette orthographe historique.

  • Le 20 avril à 14:13, par Romy Têtue En réponse à : Féminiser au point médian

    @Perline : effectivement, cet article voulant juste répertorier les différents signes utilisés pour contracter, ne rentre pas dans le détail de leurs différentes mises en œuvres respectives. Merci du rappel.

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