Concevoir pour les extrêmes

17 novembre 2019,
par Romy Têtue

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Concevoir pour un cas d’usage extrême (Extreme Design) permet d’inclure davantage de personnes (Inclusive Design).

Lorsque nous concevons une interface, par exemple des ciseaux, pour répondre au besoin de couper du papier, cela satisfait la plupart des utilisateur et utilisatrices. En tant que designers, nous privilégions en effet, consciemment ou non, une certaine majorité. Ce faisant, nous négligeons un paquet d’utilisateurices, celleux aux extrêmes de la courbe : d’un côté celleux expert(e)s, qui n’ont pas besoin de notre aide et de l’autre celleux en difficulté, qui aurait pourtant besoin de notre attention renforcée.

Si l’on avait conçu l’interface pour ces usages extrêmes (Extreme Design) celle-ci serait légèrement différente : une paire de ciseaux, toujours pour couper du papier, mais avec une poignée antidérapante, idéalement ambidextre, présentant un moule pour les doigts à l’ouverture plus large, plus facile à manier car nécessitant moins de finesse de motricité et moins d’effort… Ce faisant, l’on se rend compte que, bien que conçue pour le cas spécifique des personnes limitées dans leurs mouvements, cette paire de ciseaux peut être utilisée par tout le monde.

Voyant sa femme Betsey souffrir avec son éplucheur à patates à cause de l’arthrite, Sam Farber a fondé OXO pour concevoir une série d’ustensiles de cuisine plus maniables, qui profitent désormais à toutes les personnes avec ou sans arthrite : en adoptant cette approche de design extrême dans les années 90, cette marque a vu ses ventes ses ventes augmenter de plus de 35 % par an. Concevoir pour les extrêmes permet d’inclure davantage de personnes. C’est un des principes du Design Inclusif.

C’est ainsi que nous sommes entourés d’objets conçus au départ pour un cas extrême, comme la télécommande, le robinet mitigeur, les portes coulissantes mais aussi les SMS, le courrier électronique ou le vibreur des téléphones : inventés pour répondre aux besoins particuliers de personnes handicapées ces produits et services sont aujourd’hui utilisés par tout le monde.

Il est temps de commencer à concevoir des expériences qui incluent vraiment celleux qui vivent aux extrémités de la courbe en cloche des utilisateurices, recommande Denis Boudreau.
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Vos commentaires

  • Le 10 octobre 2020 à 12:23, par Romy Têtue En réponse à : Concevoir pour les extrêmes

    Dans son ouvrage L’esprit design, référence en matière d’innovation et de design, le consultant Tim Brown définit l’innovation comme découlant de l’observation des usages et en particulier des « usagers extrêmes ». Si cette formulation est un peu maladroite (on préférera parler d’« usages extrêmes »), elle montre bien que les questions posées par le handicap et, plus globalement, par la perte d’autonomie, révèlent des défaillances et des mauvaises conceptions. Il peut s’agir aussi d’opportunités à saisir. Nombre d’innovations (télécommandes, mais aussi téléphones à qualité sonore améliorée) sont dues à une expertise d’usage liée aux personnes handicapées ou dépendantes.

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