Ensemble, c’est tout

18 avril 2007,
par Romy Têtue

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Je n’arrête pas de lire Ensemble, c’est tout. À cause de Camille, Philibert, Paulette et Lestafier. J’aimerais vous les présenter. Puis je m’arrête, pour ne pas arriver trop vite à la fin. Car je ne veux pas les quitter. J’attends. Je veux avoir le plaisir de les retrouver, pouvoir les garder avec moi le plus longtemps possible. Je veux les savourer. Ah, comme on s’attache à ces quatre-là !

Moi aussi j’ai une Mémé formidable qui agonise en maison de retraite, et je n’ai hélas pas la chance de pouvoir aller l’embrasser aussi souvent que Lestaffier. Moi aussi j’habite un appartement parisien Haussmanien improbable. Il ne me manque que son propriétaire, Philibert, aristo pur jus, bègue et trop craquant. Comme Camille je me suis rasée les cheveux pour passer moins de temps sous la douche. Comme cet abruti de Lestaffier j’ai connu les coups de feu des cuisines et la griserie des balades en moto. Moi aussi je vis en colocation, à trois, et j’en connais les joies et les désaccords.

— On est différents, c’est vrai, mais jusqu’où ? Peut-être que je me trompe, mais il me semble qu’on forme une belle équipe de bras cassés tous les trois, non ?
— Tu l’as dit…
— Et puis, qu’est-ce que ça veut dire, différents ? Moi qui ne sais pas me faire cuire un œuf, j’ai passé la journée en cuisine, et toi qui n’écoutes que de la techno, tu t’endors avec Vivaldi… C’est de la foutaise, ton histoire de torchons et de serviettes… Ce qui empêche les gens de vivre ensemble, c’est leur connerie, pas leurs différences…

Moi aussi, comme les trois plus jeunes, j’ai eu des parents tarés qu’il vaut mieux éviter de fréquenter. Moi aussi j’ai le cœur fendu de voir ma Mémé si mal logée dans ce mouroir — mais comment notre société s’occupe-t-elle de nos vieux !

« Pour la première fois et tous autant qu’ils étaient, ils eurent l’impression d’avoir une vraie famille. Mieux qu’une vraie d’ailleurs, une choisie, une voulue, une pour laquelle ils s’étaient battus et qui ne leur demandait rien d’autre en échange que d’être heureux ensemble. Même pas heureux d’ailleurs, ils n’étaient plus si exigeants. D’être ensemble, c’est tout. Et déjà c’était inespéré. »

Ce roman, pur moment de tendresse, est aussi un instantané de notre société aux liens distendus, où les vieux meurent trop seuls, ou les parents divorcent, déjantent ou abandonnent, où les enfants trinquent se cassent. Mais au lieu d’en faire un énième constat, toujours aussi affligeant, il passe à autre chose, c’est-à-dire la suite : nous, ici et maintenant. Et il réinvente le vivre-ensemble, il panse et tisse de nouveaux liens.

« Ces quatre là n’auraient jamais dû se rencontrer. Trop perdus, trop seuls, trop cabossés... Et pourtant, le destin, ou bien la vie, le hasard, l’amour — appelez ça comme vous voulez —, va se charger de les bousculer un peu. Leur histoire, c’est la théorie des dominos, mais à l’envers. Au lieu de se faire tomber, ils s’aident à se relever. »

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