Encore une belle endormie

4 mars 2008,
par Romy Têtue

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« Longtemps considérée comme la belle endormie de la région Centre, Montargis s’efforce peu à peu de changer son image » peut-on lire dans le journal local, au début de cet article (Éclaireur du Gâtinais du 20/12/2007) qui célèbre rien moins que « Le réveil de la belle endormie » consécutif aux « grand travaux » de l’équipe municipale sortante. Mazette, ils n’ont pas peur de l’emphase !

Pour la nouvelle arrivée que je suis, Montargis semble s’être endormie au XIXe siècle, je dirais même sous Napoléon, carrément le premier. On se croirait dans un décor de film historique. Les maisons sont cossues et l’on s’attend à en voir sortir des messieurs à favoris, notables et médecins, suivis de dociles et charmantes épouses à faux-culs, de non moins dociles servantes et d’une tripotée de marmots fiers comme des poux...

Ce n’est pas pire que Montreuil-sur-Mer, me direz-vous, ville que j’ai autrefois habitée, semblable petite bourgade, également ville fleurie, également sous-préfecture, comptant approximativement le même nombre d’habitants, également restée coincée au XIXe siècle, mais plutôt dans le sordide des Misérables de Victor Hugo.

Blasons d'or et d'azur des villes de Montargis (45) et Montreuil-sur-Mer (62)Ces municipalités affichent leurs armoiries en bonne place sur leur site web officiels : les reproduire ainsi, sur le plus moderne des médias actuels, dit bien l’importance qu’on accorde encore, par ici et par là, à ces représentations d’un autre temps, qui n’évoquent pour moi que la féodalité et les nombrilistes querelles de clochers. Leurs blasons d’or et d’azur, qui arborent chacun trois fleurs de lys couronnées, honorent encore la royauté, à croire que la révolution a épargné ces cités. C’est du moins ce qu’elles semblent revendiquer, au risque de l’arrogance. Je me sens ici, comme autrefois là-bas, dans une enclave où l’on préfère « laver son linge sale en famille », loin de la République et de ses lois protectrices et égalitaires.

L’une s’enorgueillit de son peintre d’époque, Girodet (1767-1824), quand l’autre se flatte du passage de Victor Hugo (1802-1885) dans la cité. Mon dieu, que les bourgades que province s’ennuient, pour n’avoir à tirer de fierté que des siècles passés ! N’ont-elles donc pas de héros plus moderne ? N’ont-elles donc pas su se ré-inventer au fil du temps, pour rester vivantes jusqu’à aujourd’hui ?

Toutes deux sont conduites par de rondouillets et ennuyeux maires de droite, tous deux UMP, sécuritaires et étriqués, et, pire, habitées par suffisamment de gens frileux et conservateurs pour les élire et les maintenir en place depuis des années. C’est encore cela le pire : devoir cohabiter avec ceux-là, qui sont contents de leur sort d’endormis.

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