Dévastée

Ophélie Klere et François Alary

22 avril 2011,
par Romy Têtue

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Un jour, j’étais âgée déjà, dans le hall d’un lieu public, un homme est venu vers moi. Il s’est fait connaître et il m’a dit : « Je vous connais depuis toujours. Tout le monde dit que vous étiez belle lorsque vous étiez jeune, je suis venu pour vous dire que pour moi je vous trouve plus belle maintenant que lorsque vous étiez jeune, j’aimais moins votre visage de jeune femme que celui que vous avez maintenant, dévasté. »

C’est l’incipit de L’Amant de Marguerite Duras, qui a inspiré le nom de la marque de prêt-à-porter créée par ce couple diplômé d’ESMOD Paris, qui gribouille des dessins macabres et mignons comme L’étrange Noël de Monsieur Jack, écrit de petites phrases assassines sur des tee shirts, et crée des fringues qui ressemblent à des faire-part de décès. Mais attention, ce n’est pas vraiment gothique : leur univers est plus esthétisant que morbide, plutôt romantique, très littéraire, assez parisien et leur démarche est artistique et reste artisanale, non sans un certain plaisir, tant dans le faire que dans le graphisme. L’on joue ici avec la mort, compagne taquine plus que fascinante. Comme une ballade au Père Lachaise, à chercher des œufs de Pâques sous les cerisiers en fleur, entre plaque funéraire et couronne mortuaire...

Leur site est à l’image : tout simplement chez Free, pas bégueule et pas en flash, faut oser, en pôle position chez Google sur le simple mot « dévastée », bravo ! Ils ont aussi relooké le site de Chloe Delaume, auteure et performeuse hantée par le drame familial qu’elle raconte dans Le Cri du sablier : alors qu’elle n’a que 10 ans, son père tue sa mère devant ses yeux puis se suicide.

Chloé Delaume en Dévastée

Dans la mode, Ophélie Klere et François Alary cheminent à part.

— Qu’est-ce qui déplaît au monde de la mode dans ce que vous faites ?
— Le côté pas chiadé, pas rêve d’enfant qui habille ses poupées. C’est ce qui fait notre modernité, je crois. On fait défiler les filles à plat parce qu’on trouve ça beau. Quand je regarde les autres collections, je trouve qu’on sent qu’elles ont été dessinées par des hommes. Leur vision de la féminité est très aseptisée. Comme s’ils n’aimaient pas les femmes. Ce côté ultra épilé, aux antipodes des années soixante-dix, je trouve ça ultra flippant.

Résultat ? C’est une blogueuse qui le dit, Julie Perello, au retour de la Fashion week 2008 :

La marque n’a rien inventé, mais je pourrais absolument TOUT porter, contrairement aux expérimentations gothiques d’un Rick Owens ou d’un Gareth Pugh. Souvent, comme Géraldine, je me demande à qui est destiné tout ce qui défile sur les podiums. Là, j’ai la réponse : moi !

J’aime beaucoup les motifs ajourés qui rigolent comme une citrouille d’Halloween, mais un peu moins les visages cireux, poudrés de blanc, des modèles. Je veux bien porter ces collants rayés comme un vol de chauve-souris mais tout ça reste trop noir (et blanc) pour moi, trop binaire, trop graphique. J’aimerais du rouge sang, frais et joyeux, du marron et du kaki, couleurs d’humus, et tant qu’à faire dans le suicide, du sensuel chamoiré comme l’Ophelia du préraphaélite John Everett Millais...

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