Des animaux et des hommes

5 février 2003,
par Romy Têtue

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Il n’y a pas si longtemps, j’ai écrit un texte que j’avais intitulé « un homme nu dans… ». Permettez-moi que vous raconter une autre petite chose… à propos d’un je-ne-sais-quoi nu dans le métro.

J’ai repris le travail il y a peu, depuis deux semaines. Comme beaucoup de parisiens et parisiennes, je prends le métro et le RER pour me rendre chaque matin au bureau et idem dans l’autre sens pour rentrer chez moi le soir. Tout cela pour dire que je passe soudainement beaucoup plus de temps dans les transports en commun... et que cela a considérablement modifié ma perception de la publicité annonçant le prochain spectacle de Jean-Marie Bigard.
J’avais déjà vu cette affiche une première fois, ce qui avait fait surgir une cohorte de points d’interrogations grommelants dans ma tête. Je l’avais revue à d’autres occasions, plutôt furtives, et cela m’avait simplement donné à penser que ce Bigard était décidément très vulgaire (je l’imagine d’ici rétorquer : « Comment dites-vous ? vulvaire ? ha-ha-ha ! » et ça ne me fait pas rire). Mieux vaut ne pas perdre son temps avec cela et regarder ailleurs.

L’agacement suprême me venait du titre : Des animaux et des hommes. Celui-ci m’évoque spontanément deux choses :

  1. la première est un écho du titre d’un roman de John Steinbeck, Des souris et des hommes, où — curieux hasard ! — le personnage principal, Lennie, est un simple d’esprit (d’autres diront une brute épaisse) qui aime caresser les choses douces, mais ne sait le faire sans les détruire, qu’il s’agisse de lapin, de chiot, de souris, ou de... femmes.
  2. la seconde est une extrapolation d’une autre dualité qui serait des femmes et des hommes, ce qui pourrait être entendu comme la légende de l’affiche. N’oublions pas que Bigard est un humoriste, et qu’il joue donc avec la connivence de son spectateur, doué lui aussi du sens de l’humour, du double-sens, du jeu de mots et du décryptage de lapsus faussement involontaires. Ainsi Bigard, présenté dans le plus simple appareil, et étrangement travesti, serait en train de nous dire : « moi, homme, voici comment je vois les femmes, oups ! pardon, je voulais dire les animaux », et ce disant, il nous montre une grosse moule, dont on connaît le sens métaphorique.

Mais on peut toujours répondre à cela qu’il ne s’agit que de mon interprétation, et que si ça m’agace souverainement, c’est que décidément, je n’ai pas le sens de l’humour. « Ouh ! la méchante rabat-joie ! qu’est-ce qu’elle vient faire chier avec ses histoires de bonnes femmes, continuons de rigoler en nous grattant les couilles ostensiblement (parce que, justement, son baratin, on s’en bats les...) », etc.

J’en reviens à mon trajet nouvellement bi-quotidien dans les transports en commun parisiens...
En général, le matin, je suis moyennement réveillée, l’esprit vaguement occupé à des pensées sereines telles que « quel temps fait-il à la surface ? » et autres joyeuses futilités. Alors... quand au premier arrêt, considérant nonchalamment le mouvement des montées et descentes de la marée humaine dans la rame, mon regard tombe par hasard sur une forme humaine complètement nue et au sexe monstrueusement agrandi, plutôt difforme, — « Aaaah-aah !? c’est quoi ce truc *$¿ ? » — qui rappelle furtivement la dissection d’un animal en cours de biologie... ça fait un choc. Je reconnais l’affiche de Bigard, peste intérieurement du mauvais coup qu’elle vient de me faire, le métro repart et avec lui, mon esprit reprend ses futiles préoccupations : « tiens ? quel est le menu ce midi à la cantine ? ». À l’arrêt suivant, rebelote, re-choc. Re-Bigard pas lassé d’exhiber sa grosse moule. Et ceci 10 fois de suite. Et à nouveau 10 autres fois sur le trajet du retour. À ce stade, c’est du harcèlement ! Je n’en peux plus !
L’affiche de son spectacle, je l’ai dans le crâne. Il suffit que je ferme les yeux pour voir la grosse moule à la chair flapie, béante comme un gosier hurlant, tenue à la main par un homme nu au regard de merlan frit, surpris pile à cet instant d’indécision entre stupeur et pouffement de rire. J’ai beau faire, ça reste collé à la casserole.
Je me suis même surprise à émettre la considération suivante : « il a placé la moule à l’envers, son clitoris est en bas... » Pour en arriver à une telle confusion, il faut que j’ai inconsciemment admis que le sexe féminin, le mien, soit une moule. Aïe !

Stop, ça suffit, je n’en peux plus ! 20 fois par jour, c’est trop ! J’ai vraiment besoin de faire quelque chose comme prendre un seau de colle à papier et découper quelques silhouettes de culottes en papier et, ainsi équipée, d’aller rhabiller cette andouille de Bigard. Que Bigard rit donc et fasse rire de ce qu’il veut, mais ce serait gentil de sa part qu’il me laisse le choix en ne m’imposant pas de partager son humour. Merci.
Bien entendu, je lui ai écrit un gentil petit message en ce sens. Et suis prête à en écrite un moins gentil s’il ne retire pas son affiche. Et plus. J’en ai marre.

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