Je viens de m’inscrire sur la liste des demandeurs d’emploi et, c’est drôle, car vous avez été plusieurs à me poser des questions à ce sujet. La première est « Pourquoi ? »
Parce qu’à la fin de mon dernier contrat de travail, une amie a réussi à me convaincre :
— T’as fini ton contrat... mais pourquoi tu ne t’es pas réinscrite sur la liste des demandeurs d’emploi ?
— Parce que je ne chôme pas : j’ai du boulot en freelance et encore un petit CDI à temps partiel.
— Et alors !? t’as le droit, qu’elle me dit. Tu viens quand même de perdre un emploi et t’en cherche un autre, non ?
— Oui, mais comme ça ne va pas durer longtemps, ça va faire beaucoup de paperasse pour trois fois rien.
— T’en sais rien ! Et percevoir une allocation chômage t’aiderait justement à rebondir, vu que t’es fauchée en ce moment. T’as le droit : ça fait des années que tu cotise chaque mois pour ça !
— Ouille, vu ce que ça m’a coûté précédemment, je ne suis pas prête à remettre le doigt dans l’engrenage !
J’avais énormément d’appréhension à l’idée d’être à nouveau fichée puisque que cela m’exposerait à ces organismes dont l’incompétence soi-disant informatique m’avait fichue dans la merde il y a 4 ans. Pour sortir de ce merdier Kafkaïen, je n’avais alors pas trouvé d’autre issue que de me laisser radier ici, demander à être supprimée là, et couronner le tout par un déménagement dans une autre région, pour bien brouiller les pistes. Parano. Certes, mais j’ai effectivement la paix depuis : on ne me demande plus par erreur de payer des taxes et impôts dont je ne suis pas redevable, juste parce qu’on a coché la mauvaise case dans le logiciel
(sic).
Parmi les organismes incriminés, deux ont disparu entre temps, pour fusionner dans ce qui s’appelle désormais le « pôle emploi » dont le logo, qui ressemble incroyablement à celui d’un vieux logiciel plein de bugs et aux failles de sécurité alarmantes, ne laisse rien présager de bon...
— Tu peux aller au musée gratos !
— Ah ouais ?
Ça m’intéresse déjà davantage. Sortir me changer les idées, après quelques années de disette culturelle provinciale, je suis preneuse. Les musées nationaux (et certaines piscines) ouvrent gratuitement leurs portes aux demandeurs d’emploi, sur présentation des justificatifs ad hoc : la « carte de demandeur d’emploi » (valable 3 mois) ou un « avis de situation » que l’on peut imprimer depuis son espace personnel en ligne. Mouais...
— Inscris-toi au moins pour grossir le taux de chômage ! Ne pas être inscrite alors que tu es réellement en recherche fausse les statistiques et contribue à maquiller la réalité du chômage en France. Si tout le monde faisait comme toi, le chômage serait invisible et Sarkozy serait un champion.
— ...
C’est cet argument qui l’emportât. Avoir glissé mon bulletin de vote dans l’urne il y a 3 ans n’aura pas empêché l’élection d’un guignol à la présidence. Alors si je peux au moins être présente dans les rouages administratifs d’État... J’y serais grain de sable.
Le rendez-vous était finalement sympa et dynamique. Je suis cataloguée DEVELOPPEUR / DEVELOPPEUSE INFORMATIQUE
, c’est toujours mieux qu’avant, avec une liste de compétences longue comme le bras. Par contre, je vous rends votre CV, car je ne peux rien en faire. Il n’y a pas de poste pour vous dans le coin.
Ainsi se termina l’entretien, si, j’vous jure, la conseillère encourageant mon projet de déménagement en me signalant l’existence d’« aides à la mobilité ».
Je reçois ce matin, par le même courrier postal qui me refuse l’allocation d’« Aide au Retour à l’Emploi (ARE) », une seconde « carte de demandeur d’emploi », libellée non pas à mon nom de famille cette fois-ci mais à mon surnom... Encore une erreur de saisie informatique ! Les ennuis commencent. Si tout se passe comme d’habitude, je serais bientôt suspectée de fausse déclaration et de tentative de fraude aux allocations. On parie ?

- Comment profiter de la gratuité des musées nationaux lorsqu’on est demandeur d’emploi ?, commentfaiton.com
- La fusion de l’ANPE et des Assedic donne naissance à Pôle Emploi, le nouveau service public de l’emploi
- Les logos détournés de Pole Emploi, par Marc Landré, 7/11/2008
Le nombre de demandeurs d’emploi inscrits à Pôle emploi de catégorie A s’établit à 2 667 900 en France métropolitaine fin février 2010. Ce nombre augmente par rapport à la fin janvier 2010 (+0,1 %, soit +3 300). Sur un an, il croît de 12,8 %.
Imprimer
PDF
Envoyer




Vos commentaires
1. Le 17 mai 2010 à 17:28, par Stéphane Deschamps
En réponse à : De retour au chômage
On dit que Kafka écrivait ses histoires pour faire rire ses amis, et que son humour est mal passé à la postérité. Pour avoir lu <cite>Le Procès</cite> pendant que je bossais dans l’administration, je trouve qu’au contraire il n’a rien perdu de son rire jaune, le pépère.
Bref. C’est triste, mais en même temps ça m’a fait pouffer, tellement c’est bête. Mais tu as mon soutien !
PS : j’ai dû mettre des
<pour faire passer lescite, de façon moche mais bon. Tu l’ajoutes dans les balises autorisées steuplé, dis dis steuplé ? :)2. Le 17 mai 2010 à 17:31, par Romy Têtue
En réponse à : De retour au chômage
Mais-euh ! toutes les balises HTML sont autorisées dans SPIP,
<cite>y compris, la preuve : Le Procès :-)3. Le 20 mai 2010 à 16:43, par ?
En réponse à : De retour au chômage
Mieux encore : tu vas pouvoir ouvrir un compte en banque au nom de Tetue Romy chez un requin pas trop regardant. Non pas pour toucher trois sous, mais pour obtenir un nouveau papier. Avec un compte en banque ouvert, une existance au Pole emploi, la fictive Tetue Romy va peut-être obtenir encore un nouveau papier. De papiers en papiers, tu devrais glaner une place au chaud, des allocs, un emploi fictif, un nouveau bulletin de vote,... etc. Si tu tiens le bon rythme, tu devrais effectivement te faire pincer. Tu convoqueras alors la presse pour faire visiter tes deux appartements de ministre fictive.
Te souhaitant d’important déboires avec l’administration, je te souhaite un grand succès. Tu es bientôt présidente de tous les français. ;)
Répondre à cet article
Suivre les commentaires :
| 