Créatifs : cessez de confondre print et Web !

16 mars 2007,
par Romy Têtue

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Cessez de crier à la « mort de l’Art » et répétez après moi : « le Web, ce n’est pas du papier, c’est différent » !

Pour être précise, je n’ai rien contre les graphistes. Non. J’en veux terriblement aux « professionnels » du Web, ceux de la première génération, qui ont laissé croire à leurs clients, comme à leurs graphistes, que tout était possible sur ce support, sans tenir compte de la réalité, de sa spécificité technique.
L’enthousiasme, sans doute.

Vous aurait-on menti ?

Si bien qu’aujourd’hui mon travail consiste moins à œuvrer qu’à composer avec ces idées reçues bien enracinées et à me farcir l’inéluctable mécontentement de clients qui peinent à tomber de haut, parce qu’on les a salement enfumés : on leur a vendu, parfois très cher, une boîte magique sensée réaliser tous leurs rêves, voire résoudre leurs problèmes, en toute beauté. Et maintenant que les enfumeurs ont disparu, après l’explosion de la bulle Internet, ou sont en bonne voie de disparition (bon débarras !), les clients en veulent pour leur argent et c’est à la nouvelle génération qu’ils s’en prennent, farouchement agrippés à leurs fantasmes et nécessairement pétris d’aigreurs.

Or la réalité est la suivante : contrairement à la chaîne graphique du print, sur Internet, le rendu visuel est laissé à charge de l’utilisateur final, c’est-à-dire à l’équipement matériel et logiciel de l’internaute. Bin non, sur le Web, on ne fait pas ce qu’on veut. Et je réponds ici au dernier abruti de créa qui m’a traité d’ayatollah que non, ce n’est pas une idéologie, mais une réalité fonctionnelle.

Or trop nombreux sont encore les graphistes et autres pros de la toile, qui abordent la conception web comme si ce n’était que de la PAO print bidimensionnelle et qui ont toutes les peines du monde à se faire à l’idée que leur création puisse différer d’un écran à l’autre, n’ayant pas peur de soupçonner d’incompétence qui leur rappelle que non, on ne peut pas contrôler à distance la luminosité et le contraste des écrans des internautes, et oui, ça affecte les couleurs, et non y’a pas de nuancier Pantone pour le Web ou que non, on ne peut pas contrôler la taille du texte, puisque cela dépend (entre autres) des réglages du navigateur de l’internaute ou encore que non, la translucidité ou le mouvement, ça se fait pas comme ça pof ! dans la fenêtre avec une formule magique — ah, la magie du code, que ne lui prête-t-on pas comme pouvoir ! —, mais avec des fichiers images ou vidéo bien tangibles, bien lourds, qui ralentissent l’affichage de la page, et que, non, tous les internautes de la planète ne sont pas équipés pour afficher cela correctement. Vous aurait-on menti ?

Cessez de vouloir tout contrôler, assouplissez-vous !

Résultat ? Trop de créas restent à la surface des choses sans s’intéresser à leur fonctionnement. Les voici qui, confondant stylisme et design, ne veulent que du visuel joli, sans se soucier ni de la faisabilité, ni de l’adéquation au support. Combien ont pris conscience que la matière manipulée ici est loin de n’être que visuelle ?

Combien savent que sur Internet, contrairement au monde du papier, on n’achemine pas le support jusqu’au destinataire mais qu’on apporte uniquement le contenu, l’information, puisque c’est l’internaute qui fournit le support d’affichage ? D’où la diversité des rendus.

Alors, cessons avec cette absurde directive de « calage au pixel prés » héritée du monde de l’imprimerie et si contradictoire avec le Web ! Oserait-on exiger d’un imprimeur qu’il garantisse un rendu identique si chacun lui apportait sa feuille de papier et ses petits pots d’encre ?

Ouvrez les yeux !

Le Web réclame des concepteurs graphiques qui connaissent sa nature relative et sont capables de penser en souplesse, avec autre chose qu’une paire de compte-fil à la place des yeux.

Et à celles et ceux qui incriminent les recommandations visant à améliorer la qualité des réalisations et l’accessibilité aux contenus sur Internet, qui conchient les spécifications techniques et autres caractéristiques en criant à la « privation de liberté » et à la « mort de l’Art » — si si, je vous assure que c’est passionnel à ce point —, je voudrais rappeler que les meilleurs artistes sont ceux qui, précisément, connaissent le support avec lequel ils et elles travaillent et savent jouer avec les contraintes. Car il faut bien plus d’imagination, d’ingéniosité et de créativité pour « savoir faire avec » que pour s’ériger contre... ce qu’on ne connaît même pas.

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