Connectée si je veux, quand je veux

16 juillet 2012,
par Romy Têtue

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Ça commence par un déménagement. L’immeuble où j’emménage est éligible à la fibre optique. « Wah, le pied ! tout ce que tu vas pouvoir télécharger ! tu vas kiffer grave ! » s’exclament les copains. Bof. En réalité, je n’ai pas un usage aussi intensif qu’eux et je m’attends à ne même pas percevoir la différence. En attendant, mon abonnement actuel n’étant pas transférable, j’ai du résilier, renvoyer la Freebox et je n’ai plus Internet depuis mi-mars.

Peut-on encore échapper à Internet ?

Si la plupart se déclarent incapables de vivre sans Internet et craignent l’interruption de service [1], le problème m’apparaît inverse : est-il encore possible d’y échapper dans ce monde arrosé de Wi-Fi ? Je n’ai pas pensé demander à partager la connexion de mes nouveaux voisins de palier, car je capte parfois un réseau au débit inconstant… dont j’ai progressivement pris l’habitude de me passer, agacée des déconnexions intempestives.

Comme un soulagement.

Car au début, c’était relaxant. D’autant plus que je n’étais pas pressée de me replonger dans le monde libre du Web, au risque d’avoir à nouveau envie de contribuer, d’y passer mes soirées, aussi passionnément qu’auparavant. J’ai changé d’ordinateur sans y réinstaller d’éditeur de code, ni grand chose d’autre, d’abord par hasard, un peu par flemme, puis par lassitude avérée. Marre de partager, d’être copiée et mal créditée. Grosse fatigue. J’imaginais que ça ne tarderait pas à me manquer, mais les semaines passent et toujours pas une ligne de CSS. J’ai changé de boulot, devenant bien plus consultante que développeuse. Et si je continue d’écrire, je n’ai plus l’envie de publier et mes brouillons d’articles s’accumulent de mois en mois. Peut-être en publierais-je certains rétrospectivement.

En réalité, je ne suis pas totalement privée d’Internet, puisque j’y accède toute la journée, au bureau. Mais justement, ça me suffit, veille technologique comprise. Pour le reste, je consulte mon courrier électronique perso une fois par jour, sur un petit terminal de poche hyperconnecté, un « smartphone », lequel répond à mes autres besoins en communication, sorties, géolocalisation, horaires, etc. C’est précisément pour ça que je l’ai acheté : pour préserver mon usage personnel, pour qu’il reste indépendant et permanent.

Un cocon hors connexion

Du coup j’apprécie de rentrer chez moi le soir, dans ce qui est devenu un cocon. Hors connexion, aucun risque d’être rattrapée par le boulot, les fâcheux du Web, ni autres soucis désormais virtuels ! Je débranche complètement. C’est comme si je partais en vacances chaque soir…

J’ai cultivé ma paresse en terrain domestique, jouant de la perceuse et du tournevis d’électricien, repris goût aux conversations téléphoniques, suis retournée au cinéma, au musée, j’ai bu des coups, passé une nuit blanche à Toulouse avec des lutins — si si, ils se reconnaîtront :) —, découvert et partagé d’excellents restos… sans ressentir le manque d’une connexion. Plusieurs semaines sont passées ainsi avant que je ne songe à en réclamer la mise en service. Et vous ? Combien de temps tenez-vous sans Internet ? Trois jours ? À quel point êtes-vous accro ?

Si vraiment j’ai besoin d’envoyer un message, je le rédige au clavier de l’ordi, puis synchronise le smartphone, pour le récupérer sur le serveur mail et pouvoir l’envoyer le lendemain du bureau via webmail, ou aussitôt mais en 3G. Compliqué. Idem pour les documents. Ce qui me fait définitivement préférer l’IMAP à Dropbox, Google Docs ou n’importe quel autre « cloud ». Et je rêve de compléter ça d’une interface de rédaction utilisable hors connexion comme tout bon client de messagerie, aussi légère et simple, en texte brut, entre DotSPIP et Markdown, multiplaforme, synchronisable, pushable, pour rédiger aussi bien des courriels que des documents textuels ou des billets de blog. Cela existe-t-il ?

Ce qui a commencé à me manquer ? Louer des films en VOD plutôt qu’en DVD. Mouais. Imprimer mes billets de train, encore que l’e-billet suffise. Faire des achats en ligne plutôt qu’en boutique, parce que c’est quand même moins chronophage. Et surtout vos bons billets de blogs, encore qu’ils semblent se raréfier, supplantés par la frénésie des tweets…

Connectée si je veux, quand je veux

Tout allait bien, finalement. Jusqu’à ce que cette expérience de déconnexion volontaire manque de me faire rater l’appel à orateurs de Paris Web, auquel il n’était pas possible de répondre via smartphone. Jusqu’à ce que les plus accros me soupçonnent de mauvaise foi lorsque je ne suis pas au courant d’informations soi-disant cruciales qui n’ont pourtant été diffusées QUE dans le flux hyper volatile d’IRC ou de twitter, noyées… Allô ? sortez-vous un peu la tête des écrans, les gars ! Jusqu’à ce qu’inversement de bienveillants lecteurs et lectrices m’encouragent à de nouvelles publications. Jusqu’à ce que Free me poursuive soudain pour deux mois « impayés », et pour cause : à l’ancienne adresse, où je n’habite plus ! alors que j’attends l’ouverture de ligne, à la nouvelle adresse, depuis trois mois ! ceci expliquant peut-être cela et ne laissant rien présager de bon sur le délai de mise en service. Ça commence à bien faire.

Jusqu’à ce que ledit smartphone fasse le mort, achevant de me convaincre que, contrairement à la moitié des utilisateurs qui se disent incapables de passer plus d’une heure sans le consulter, je ne souffre pas encore de nomophobie [2]. À ma grande surprise, ce ne sont pas tant le courriel, ni le téléphone, encore moins les tweets qui m’ont manqués, mais la possibilité de prendre et partager des photos, en particulier via Instagram. Au bout d’une semaine, être privée de smartphone et donc de toute possibilité de communication, est devenu réellement incommodant, mais s’est rapidement réglé par le remplacement de l’appareil défectueux.

Conclusion ? La déconnexion n’est appréciable que volontaire et maîtrisée. J’ai maintenant hâte de goûter à la fibre, mais à mon rythme, curieuse de voir si cela suffira à me redonner envie d’écrire, coder et publier. Car vous commencez à me manquer sérieusement. Je reviens. Mais je me soucie désormais de préserver mon cocon, intéressée par des logiciels comme Freedom qui maintient l’ordi déconnecté plusieurs heures durant et Anti-social qui zappe les Facebook et autres parasites « sociaux », aussi écervelants que chronophages. En connaissez-vous d’autres ? Comment débranchez-vous ?

Il est probable que ma première contribution soit pour passer mon site en mode « vacances », afin de pouvoir partir l’esprit tranquille, sans me soucier de modération ni craindre le flot de spams (cf. ticket #2469). Bref m’assurer de pourvoir rester déconnectée si je veux. C’est ma seule urgence. Rester libre.

  • Des petits trous, encore des petits trous…
  • Interrupteur à détection de mouvement
  • Kumquat toulousain
  • Canard au curry rouge et aux raisins
  • Cultiver sa paresse en terrain domestique, par Pauline Laufmöller-Marlier
  • Mes photos sur Instagram
  • Coucher de soleil
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Vos commentaires

  • Le 16 juillet 2012 à 14:41, par Marie En réponse à : Déconnectée…

    Super article, très rafraîchissant, et toujours très bien écrit !

    Cette « expérience » est intéressante, car elle démontre les limites du débranchage quand ta vie s’articule beaucoup autour du Web. Tu le montres bien, cela ne peut être qu’une parenthèse, on y revient forcément.

    Quelque part, je t’admire, car je ne pense pas que j’en serais capable : une simple soirée sans Internet me transforme en vilaine bête sanguinaire prête à arracher des têtes de téléopérateurs Orange avec les dents.

    Maintenant, quand je pars en vacances et que je coupe tout, même si j’ai encore le réflexe d’aller vouloir consulter mes emails plusieurs fois par jour, cette envie compulsive finit par s’estomper pour disparaître complètement.

    Et puis, au fur et à mesure que la date de retour se rapproche, la compulsion revient, gloutonne…

    Pour couper la poire en deux, sans doute faut-il essayer de s’aménager des pauses déconnectées dès que possible, par exemple un soir sur deux, le samedi si on bosse le dimanche, etc. Pas évident quand ta vie pro et ta vie perso s’entremêlent intimement sur la Toile, mais salvateur.

    Car la vie, la vraie belle vie, se passe de toute façon à l’extérieur ! Et elle constitue la source d’inspiration la plus vivace.

  • Le 16 juillet 2012 à 15:08, par Nico En réponse à : Déconnectée…

    Pour le côté déconnecté, j’y arrive sans trop de problème : je n’ai pas de smartphone. Je n’ai que des appareils qui fonctionnent uniquement sur Wifi (iPad, iPod touch, etc.) + mes ordis à la maison.

    Déjà, je constate que mon vieux téléphone portable pourri (mais vaillant) ne me sert quasiment jamais, ce qui m’assure une déconnexion obligatoire dès que je sors de la zone d’un wifi connu (boulot et maison), ce qui est très bien. Les problèmes de 3G, connais pas ! :)

    Mon préféré reste l’iPad, très bien pour lire les mails/tweets/écrire une ébauche de billet/article, mais incapable de me servir correctement quand je dois coder (pas pratique). Comme je trimbale rarement mon ordi portable (qui est plus un « transportable » que portable), ça m’invite à déconnecter plus facilement quand je suis en déplacement.

    Vivre dans un trou paumé aide bien aussi, le soir, je vais juste me faire un tour en vélo, au calme, en forêt ou à côté de l’étang voisin. Ce qui ne m’empêche pas d’écrire des articles ou de faire de la veille quand j’en ai envie.

  • Le 17 juillet 2012 à 20:48, par domi En réponse à : Déconnectée…

    Très enrichissant, comme témoignage !
    Pour ma part, je résiste encore au monde hyperconnecté du smartphone. Je passe la journée sur un pc, connecté, et celui à la maison est toujours allumé et « pas loin ». Mais sorti de ces endroits, je n’ai qu’un dumbphone qui doit être à peine capable de faire du WAP, et que je ne sors que pour avoir l’heure ou si il sonne (et encore... ;)
    Ca permet de profiter tranquillement des sorties au bistro, au resto, ... sans mail, sans irc, sans twitter (mhmm, ça, de toute façon, j’ai pas de compte).

  • Le 17 juillet 2012 à 23:19, par Romy Têtue En réponse à : Connectée si je veux, quand je veux

    Hmm… je crois que me débarrasser la maison des ordis est un vieux fantasme chez moi. L’ordinateur de bureau, PC en particulier, est pour moi une machine douloureuse, qui doit rester… au travail !

    Le smartphone, en tant qu’ordinateur de poche, m’est apparu comme une belle occasion de réaliser ce fantasme, de me séparer de trop de matos hitghtech (c’était mon vœux) et de mieux maîtriser les moments de connexion : on n’y passe pas des heures, en s’oubliant à surfer de lien en lien, comme on lorsqu’on est assis face au PC, nécessairement seul et entièrement monopolisé, non, car sur smartphone, on surfe par nécessité, rapidement, avant d’éteindre, pour mieux profiter des humains présents.

    Savoir déconnecter est important, d’autant plus quand on est du métier. Il s’agit d’être maître et non esclave de la machine et/ou du réseau.

  • Le 20 juillet 2012 à 07:43, par Aurelia Dreulma En réponse à : Déconnectée…

    C’est un vrai plaisir de lire cet article intelligent !

    De mon côté j’ai tendance à zapper internet naturellement, et pour plein de raisons, même si la maison est branchée via la petite boîte... D’une, je n’ai pas le temps de ne faire que cela, et de deux j’aurai vraiment trop l’impression de perdre le fil de ma vie... Si ce n’est pas pour mon travail, en général internet me donne plutôt l’impression d’un écran vide de sens, car je le perçoit plus comme un outil, comme un gros minitel. Il est rare que j’y reste flâner, ou m’informer pour une sortie, et encore moins pour être en contact avec les autres. Rare signifie : 3 fois par an.. Je n’aime pas vivre dans le virtuel, je trouve cela frustrant, alors je préfère vivre loin d’internet, et en général mes amis en font de même.

    Alors tu vois Romy, si je viens te lire, c’est parce que j’aime vraiment ce que tu écris !
    Cela me nourrie intelligemment, et n’articule pas ma vie superficiellement...

    Voici un lien info pour les curieux :
    http://www.360emedia.fr/2010/04/22/au-fait-cest-quoi-le-minitel-2-0/

  • Le 1er août 2012 à 14:50, par Eric En réponse à : Connectée si je veux, quand je veux

    La fibre, le débit, ce n’est pas une fin en soi mais ce n’est pas non plus réservé à ceux qui utilisent beaucoup.

    Un gros débit c’est pouvoir envoyer une photo prise sur son appareil sans avoir à la redimensionner en miniature avant et donc passer du temps devant le PC. C’est aussi pouvoir laisser l’ordinateur se mettre à jour seul quasi instantanément au lieu de passer du temps à mettre à jour le PC et à rester devant avant d’éteindre le temps qu’il télécharge tout. C’est éventuellement regarder une vidéo youtube directement au lieu d’attendre qu’elle se précharge.

    Ca n’a l’air de rien, mais finalement le débit c’est ce qui permet aussi justement de ne pas passer du temps à faire de l’informatique et à rester connecté. C’est peut être justement toi qui en a le plus besoin alors que celui qui reste connecté en permanence verra peu la différence vu que ça ne le gênera pas d’avoir des envois/téléchargements en tâche de fond.

  • Le 3 novembre 2016 à 09:31, par olivier En réponse à : Connectée si je veux, quand je veux

    Je ne peux pas vivre sans internet même à 50ans. Je reste tout le temps connecté, même aux toilettes ou quand j’utilise ma coupe-bordure Ryobi, j’ai besoin d’internet pour surfer, écouter de la musique ou rester en contact avec ma famille éloignée. Bel article.

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