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Coder pour se faire plez’ ? Seulement ?

SudWeb 2014

16 mai, 20 juin,
par Romy Têtue


Tiens, tiens, une conférence interrompue par ce cri : « stop la technique, on s’en fout ! Pourquoi êtes-vous là, en vrai ? »

Le développeur indépendant connu comme contributeur Mozilla, David Bruant, donnait la dernière conférence de la journée à SudWeb. Alors qu’il commençait à expliquer comment il utilisait Google Apps Script pour… il fut interrompu par des cris venant de la salle : « Nan mais stop ! On s’en fout de la technique ! » Il essaya de poursuivre, mais le trublion repris de plus belle et s’imposa sur scène, insistant : « Nan mais, pourquoi êtes-vous ici ? en vrai ? » Il s’agissait de Pablo Pernot, coach agile qui se définit aussi comme agent provocateur. C’était un coup monté. La conf était hackée, pour notre plus grand plaisir. À SudWeb, l’agilité est à l’œuvre et même les confs se hackent !

Pablo nous interpella : si ce n’est pas la technique qui compte, qu’est-ce donc qui nous motive ? J’étais ravie de la question. Qu’est-ce qui nous donne envie de ressembler à David ? Là, j’ai bloqué. Je ne connais pas David. J’ai alors considéré le modèle, n’y voyant soudain — pardon David si tu me lis — qu’un énième clone de Stallman : gentil ours barbu, chevelure christique, pieds nus stallmaniens et T-shirt estampillé du nom d’un fameux blog geek. Quand tu es meuf, les « role model » stallmaniens, ça fait tout sauf envie. Et la prégnance de ce modèle me gave : plus le temps passe et plus l’archétype du dieu codeur, pur esprit oublieux de son incarnation, me désespère.

Celui-ci a perdu ses tongs…

Je suis très bien dans ma peau, merci, pas du tout envie de ressembler à David ni autre, même s’il a un super cerveau. S’il me faut porter des T-shirts et me laisser pousser le poil dans la nuque et au menton pour avoir un super cerveau, je préfère encore redevenir bête, pourvu que ça ne m’empêche pas de jouir de la vie. C’est alors que Pablo parla de plaisir. Pourquoi faisons-nous ces métiers qui sont les nôtres ? Qu’est-ce qui nous fait plaisir ? Le micro passait dans la salle et chacun·e répondait.

Se faire plez’

Je me suis beaucoup posé cette question, ces dernières années, confrontée à des développeurs souvent passionnés, parfois brillants, dont je comprenais de moins en moins le travail, les choix, les décisions, surtout face à un résultat peu utilisable ou ayant pour conséquence de dégrader l’expérience utilisateur. Pourquoi as-tu fait ça ? demandais-je souvent. Parce qu’avec ces variables on pourra construire plein d’autres trucs ! Parce ça permet d’appliquer tel super framework ! Regarde, c’est génial ! Autant de réponses techniques qui, bien que rationnelles, cohérentes et logiques, n’avaient, pour moi, aucun sens. Nan mais, pourquoi, dans quel but ? insistais-je. À quoi ça sert ? Qu’est-ce que ça apporte ? Parce que ce sera plus facile, après, à factoriser, à modulariser, à recoder, etc. Je m’étonnais de ce qu’aucun ne soit capable de dépasser la considération technique. Je voyais bien que mes questions les emmerdaient. On se fait plez’, voilà tout, sans se prendre la tête !

Se faire plaisir, disaient-ils. Mais qu’est-ce que se faire plaisir ? Oui, tiens, qu’est-ce qui me fait plaisir ? À SudWeb, j’ai demandé le micro et j’ai dit : « moi, la seule chose qui me motive, c’est de savoir que ça va être utile, à d’autres. » Aucune réaction. Je me suis sentie très seule. Le micro continuait de passer dans la salle et d’autres s’exprimaient. Le plaisir semblait être une motivation importante. J’ai regretté, du coup, que la notion ne soit pas explorée. Car se faire plaisir à fixer des bugs, avec ce délicieux petit shot d’excitation cérébrale que ça déclenche, me semble relever d’un plaisir immédiat moins kiffant que le plaisir différé d’avoir développé quelque chose d’utile à plein de gens. C’est la même différence qu’entre se branler et faire l’amour. L’un n’exclut pas l’autre, ceci dit. Tous les plaisirs sont bons à prendre ;)

Mais c’est tout de même ce qui, entre autres, m’a conduit à délaisser le développement : la branlette m’ennuyait. J’avais envie de faire l’amour, c’est-à-dire de penser à autrui, d’être en relation avec le monde, d’y être impliquée. Il faudra trouver autre chose que le seul plaisir pour me donner envie de ressembler à un développeur, si génial soit-il ! Pour moi, même si c’est follement kiffant, la technique, le web et le code ne sont jamais qu’un moyen, pas une fin. Ce qui compte n’est pas de faire, ni même de bien faire, mais pourquoi le faire. Pour quoi ? Et pour qui ?

Pourquoi êtes-vous ici ?

Inversement, depuis que je suis salariée, j’ai rencontré bien des gens qui codent sans grande motivation, manifestement sans plaisir. Pablo évoquait le sentiment de progresser, celui d’appartenir à un groupe, énumérant par là les facteurs d’épanouissement, susceptibles de motiver… Mais ça me semblait déconnecté de la réalité. Contrairement à celleux comme nous qui se bougent — tant auditeurs, qu’orateurs ou staffeurs — sur des événements édifiants comme SudWeb, parce que curieux d’apprendre et ravis de partager, ceux-là ne cherchent pas à améliorer le Web, ni même leur code ou leurs connaissances et ne viendraient pas à une telle conférence, quand bien même elle leur serait offerte. Il arrive même que les passionné·e·s que nous sommes les agacent et notre gentille envie de partager se heurte alors à leur rejet. D’autres se sentent submergés par la technique, ses évolutions constantes, et boudent son flux de veille torrentiel pour ne pas s’y noyer.

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« On n’est pas là pour apprendre » disait mon ancien chef

Longtemps, je ne comprenais pas : pourquoi continuer de travailler ainsi, sans plaisir ? La seule chose qui semble compter pour eux, c’est d’accomplir la tâche et s’en libérer au plus vite pour rentrer débarrassés et à l’heure chez eux. Sans doute ont-ils d’autres passions. Sans doute jouissent-ils davantage de leur vie, celle d’après le boulot. J’ai alors sorti la tête de l’écran et je suis allée réfléchir ailleurs. Peut-être, aussi, ont-ils des contraintes qui ne leur permettent pas d’avoir la liberté de choisir une vie meilleure. Car non, on ne fait pas toujours les choses par choix. Celleux qui le peuvent sont privilégiés.

Or ce ne sont pas nécessairement de mauvais codeurs. Reste seulement que nous avons à collaborer. Et pour ce que j’ai pu observer, cela fonctionne mieux avec des choses aussi simples que la courtoisie, le sourire, le respect des différences et la culture du positif, qu’avec l’enthousiasme que l’on voudrait contagieux ou l’érudition que l’on aimerait exemplaire et attractive. Ce n’est que depuis que j’ai compris tout cela que les choses changent imperceptiblement et que, bingo, le niveau progresse.

Reste que je ne m’y retrouve pas, entre ceux qui « se font plez » et les autres. J’y entends encore cette fracture entre « les geeks et les autres », où les premiers ne savent que proposer aux seconds de leur ressembler, ici en la personne de David pris en exemple. Ne pourrait-on pas voir les choses autrement ? et se donner d’autres modèles, moins stéréotypés, plus inclusifs ?

Et toi, lundi matin, tu changes quoi ?

Et lundi, en revenant au travail, vous ferez quoi ? nous interpellait Pablo. La dernière fois que je me suis demandé ce que j’allais faire lundi, j’ai démissionné, répond l’un, me rappelant que la dernière fois que j’ai pensé à démissionner, j’ai pesé le pour et le contre, pour finalement décider de faire au mieux avec ce qui m’était donné. Relever le défi de construire, ici avec ces autres-là, plutôt que fuir encore une fois, vers une boîte trop idéale pour exister. Avoir le courage de changer ce qui peut l’être, accepter ce qui ne le peut, en espérant posséder le discernement suffisant pour faire la différence entre les deux.

Je fais ici, moins compte-rendu de cette conf hackée, que part de mes réflexions au cours de celle-ci. Chacun·e l’aura vécue différemment : si certains n’ont pas très bien compris le but de l’exercice, d’autres en sont ressorti l’œil humide. SudWeb c’est aussi une thérapie de groupe pour les artisans du web qui redoutent l’industrialisation et la délocalisation de leurs savoirs tweetais the2ne.

Je ne m’en suis pas rendue compte, mais la question a infusé en moi, me remettant en mouvement. Depuis que je suis rentrée de SudWeb, je résiste à la tentation de reprendre mon envol pour aller, par exemple, m’installer à Toulouse, où j’ai rencontré de belles personnes porteuses de tendresse, d’intelligence et d’envie de changer le monde. Depuis cette conf hackée, je m’interroge. Sur mon utilité : où serais-je le plus utile ? où serais-je au mieux pour hacker le monde ?

Tout le monde construit, tout le monde raconte

En attendant, je pense initier ici des lightning talks hebdomadaires, comme en témoignait un orateur là-bas. Je continue de chercher des trucs pour mieux travailler ensemble. Je cherche de nouveaux modèles. J’essaye d’inventer, du moins de participer, un peu, à l’invention du monde, lequel n’est pas que technique, mais aussi humain, donc complexe, sensible et divers.

J’en retiens surtout que l’essentiel est de rester en mouvement. Et toi, lundi matin, tu changes quoi ?


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Vos commentaires

  • Le 20 juin à 11:32, par Nico Gravatar En réponse à : Coder pour se faire plez’ ? Seulement ?

    Je me retrouve dans ce genre de réflexions. :)

    Même si je n’ai rien contre du plaisir solitaire, ou même une sautiquette rapide entre code/client consentant vite fait bien fait sans lendemain (ok, j’arrête la métaphore sexe, et ça va être amplifié/déformé), la technique m’intéresse moins que :

    • déjà la philosophie qu’il y a derrière (trop souvent oubliée par les développeurs) : c’est souvent tout simplement beau ;
    • et surtout le « qu’est-ce que ça apporte » (au monde, à la société, aux gens, à d’autres dévs, etc.).

    Je préfère me dire que j’ai p-e contribué à planter des graines et des idées plutôt que « je me suis branlé sur une CSS avec des techniques de dingue » (même si ça reste un plaisir solitaire qui m’amuse toujours) : c’est pour cela que j’affectionne tant les billets retours d’expérience sur une intégration (on échange, on discute, etc.).

    D’ailleurs, je constate que bon nombre de gens aux conférences viennent plus pour les personnes que pour la technique, même si cette dernière a toujours ses aficionados. De là à dire que les devs sont des branleurs…

  • Le 20 juin à 11:58, par Fabrice Gravatar En réponse à : Coder pour se faire plez’ ? Seulement ?

    J’y étais, et je me suis posé le même genre de questions. C’est ce que j’ai apprécié dans cette conférence hackée : c’est de voir qu’on n’est pas les seuls à vouloir se faire plaisir ou changer le monde.

    Moi aussi j’ai hésité à démissionner devant l’immobilisme et l’impossibilité de faire « mieux ». Mais à chaque fois, je reste, et je reviens encore plus fort sur le projet pour faire les choses « bien ».

    Quant à changer le monde, pour l’instant, je n’ai pas de recette miracle, sauf à changer aussi de travail.

  • Le 20 juin à 12:16, par Victor Brito Gravatar En réponse à : Coder pour se faire plez’ ? Seulement ?

    Rassure-toi, Romy : il n’est pas nécessaire d’être une fille pour ne pas avoir envie de ressembler à Richard Stallmann. ;-)

    Sur ce, je retourne chercher du plaisir tarifé (vu que je ne bosse pas gratuitement), en tâchant d’éviter autant que possible la frustration (technique, s’entend, comme je l’ai évoquée à Sud Web).

  • Le 20 juin à 12:38, par devlint Gravatar En réponse à : Coder pour se faire plez’ ? Seulement ?

    Article très intéressant... et qui donne un peu de matière à réfléchir...
    Par contre « Celleux qui le peuvent sont privilégiés. » Je crois qu’il va falloir choisir et « ceux » et « celles »... :-)

  • Le 20 juin à 13:05, par RastaPopoulos Gravatar En réponse à : Coder pour se faire plez’ ? Seulement ?

    (Non, dans un grand nombre de situations, il n’y a pas à choisir entre « ceux » et « celles » car on n’a pas à laisser penser qu’il n’y a que ci ou ça. C’est une des techniques « d’inclusion » justement, en neutralisant certaines parties d’un texte, afin qu’une fille qui lise ce texte se sente incluse dans le groupe immédiatement et explicitement. Mais ne dérivons pas trop sur une autre conversation. :D)

  • Le 20 juin à 13:11, par Nath Gravatar En réponse à : Coder pour se faire plez’ ? Seulement ?

    Ce que les confs web semblent toujours oublier, ce que le monde du web semble toujours oublier, c’est qu’il y a des gens dont le métier n’est ni de coder, ni de designer (au sens graphique du terme). De mon point du vue, on dirai que le monde du web a oublié tout ceux qui gravitent autour avec des métiers connexes. Je suis de loin les évolutions techniques mais je me sens dépassée par elle. J’ai cessé ma veille depuis bien longtemps par peur de la noyade. Et constat : mon cerveau ne veut plus (manque d’envie ? De motivation ? Ou début de la dégénérescence ?).

    Le problème est : comment s’y remettre ? Par quoi (re)commencer ? Et d’abord, ai-je vraiment envie ? Dans quel but ?
    J’essaie de faire le parallèle suivant : comment font les petits nouveaux qui débarquent dans le métier ? Comment mettent-ils le pied à l’étrier ? Je n’ai ai aucune idée.

  • Le 20 juin à 13:16, par RastaPopoulos Gravatar En réponse à : Coder pour se faire plez’ ? Seulement ?

    Sinon moi c’est « simple » : je code parce que c’est la seule compétence que j’ai acquise dans mon cursus, et que je n’ai compris que trop tard que ce n’était pas ce qui me plaisait vraiment et ce dans quoi je pouvais me sentir utile.

    Une fois sur le marché du travail, en couple, avec enfant, loyer énorme, etc, je n’avais plus (et n’ai toujours pas pour l’instant, même si j’espère encore) la possibilité de me former à autre chose, et de changer de métier.

    En attendant, je tente, dans la mesure de mon temps disponible

    • de laisser des choses utiles à d’autres personnes (logiciel libre),
    • de travailler dans une ambiance correcte moins compétitive (SCOP, démocratie),
    • et de sélectionner autant que possible une clientèle moins éloignées de nos valeurs (assocs, syndicats, collectivités…).

    Mais ce n’est pas facile, et je ne peux pas dire pour l’instant que j’ai une situation épanouie.

  • Le 20 juin à 14:57, par Nico Gravatar En réponse à : Coder pour se faire plez’ ? Seulement ?

    @Nathalie : je te rassure, même à fond dedans, certains trucs à la mode me dépassent complètement : aucun intérêt, aucune réalité avec la production, etc.

    C’est justement pour éviter ce genre de remarque que je milite activement pour écrire des articles/billets/etc. qui parlent même aux débutants (même si ces articles sont pointus). Ajoutons à cela que si les débutants pouvaient éviter de faire les mêmes bêtises que nous avons faites grâce à ça, le monde ne s’en portera pas plus mal…

  • Le 20 juin à 17:06, par Lhu Gravatar En réponse à : Coder pour se faire plez’ ? Seulement ?

    lundi matin ce qui va changer pour moi c’est que je suis en vacance donc je vais pouvoir un peu « coder » (j’aime pas ce mots) car je ne suis absolument pas un codeur pro. je ne code pas non plus que par plaisir mais parce que ça permet de réaliser des tas de chose automatiquement.
    la technique je m’en tamponne, j’avais commencé par qbasic parce que le logiciel te disait ce qui n’allait pas dans ta syntaxe puis je me suis mis a l’assembleur parce que c’était le langage qui me permettait d’être au plus proche de la machine et de maitriser ce qu’il se passe. je me suis mis enfin au html,php, et javascript pour pouvoir blogger un peu et pour créer des interface simples et pratique (parce qu’il faut avouer c’est parfois un peu difficile en assembleur)

    lundi je ne travaillerais pas, je ne participerais pas a ce fabuleux monde qu’est l’industrie et c’est tant mieux. j’ai fait des étude dans l’industrie pour pouvoir develloper des machines qui libère l’humain de certaine taches dangeureuse, épuisante, ou initéressante mais ce que veut l’industrie c’est du travail pas chère et hélas il vaut mieux payer trois personnes pour pousser un chariot dans une mine que payer un seul personne a fabriquer et a entretenir un moteur de chariot

    lundi je vais peu être envoyer quelques cv, histoire d’essayer d’aller voir ce qu’il se passe chez les codeurs, je suis certain que je peu faire l’affaire en tant que débutant

  • Le 20 juin à 21:49, par David Bruant Gravatar En réponse à : Coder pour se faire plez’ ? Seulement ?

    Qu’est-ce qui nous donne envie de ressembler à David ? Là, j’ai bloqué. Je ne connais pas David. J’ai alors considéré le modèle, n’y voyant soudain — pardon David si tu me lis — qu’un énième clone de Stallman : gentil ours barbu, chevelure christique, pieds nus stallmaniens et T-shirt estampillé du nom d’un fameux blog geek.

    => Dur... La comparaison avec Stallman m’attriste parce que je me sens assez opposé à Stallman sur la démarche. Alors que Stallman est un extrémiste, je passe mon temps à essayer de composer, d’expliquer pourquoi le web n’est pas la plateforme d’extrême perfection technique que certains aimeraient, d’expliquer les subtiles rouages des standards web et les conséquences sur la plateforme. Je passe du temps à expliquer pourquoi Mozilla n’avait pas d’autres choix qu’implémenter EME (les fameux "DRM HTML5" pour ultra-simplifier) qui a fait bouillir les extrémistes à la Stallman.

    Je passe infiniment plus de temps à écrire des emails dans les mailing-lists de standards ou à contribuer de la documentation que dans un éditeur de texte.

    Confidence : je suis contributeur Mozilla, mais je contribue à la documentation et discute sur Bugzilla. Je n’ai jamais contribué une seule ligne de code au projet Mozilla (principalement par conviction parce que je pense qu’il est beaucoup plus important de se mettre d’accord sur ce qu’on va implémenter que l’implémentation elle-même et je veux prouver qu’on peut contribuer de manière significative sans écrire une seule ligne de code. Je pense avoir réussi jusque là).

    Pour la ressemblance sur les traits physiques, c’est moche de juger sur le physique ;-) Plus sérieusement, je pense que je partage avec Stallman un rejet de la société des costume-cravate. Je ne pense pas copier son style, mais je pense que je suis juste arrivé à une conclusion similaire dans la manière de vivre mon image.

    Quand tu es meuf, les « role model » stallmaniens, ça fait tout sauf envie. Et la prégnance de ce modèle me gave : plus le temps passe et plus l’archétype du dieu codeur, pur esprit oublieux de son incarnation, me désespère.

    => Pablo l’a déjà un peu expliqué dans son article et il continue de me rôder dans la tête un article que je n’arrive pas à sortir, mais être mis en avant comme ça m’a mis mal à l’aise. "comment devenir David Bruant ?" Je ne le souhaite même pas vraiment aux gens moi-même. Au mieux, je peux expliquer comment j’en suis arrivé à aligner à peu près mon mode de vie avec qui je suis profondément, mais je n’aurais pas la prétention de supposer que ça marche pour d’autres et encore moins le conseiller. Un peu comme en Masanobu Fukuoka pour l’agriculture, j’aurais plutôt tendance à encourager les gens à comprendre leur propre temporalité, leur propre saisonalité ; il ne me ressemble pas de jouer le gourou qui va expliquer aux gens comment vivre leur vie.

    Le reste de l’article mérite un autre commentaire, mais je voulais réagir sur le malentendu que cette présentation a créé. D’esprit rebelle de nature, je rejette systématiquement tout message qui me demande ou même propose de me conformer à quelque chose que je n’ai pas choisi et là, je me suis retrouvé malgré moi à être un supposé modèle.
    Ce n’était pas notre intention avec Pablo, mais je comprends très bien pourquoi ce qu’on a fait effectivement a provoqué cette réaction.

  • Le 20 juin à 22:45, par Romy Têtue Gravatar En réponse à : Coder pour se faire plez’ ? Seulement ?

    Oui, excuse-moi David, pour ce que que ma perception a eu de caricatural à ce moment-là. Ne te connaissant pas, ce ne peut être de ta personne dont il est question ici mais bien du stéréotype que ta désignation comme modèle a, malgré toi, soudain convoqué en moi, de façon d’autant plus inattendue que je n’y pensais pas de la journée, à SudWeb que le partage caractérise. Je me suis vaguement doutée que ce n’était pas le but de la manœuvre, mais cela a provoqué ces réflexions qu’il me semblait intéressant de partager.

    Merci beaucoup de ta réponse et de tes précisions, qui permettent de mieux te connaître et t’apprécier. Et peut-être même que j’aimerais bien lire ce futur article racontant comment tu es devenu ce que tu es ! Témoigner n’est pas gourouter ;)

    NB : je déteste encore plus le standard du costard-cravate, pour lequel je n’ai par contre, aucune tendresse ;)

  • Le 21 juin à 03:09, par lipki Gravatar En réponse à : Coder pour se faire plez’ ? Seulement ?

    Mon plaisir c’est de créer un peu, pour de petits projets intime. Faire monter l’applaudimètre un peu, mais très vite, puis continuer.
    Être celui qui a fait, qui a rendu possible.
    T’en pis, t’en mieux, si ça passe par des codes abscons et in-réutilisable.
    Qui inclut des algos bizarre, genre la roue, que je réinvente de préférence.
    J’aurais une mauvaise note à la fin de ma vie, mais au moins ce sera la dernière.

    Lundi ... nonon ... Samedi, un site à réparer et une migration de Joomla et un autre site avec des corrections, des vérifications de paiem... texte qui deviens petit comme si je marmonnais.

    Le loyer ! Quel moteur !

  • Le 21 juin à 08:55, par Emmanuel Gravatar En réponse à : Coder pour se faire plez’ ? Seulement ?

    D’où peut bien venir cette idée qu’ont les informaticiens de vouloir « sauver le monde » du bout de leur clavier ? Mythologie d’une certaine génération et approche du métier, ou raison qu’on se donne pour motiver son action. Je vois d’ici la secrétaire médicale, le boulanger, l’employé de mairie, s’investir de cette mission, le matin, devant leur tasse de café :-) Peut-être le disent ou pensent-ils d’une autre façon, tout simplement.

    Se faire plaisir au premier degré, égoïstement, et pourquoi pas. C’est déjà pas mal, et si ça sert indirectement, par accident, de plus grands desseins, c’est tout bénéf’ :-)

    Ton approche Romy, me fait à nouveau penser à cette parabole (métaphore ?) des trois taileurs de pierre (en bas). Se faire plaisir c’est le premier niveau. Peut-être es-tu à un des niveaux suivants. Question de maturité personnelle et dans le métier.

  • Le 21 juin à 15:34, par Thibaut Gravatar En réponse à : Coder pour se faire plez’ ? Seulement ?

    Pour ce qui est de contribuer à changer le monde (je vais faire comme si l’expression ne me filait pas de boutons) sur un plan humain j’ai l’impression que David est justement un parfait exemple d’engagement, authentique, altruiste. Pondre de la doc et travailler à un langage commun pour tous a plus trait à l’humain qu’à la technique à mon sens, je pense que c’est évident pour tout le monde. Etant codeur je lui reprocherais presque de ne pas l’être assez, codeur. Imagine.

    Quand je lis ça je me demande plutôt pourquoi personne n’a demandé au mec qui a déboulé sur scène pourquoi il était là, lui. J’imagine qu’implicitement tout le monde comprend qu’une personne qui se met en avant comme ça est là pour se faire remarquer avant toute chose. Mais je ne suis peut-être pas très impartial, étant encore sous traitement pour allergie aux coachs agiles ;-).

    De mon point de vue de développeur je me suis souvent demandé à quoi servaient les non-développeurs. Autant je vois, j’accueille et je partage (au sens de jouir avec) le travail d’un(e) commercial(e) qui va bien jouer son rôle et se montrer efficace et pourquoi pas brillant(e), ou d’un product owner qui comprend ce que font les devs et va mettre de l’huile dans les rouages, apporter de l’info ou un regard qui porte de la valeur ; autant beaucoup d’autres rôles autour du développement relèvent à mon sens d’une vision archaïque de l’ingénierie logicielle. Je comprends aisément (et j’ai senti a de nombreuses reprises) que les personnes qui occupent ces postes se demandent parfois ce qu’ils font là, à quoi ils servent. Ils y a des rôles dont l’impact est « sensible », visible, et d’autres nettement moins. N’est ce pas de ce malaise dont parle cet article ?

    Je ne crois pas que les devs marchent au « role model » contrairement à ce qu’un examen superficiel et (un poil trop) distancié pourrait laisser penser. Est-ce qu’il faut d’autres role models pour les autres ? J’ai l’impression que vous autres non-devs souffrez au fond d’un manque de visibilité et de reconnaissance, d’une place mal définie dans la chaine de création de valeur. Peut-être qu’on ne vous confie pas assez de leviers ou que vous n’avez pas encore su trouver votre place, le point d’inflexion où vous faites une différence.

    Enfin un mot concernant le culte de l’érudition. Les développeurs passionnés, ici regroupés sous le drapeau de « geeks » (mon dieu, les connaissez-vous ?) investissent souvent une énergie conséquente pour se tenir au point *et ne pas dire trop de bêtises*. On a tendance en conséquence à attendre un investissement et une technicité équivalente des autres intervenants sur les projets sur lesquels on bosse, chacun dans son domaine. Pour simplifier à l’extrême j’ai déjà vu un chef de projet faire « wow » devant le boulot d’un dev, mais beaucoup moins de devs faire « wow » devant le boulot d’un chef de projet.

    Du coup, coder pour se faire plez ? Le plaisir provient plus de la satisfaction du bon boulot que de la pure logique masturbatoire (à moduler selon les personnalités et les périodes de vie, peut-être) et j’aimerais voir plus de coachs agiles, UX, chefs de projets ou directeurs techniques se faire plaisir de cette manière. Ca nous ferait peut-être, enfin, un truc à partager : l’amour de ce métier.

  • Le 21 juin à 20:53, par Emmanuel Gravatar En réponse à : Coder pour se faire plez’ ? Seulement ?

    @ Thibaut
    > De mon point de vue de développeur je me suis souvent demandé à quoi servaient les non-développeurs

    J’en reste pantois :-)

    > Le plaisir provient plus de la satisfaction du bon boulot que de la pure logique masturbatoire

    C’est quoi un « bon boulot » ?

  • Le 22 juin à 03:40, par Thibaut Gravatar En réponse à : Coder pour se faire plez’ ? Seulement ?

    @Emmanuel
    > J’en reste pantois :-)

    Si tu as lu la suite je pense que tu as compris mon propos.

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