Carte blanche à Tino Sehgal

Rien à voir

12 novembre 2016,
par Romy Têtue

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Déambulations, conversations, émotions… Allez découvrir la carte blanche de Tino Sehgal au Palais de Tokyo !

Comment vous sentez-vous en sortant de cette expérience ?Passé le rideau de perles scintillantes qui dégoulinent du plafond — une œuvre de Félix González-Torres, qui voile l’entrée du musée comme une cascade — une personne mutine nous interpelle : « Qu’est-ce qu’une énigme ? » Me voici soudain tel Œdipe face au sphinx…

Cette carte blanche donnée à Tino Sehgal est une « invitation au temps présent ». Ne vous attendez à rien. Allez-y seul·e et ouvert·e aux autres, tel qu’en vous-même. Tino Sehgal ne produit pas d’œuvre tangible. Pas de tableau aux murs, pas d’objet qui puisse se vendre en galerie, pas d’image qui puisse s’exposer dans le salon au dessus du canapé. Moi je n’arrive pas à faire de la décoration d’intérieur, dit-il. Je construis des situations avec des gens.

Un enfant m’invite à le suivre, engage la conversation par cette autre question : « Qu’est-ce que le progrès ? » (This Progress). Il est bientôt relayé par une adolescente, puis un adulte… dans une itinérance péripatéticienne, c’est-à-dire en déambulant en échangeant des propos, comme autrefois Socrate. L’on progresse d’une discussion à l’autre, sans plus prêter attention à l’espace traversé, captivé que l’on est par la conversation. Pas après pas, le grand vide du Palais de Tokyo s’emplit de nos discussions et confidences. S’il n’y a rien à voir, rien à montrer, c’est que l’œuvre qui se produit est intérieure. Unique. Propre à chacun·e. D’aucuns en ressortent bouleversés.

Allez donc vous immerger dans la salle noire (This Variation), ma pièce préférée de cette carte blanche. Ancien danseur, Tino Sehgal occupe l’espace par le corps, par la voix et le mouvement. Magnifiquement. Des voix émergent parmi les visiteurs, psalmodiant comme le chœur d’une tragédie grecque, alternant rythmes tribaux, beatbox, mélopée, clameur… Les corps se meuvent, traversant l’immensité des salles tantôt comme un vol d’étourneaux, tantôt comme des zombies… et nous amènent, hypnotisés que nous sommes, comme des enfants par le joueur de flûte de Hamelin, à les suivre pour nous enfoncer dans l’ombre d’un tunnel, comme vers les catacombes, dans une salle obscure, que des voix invisibles emplissent d’un son dense, haletant, qui surgit de toutes part, en relief, quasi palpable, en mouvement, ce qu’aucun enregistrement ne saurait rendre. Difficile de résister… Mon corps danse aussi.

Sa définition de l’art ? L’art est le refuge de la spiritualité dans une société séculaire.

Voir en ligne : http://palaisdetokyo.com/fr/evenement/tino-seh (...)

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