Ballade dans l’univers glauque de Bernard Faucon

Rétrospective 1976-1995

26 janvier 2006,
par Romy Têtue

Mots-clefs associés à cet article :

Il est étonnant que la Maison Européenne de la Photographie (MEP) consacre une exposition à une œuvre aussi ennuyeuse dans sa forme qu’ambiguë dans son sujet. Plus étonnant encore le non-dit quant au sujet même de l’œuvre, l’obsession des jeunes garçons, l’homo-érotisme, que d’autres qualifieraient plus abruptement d’« art pédophile ».

On s’ennuie à mourir face aux « Écritures », phrases de lumière, enflées et dépressives, inscrites dans des paysages, façon land-art amateur. On se gratte le sourcil de consternation devant « La fin de l’image », série de minuscules photos de peaux d’enfants en gros plan, où se déchiffrent des mots mièvres peints à l’encre blanche que l’artiste décrit lui-même comme des paroles murmurées, des formules sibyllines qui cachent d’énormes évidences, indécences… Enfin, on bâille encore face à la grandiloquence puérile de cette distribution d’appareils photos jetables aux enfants de la planète pour qu’il immortalisent le « Plus beau jour de ma jeunesse »…

Tout commence par les « grandes vacances » (1976-1981). Des clichés, dans tout les sens du terme, de vacances réussies : pleines d’activités diverses et variées et d’enfants que l’on devine épanouis et heureux, libérés de toute autorité parentale. À ceci près que les personnages photographiés sont des mannequins. Ces saynètes de vacances idéales ne sont en fait que des mises en scène sortant tout droit de l’imagination d’un photographe soixante-huitard [1] qui joue encore à la poupée dans sa nostalgie d’une enfance en culottes courtes.

Le Prince Éric

En effet, les mannequins sont ceux des vitrines du début du siècle, exclusivement masculins, représentants les garçonnets idéaux et les jeunes éphèbes de la glorieuse époque du scoutisme en culottes courtes, dans la droite ligne des romans pour la jeunesse de la collection « Signe de Piste » [2], exaltant les « vraies » valeurs (loyauté, bravoure et dévouement), et les grandes amitiés (masculines), superbement illustrés.

Qu’il s’agisse des mannequins d’époque, des illustrations des Signe de Piste ou des clichés de Bernard Faucon, les canons esthétiques sont les mêmes. Ils sont jeunes, beaux, sveltes et élancés, blonds pour la plupart, un physique presque aryen, ou parfois bruns et basanés, délicieusement exotiques, l’œil de biche en amande, imperceptiblement bridé. Toujours en shorts, les jambes nues, glabres et galbées, torses et visages imberbes, la nuque rasée de près et la mèche au vent. Ces jeunes adolescents semblent irréels tant ils sont stéréotypés.

Le Carnaval

Peu à peu, au fil du temps, de véritables enfants se glissent dans les mises en scènes de Bernard Faucon, s’efforçant de paraître plus faux que les vrais mannequins, tentant de disparaître en se fondant, l’air de rien, dans le décor, gardant sagement la pause imposée, souvent nus parmi les mannequins costumés… Mannequins bientôt désarticulés, jetés au sol, à l’eau, au feu… Banquets, crucifixion, carnaval, repas cannibale, cène, orgie de melons, déguisements, secrets et autres jeux… Garçonnets au regard parfois effrontément braqué vers l’objectif, façon innocente pin-up… Corps nus, recroquevillés au sol ou roulés en boule dans un fourré éclairé par les phares d’une voiture : position fœtale ou prostration ?

Idoles et sacrifices

La série de diptyques « Idoles et sacrifices » met un terme à toute cette mascarade pour basculer dans l’exaltation mystique : des icônes dorées de jeunes garçons nus, divinisés — Puisque les vivants sont in-photographiables, on peut tenter de photographier des dieux ! en dit le photographe —, auxquelles répondent des flaques ou des giclées de couleur sang. Blessures, tortures, sacrifices ? Innocentes victimes ? Mais quel est cet univers torturé où Idole et Sacrifice sont un couple inséparable, où l’enfance, idolâtrée, va de paire avec tant de souffrance, tant de sang ?

La série des « chambres d’amour » (1984-1987), dont la première dévoile, alanguis dans les draps défaits, deux corps nus presque hors-champ, comme honteusement montrés, que l’on discerne masculins et jeunes (mais enfant ou adulte ?), précise enfin le sujet [3], qui s’inscrit pile dans la confusion de cette époque où homosexualité et pédocriminalité étaient si indistinctement mêlées [4].

Les BoyLovers, importante communauté d’internautes ouvertement pédophiles qui se définissent comme des amoureux des garçons, ne s’y trompent pas et savent bien ce qui les séduit quand ils mentionnent l’œuvre de Bernard Faucon dans leur sélection d’art pédophile. L’encyclopédie Wikipédia fait aussi ce rapprochement, en citant le photographe à l’article « Pédophilie », pour illustrer le traitement de ce sujet dans l’art. Alors, pourquoi la MEP et autres critiques artistiques passent-elles sous silence cette thématique si caractéristique de l’œuvre de Bernard Faucon ?

{#TITRE,#URL_ARTICLE,#INTRODUCTION}

Vos commentaires

  • Le 23 décembre 2006 à 20:46, par Victime de Faucon En réponse à : Ballade dans l’univers glauque de Bernard Faucon

    Vous ne vous êtes pas trompée. Bernard Faucon est un être dangeureux. J’ai été sa victime, comme beaucoup d’enfants. Il est trop tard (juridiquement) pour porter plainte mais je peux vous confirmer que ses agissements ont fichu ma vie en l’air. J’étais jeune. Je n’oublierai jamais.

  • Le 7 janvier 2007 à 15:39, par PAT En réponse à : Ballade dans l’univers glauque de Bernard Faucon

    Je n’aurais pas la prétention d’apporter une critique à votre vision de l’oeuvre de Faucon. Je puis néanmoins déplorer la confusion, classique, entre homosexualité, pédérastie et pédophilie que l’on peut trouver dans votre article. Il est certes judicieux de proposer des références mais je trouve dommage de commettre les mêmes erreurs que vous dénoncez dans vos notes.

    Qui plus est, afin de donner plus de crédibilité à votre critique, je vous serais gré de veiller plus précautionneusement au respect de l’orthographe.

    Continuez cependant à apporter vos commentaires qui, s’ils ne brillent pas nécessairement d’une objectivité idéale, éclairent les oeuvres d’une lumière intéressante.

  • Le 21 janvier 2007 à 12:02, par MdN En réponse à : Ballade dans l’univers glauque de Bernard Faucon

    Là où je m’étonne, c’est de cette sorte d’index tourné vers l’artiste de manière accusatrice, au nom de quoi du reste ?
    C’est devenu une mode de voir dans l’art des complicités pédophiles ou pédérastiques vous le décrivez très bien. Moi j’ai une question à vous poser, peindront-nous un jour des slips sur les tableaux de nus d’enfant, iront-nous mettre des slips sur les statues d’anges du château de Versailles ?

    Il faut surtout arrêter de parler de pédophilie dans n’importe quel sens, parce que c’est très « in » en ce moment d’ « outé » des personnes et d’amener ce sujet qui dérange beaucoup de gens. Maintenant c’est l’art de Faucon qui est en question, et bien moi quelques photos j’aime bien, d’autre moins, d’autres pas du tout.

    Si l’art devient politiquement correct, c’est plus de l’art, mais du dictat.

  • Le 19 février 2008 à 21:14, par MOI En réponse à : Ballade dans l’univers glauque de Bernard Faucon

    Je peux comrendre que ces oeuvres puissent deranger certaines personnes. ( ayant des problemes d’dentite)
    Mais, un enfant nu ,c’est beau, mais ca n’a rien d’ erotique , et un adulte nu , c’est beau, et ca n’a rien rien d’erotique, non plus.
    Par contre, aucun commentaire sur La Lumiere presente dans ces oeuvres. Lumiere , pourtant exeptionnelle , et pour laquelle, je m’interroge toujours . Cest cela une Oeuvre

  • Le 12 mai 2008 à 23:39, par carton En réponse à : Ballade dans l’univers glauque de Bernard Faucon

    Je viens de taper « bernard faucon pédophile » sur google et je suis tombé sur cette page. Je suis bien placé pour confirmer ce qui ressort de cet article puisque, moi aussi, je suis passé entre les mains de cette pourriture qui m’a bien gâché la vie. J’ai fait il y a 10 ans environ un signalement à 2 associations (bouclier.org et l’autre dont j’ai oublié le nom). Aucune réponse... En tous cas, il est effectivement trop tard pour porter plainte, mais toujours assez tôt pour lui foutre mon poing dans la gueule si un jour je le croise à apt ou à paris... En ce qui concerne les commentaires des pseudos intellos de salon qui défendent ces photos de merde et qui ne se sont jamais pris une pine dans le cul à 10/12 ans comme moi, ça me fout la nausée une telle connerie... Au fait, mon ip n’est pas masquée et mon mail n’est pas bidon. Je suis disponible pour un éventuel témoignage, sur lui ou d’autres (à cet époque, faucon n’était pas le seul dans la région d’apt à se farcir des gamins, il y en avait un autre, plus brutal, qui habitait à saint saturnin d’apt...).

  • Le 16 mai 2008 à 22:57, par thlej En réponse à : Ballade dans l’univers glauque de Bernard Faucon

    les temoignages des victimes me glacent d’ autant qu’ ayant frèquenté bernard a barbes et a apt , je me suis douté de cela sans intervenir

  • Le 12 juin 2008 à 11:00, par Pierre-André En réponse à : Ballade dans l’univers glauque de Bernard Faucon

    Hétéro assumé, je n’ai jamais, depuis « Mort à Venise », peut-être, reçu un tel choc que lorsque j’ai découvert la rétrospective de Faucon il y a 3 ans. L’impression d’approcher la beauté absolue, sa plénitude mortifère, son bonheur transhumant, sa paix irradiée, de goûter l’inespéré qui ne doit rien à l’espoir.
    Je sors de la projection d’un film sur Faucon qui s’appelle « L’échange des images » et mon sentiment n’a pas changé.

    Pierre-André, de Montevideo, en vacances à Paris.

  • Le 23 avril 2010 à 14:12, par DESGRANGES En réponse à : Ballade dans l’univers glauque de Bernard Faucon

    Pour ma part, je suis tombé par hasard sur Le Banquet, oeuvre de 1978. J’ai adoré cette photo. Elle m’évoque une citation de Karl Krauss : « La situation est désespérée mais pas grave ».
    C’est très compliqué. D’un coté, il y a ma fascination pour cette oeuvre. Et d’un autre, ces accusations insupportables.
    Il y a l’homme et l’oeuvre. Pour moi, c’est deux choses dissociées. La photo est géniale et l’homme dégueulasse.

  • Le 13 janvier 2011 à 22:46, par Patte En réponse à : Ballade dans l’univers glauque de Bernard Faucon

    Carton,
    Pourrais-je avoir plus de détails sur ta mauvaise expérience avec faucon car tu devrais aller plus loin dans ta démarche si ce que tu dis est vrai. Tu as besoin d’aide et il n’est jamais trop tard, même juridiquement.
    Je peux t’aider.
    Patte

  • Le 24 janvier 2011 à 18:42, par Floquet Christian En réponse à : Ballade dans l’univers glauque de Bernard Faucon

    En voilà une magnifique erreur historique. Car Yves de Verdilhac alias Serge Dalens n’était pas le co-fondateur de la collection signe de piste. En effet elle fut créée en 1937 par Maurice de Lansaye alias Jacques Michel Dalens en deviendra co-directeur en 1954 avec Jean-Louis Foncine

  • Le 29 décembre 2011 à 21:49, par buibui En réponse à : Ballade dans l’univers glauque de Bernard Faucon

    bonjour à tous,

    je suis étudiante en photographie et effectue mon mémoire sur l’image de l’enfant dans la photographie, et m’interesse notament à des oeuvres mettant en scene la sexualité de l’enfant ( Ionesco, gross, les nouvelles lolita et bernard faucon). je m’interess encore plus à la place du modele dans ces oeuvres et à leur vécu ... je sais que cela peut etre délicat étant donné ce que j’ai lu un peu plus haut, mais si les deux personnes qui disent avoir posé pour lui sont d’accord j’aimerais recceuillir leurs avis ...

    merci beaucoup, c’est bien d’en parler

  • Le 16 avril 2012 à 17:37, par katia En réponse à : Ballade dans l’univers glauque de Bernard Faucon

    bonjour,
    je suis arrivée sur ce site, en suivant une photo qui ne représentait pas d’enfant, mais une scène de vacances avec une très belle composition. En allant sur le site de Faucon j’ai vite senti le malaise, j’ai retrouvé immédiatement ce regard de prédateur malveillant (j’assume mon sentiment) ? Ce que je lis ici me conforte. Mais alors pourquoi certains continuent ici de le défendre, malgré les témoignages affichés ?? « la beauté absolue » ...un enfant torturé et humilié peut aussi être très beau avec une belle lumière, un chef d’oeuvre !! Que chacun ait à coeur de protéger les enfants pour qu’ils arrivent à l’âge adulte avec sérénité, envie de vivre et confiance en eux et en le monde, que ce soit notre propre cas ou que l’on ait pas eue cette chance.Oui les enfants sont particulièrement beaux, il aurait mieux fallu pour eux qu’ils soient repoussants jusqu’à leur majorité ! C’est à nous adultes, de faire attention .

  • Le 14 août 2012 à 12:32, par pomme En réponse à : Ballade dans l’univers glauque de Bernard Faucon

    Est-ce que ceux qui ont connu Faucon, jeunes ou pas, et revu avec lui la vie d’un regard émerveillé pourront s’exprimer par ici, témoigner sans être taxés de complaisance ?
    On donne trop de place au sexe et on prend les enfants pour des anges. L’essentiel est ailleurs.
    Il faut dire sa reconnaissance et je la dis ici.

  • Le 15 septembre 2013 à 18:40, par Jean En réponse à : Ballade dans l’univers glauque de Bernard Faucon

    Leur faire un procès a Baden Powell, Leonardo da Vinci, Tchaikovsky, Shakespeare, Socrate, Barrie, Faucon, de la Fontaine, Visconti, et cent autres génies, un procès contra la nudité des jeune, contre la beauté, pour soutenir une petite morale judéo-chrétienne de mode : quelle puérilité.
    Les plus grand roi de votre pays ont eut la chance, a l’âge idéal, a l’âge de la de la sexualité, de découvrir leur sexualité avec des adultes. Oui, des rois. arrêtez donc d’aboyer comme des chiens médiévaux.
    Et ces gens en haut, lâche parmi les lâche, qui utilise des forums d’Art pour sortir un venin aussi personel que douteux (ils n’auraient rien dit depuis 20 ans pour qq chose non-censentie, dans un contexte des plus favorable au dénonciations calomnieuses ? Voyons...), que faite vous ici ? Vous allez sauvez l’Art de vilaine personne ? Aller casser des centaines de statues au Louvres dédiée a la beauté des garçons puberts.
    Et, ...allez vous en d’ici, avec vos petite plainte sans fond, remplissez plutôt ces forums ’blanc’, consolidez cette hystérie ambiante si c’est nécessaire vous votre bien-être, mais lassiez donc ces forum d’Art en paix. Vous paraissez petit et ridicule ici.

    Ayant donc répondu a ceux qui ne devraient pas être ici, Faucon, peut importe sa vie privée, est un grand artiste, prit dans un phase de l’histoire aussi médiévale qu’hystérique.
    On imagine les procès contre Carravage, on imagine n’avoir pas eu son talent...

  • Le 8 février 2014 à 19:11, par Zoe En réponse à : Ballade dans l’univers glauque de Bernard Faucon

    Je viens de tomber sur l’oeuvre de cet homme et suis abasourdie . C’est de la pure pedophilie son « art » , j’ai evidement tout de suite recherche Bernard Faucon pedophile pensant qu’il apparaitrait comme tel immediatement ...
    Comment peut on celebrer cet homme il est si facile d’imaginer ce qu’il a pu faire .

  • Le 8 octobre 2015 à 11:49, par Laurent En réponse à : Ballade dans l’univers glauque de Bernard Faucon

    J’ai moi-même été un modèle de Bernard Faucon, et jamais il ne s’est permis un geste déplacé envers moi. Mon adresse IP est visible et je suis prêt à témoigner et gnagnagna et gnagnagna. Je suis plus que sceptique quant aux témoignages anonymes visant à le salir, lui promettant de lui casser la gueule, ou prétendant « avoir eu besoin de 20 ans de psychanalyse pour se remettre d’une pine dans le cul ».

    1) C’est vrai et on porte plainte.
    2) C’est faux, et on ferme sa bouche, et on réfléchit sur la répression de ses propres désirs, qui vous fait raconter n’importe quoi.

    Et je ne parle pas du message de Zoé ci-dessus, la madame Michu de l’art contemporain, qui nous enverrait tous ces déviants dans des camps si elle était au pouvoir, puisque, pour condamner un homme, il lui suffit « d’imaginer ce qu’il a pu faire ». Bon, eh bien j’imagine que Zoé à égorgé ses huit derniers enfants et qu’elle a mis leurs cadavres dans son congélateur [avouez qu’une mère qui congèle les cadavres de ses enfants est nettement plus vraisemblable que Bernard Faucon violant ses modèles], donc j’exige que Zoé soit enfermée à vie, et sans jugement. Facile, hein ?

    Il faut dire que l’auteure du billet a clairement encouragé les désirs gestapistes de punir ceux dont on pense qu’ils ne vous ressemblent pas, en n’ayant même pas le courage de ses opinions, puisqu’elle pousse l’hypocrisie jusqu’à dire « un art, que d’autres qualifieraient d’art pédophile ». Traduction : Lâchez vos chiens.

    L’enfer, c’est les « autres » en effet, surtout quand ils sont en nous, n’est-ce pas ?

Répondre à cet article

modération à priori

Attention, votre message n'apparaîtra qu'après avoir été relu et approuvé.

Qui êtes-vous ?

Pour afficher votre trombine avec votre message, enregistrez-la d’abord sur gravatar.com (gratuit et indolore) et n’oubliez pas d’indiquer votre adresse e-mail ici.

Ajoutez votre commentaire ici
  • Raccourcis : {{gras}} {italique} -liste [bla->url] <q> <quote> <code>.

Suivre les commentaires : RSS 2.0 | Atom