Au milieu d’une toile d’araignée

30 mars 2016,
par Romy Têtue

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D’où vient l’expression « toile d’araignée » qui désigne le Web ? La toile commence à se tisser au 19e siècle, avec le télégraphe, précurseur d’Internet.

Le « réseau des réseaux », Internet, est l’aboutissement d’une longue évolution des techniques de communication. Les réseaux qui transportent l’information de façon immatérielle existent depuis longtemps : feux des indiens, tam-tams africains, cloches des églises… jusqu’au télégraphe aérien ou sémaphore.

Tout s’accélère à partir de 1837

Les premiers télégraphes électriques naissent en 1837, révolutionnant l’information, par la vitesse de transmission. Tout s’accélère. On ne communique pas encore en temps réel, mais presque : en « temps électrique » dit-on alors.

En 1866, le Great Eastern, le plus grand paquebot du monde de l’époque, reconverti en navire câblier, pose le premier câble télégraphique transatlantique, entre l’Angleterre et l’Amérique du Nord.

Débobinage du câble à bord du Great Eastern La longueur totale des fils employés est égale à 24 fois le tour du globe !

Pour l’historien Patrice Carré, c’est un moment très fort de l’histoire de l’humanité : celui où l’on va pouvoir communiquer en temps (presque) réel entre la vieille Europe et le nouveau continent. L’amorce de la mondialisation des échanges dématérialisés, le début du village planétaire. La naissance d’un réseau international, ancêtre d’Internet.

Détail d’une carte de 1901 du réseau mondial de câbles télégraphiques

Le réseau s’étend ensuite rapidement à travers le monde, reliant les métropoles et leurs colonies. Il est complété avec les câbles téléphoniques dès 1891, puis numériques à partir de 1988. L’Internet d’aujourd’hui suit les mêmes routes sous-marines. La technique de pose et les navires câbliers n’ont que très peu changé depuis la fin du 19e siècle.

Au milieu d’une toile d’araignée

Lorsqu’il visite, peu après, le grand central télégraphique de Paris, l’écrivain et photographe français Maxime Du Camp a l’impression d’être au centre d’une toile d’araignée :

« La France possède aujourd’hui 37 151 kilomètres de lignes télégraphiques, donnant un développement de 112 millions et demi de fils métalliques ; le sixième environ appartient aux compagnies de chemins de fer et est réservé au service spécial des voies. La direction générale a son siège à Paris, rue de Grenelle-Saint-Germain ; c’est là qu’est situé le bureau central qui, par rapport au réseau tout entier, figure assez bien le milieu d’une toile d’araignée. C’est une usine à dépêches, on en fabrique jour et nuit ; on manipule sans repos ni trêve… »
— Paris, ses organes, ses fonctions, sa vie (1869-1875)

Ne dit-on pas la même chose aujourd’hui à propos du flux incessant d’informations internautiques ? Quelques années plus tard, en 1881, a lieu la première Exposition internationale d’Électricité, qui consacre les avancées de l’électrotechnique, notamment télécommunicationelles.

Cette comparaison de Maxime Du Camp est vraisemblablement la première occurrence du terme de toile — qui se dit « web » en anglais — pour désigner ce réseau qui se tisse à travers le monde. Jusqu’à ce qu’en mai 1990, plus d’un siècle après, le chercheur Tim Berners-Lee adopte l’expression de « World Wide Web » — ce qui signifie « toile (d’araignée) largement mondiale » — pour nommer son projet, dénommant le Web que nous connaissons aujourd’hui.

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