Après trois ans

(de fac d’arts plastiques)

29 novembre 1996,
par Romy Têtue


Trois ans déjà et je n’ai mémorisé que la lancinante répétition d’une question : pourquoi ? se posant obsessionnellement, à l’infini, jusqu’à sa mise en abîme.

Le regard survolait, pour se détourner bientôt et demander scrutateur et terni déjà par la déception anticipée de l’espoir d’être surpris :
— Oui, certes. Mais peux-tu me dire pourquoi ceci, cela, et cætera.
— Parce que...
Répondre, argumenter, bien parler, éclairer, donner à voir, je le peux. Sans trop de peine même. Mais c’en est devenu un handicap. Car il m’est arrivé parfois de si bien défendre de piètres pièces — jugées tant par moi-même minables que par l’interlocuteur un peu légères — qu’elles en semblèrent toutes redorées, ravigotées, jetant les feux illusoires d’une œuvre aboutie.

Suffit-il donc de ne produire qu’un discours construit, solide, cohérent, valable pour rendre visible la chose et valide le travail ? Pour qu’en fait celle-ci ne soit même plus à regarder et à ressentir mais à entendre et comprendre, et qu’elle y perde par là même sa raison d’être !

De bien belles idées que tout cela ! de l’avorton de concept ! Bien parler, je le peux ! Tant et si bien qu’après avoir délaissé le savoir-faire pour le savoir-parler, j’en ai perdu mon latin et, de guerre lasse, je baragouine désormais dans un langage bâtard lamentablement informe et insignifiant. Érudit. Creux.

Pourquoi ? Je me suis dit que la question était tout simplement d’époque. Que l’art, plus qu’hier, nécessite qu’on l’explicite, appelant le discours au secours. Que la tendance est à l’abstraction, au questionnement, à l’introspection, au conceptuel, à l’interpellation, au métalangage… Et que mes interlocuteurs, outre ces tendances liées à l’époque et à leur devoir professoral de sonder, manifestaient aussi une profonde méfiance, certainement eux-mêmes en proie au doute. À la vacuité. À l’ennui.

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