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Allumez la TV et éteignez vos cervelles

Cons sots mateurs ou TV-addict ?


17 septembre 2004,
par Romy Têtue

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Voici la phrase qui est sur toutes les lèvres en ce moment : Soyons réalistes : le business de TF1 c’est vendre du temps de cerveau disponible à Coca-Cola. Prononcée par le PDG de TF1 lui-même, ça le fait [1].
Et tous de s’étouffer d’indignation, au risque de l’hypocrisie.

Il y a belle lurette que la télévision a perdu sa vocation de média public d’information et/ou de culture, et je n’ai pas attendu la déclaration de Monsieur Le Lay pour savoir comment la regarder, ou plutôt ne pas la regarder.
Voici, pour s’en convaincre, et sans ironie aucune, ma pratique de la télévision de ces dix dernières années :

  1. NE SURTOUT PAS EN AVOIR UNE CHEZ MOI [2]
  2. faire de temps à autre [3] un zapping publivore méthodique, pour m’offrir à peu de frais une radiographie de ce qui anime présentement mes concitoyen-e-s qui sont si nombreux-ses à « regarder la télévision ».
    La pub télévisuelle est pour moi un indic excellent : puisqu’elle a pour but de vendre des produits et services censés répondre à une demande (ou la susciter), elle m’informe, puisque ne la voyant jamais je suis comme immunisée, elle m’informe disais-je donc, des attentes actuelles (ou à venir) des téléspectateurs-trices, c’est-à-dire des rêves et ambitions de mes concitoyen-e-s. Puisque, pour mieux les piéger, elle va fouiller leurs désirs secrets, s’adresse à leur imaginaire, leurs fantasmes, ce faisant elle me les dévoile. C’est, pour moi, une façon comme une autre de garder le contact avec la réalité qui m’entoure, tout en m’épargnant de m’y noyer. Un peu comme, dans la salle d’attente du dentiste ou du médecin, on feuillette les magazines qu’on ne lit jamais par ailleurs (surtout pas, pitié !).
  3. en cas de déprime, de stress, et autres soucis, allumer le poste et s’enfiler plusieurs séries TV quelconques permet d’évacuer le désagrément en ne pensant à rien. La télévision s’avère être pour moi un excellent remède contre toute forme de pensées préoccupantes (et uniquement dans ce cas). En faisant le ménage par le vide, elle me permet de recouvrer concentration et sérénité. À bien y repenser, on pourrait dire qu’elle sert de support de méditation : son effet lavage de cerveau me permet de faire le vide assez facilement, ce qui est un des fondements de la pratique méditative. Mais tout dépend de la façon de la regarder [4].
    Zapper au hasard, sans nécessairement chercher à suivre un épisode dans son entier, puisque, si les personnages et les décors sont différent d’une série à l’autre, les scénarios utilisent quant à eux les mêmes ressorts, et sont donc tous susceptibles de produire l’effet recherché. Réagir au quart de tour, pleurer et rire à souhait et même à outrance, sans retenue, ça soulage et ça entretient les muscles faciaux. Éviter autant que possible de suivre un épisode jusqu’au bout : la rupture brutale que constitue une fin d’épisode est si frustrante — on a furieusement envie de connaître la suite — qu’on se surprend à zapper nerveusement en attendant (en vain !) le prochain épisode, ce qui nous éloigne considérablement de l’effet recherché. Éteindre dès qu’on se sent mieux (c’est-à-dire dès que l’on reprend ses esprits, dès que l’on se surprend à repenser à quelque chose), en coupant en cours d’épisode, c’est important, et en restant si possible sur une image plutôt positive (pour ce faire, zapper une dernière fois si nécessaire).
  4. bannir tout autre usage. Plus humblement dit : je n’ai personnellement pas trouvé d’autre usage intéressant de la télévision [5].

Il me semblait que c’était aussi ce que recherchait nombre de téléspectateurs-trices : l’endormissement facilité à l’heure de la sieste digestive, le divertissement plutôt que la réflexion [6]... Les réactions que suscitent les propos de Monsieur Le Lay me surprennent et me semblent un rien hypocrites. Quand on la regarde en face, la télévision, on n’y voit pas grand chose, et n’en déplaisent à ceux qui s’étranglent, ce Monsieur Le Lay a tout simplement fait preuve d’une honnêteté et d’une franchise rares. Si tous les responsables médias en faisaient autant !
Rien ne me surprend dans sa déclaration tant il me semblait que tel était l’accord — tacite apparemment, non consenti semblez-vous soudain prétendre !? — conclu entre la télévision et ses téléspectateurs-trices qui continuent de s’y adonner avec assiduité. Les programmes TV continuent de se vendre, les téléspectateurs-trices de les acheter et de mater. Cons sots mateurs ou TV-addict ?

À lire : Comment TF1 vend du temps de cerveau disponible, Passerelle Eco, 20/07/04.

[1] Patrick Le Lay, PDG de TF1, est interrogé parmi d’autres patrons dans un l’ouvrage intitulé Les dirigeants face au changement publié en mai dernier aux Éditions du Huitième Jour : « Il y a beaucoup de façons de parler de la télévision. Mais dans une perspective "business", soyons réalistes : à la base, le métier de TF1, c’est d’aider Coca-Cola, par exemple, à vendre son produit. » Il poursuit : « Pour que le message publicitaire soit perçu, il faut que le cerveau du téléspectateur soit disponible. Nos émissions ont pour vocation de le rendre disponible, c’est-à-dire de le divertir, de le détendre pour le préparer entre deux messages. Ce que nous vendons à Coca-Cola, c’est du temps de cerveau humain disponible. » (Yahoo/AFP 09.07.04 : http://fr.news.yahoo.com/040709/202...).

[2] C’est loupé, mais depuis peu (cf. : Merde, on a la télé :(), et ça ne change guère mon usage.

[3] une fois par mois ? grand maximum.

[4] A vrai dire on ne regarde pas la télévision, « on voit ». On voit les images animées qui y défilent, comme on voit une voiture passer dans la rue. On voit sans regarder : il n’y a rien à regarder à la télévision. On dit bien « voir un film ». Face au petit écran, on est dans une posture passive, qui ne nécessite aucun investissement du regard. Au mieux, on contemple : on voit, au travers, au delà, sans regarder, ou plutôt en regardant ailleurs, sans doute en soi. La télévision, c’est une chose qui ne se regarde pas, ne peut pas être regardée.

[5] voir un bon film ? mais vous plaisantez ! il est hors de question pour moi de voir un film au format timbre poste quand il m’est si facile d’aller au cinéma m’en mettre plein les yeux et les oreilles. Bien sûr, je suis privilégiée : j’habite la ville la plus équipée au monde en salle de cinémas. Comment, dans ces conditions, choisir de rester enfermée chez soi devant un si petit écran ? Et quand bien même je n’aurais pas un tel choix : mes plus belles émotions, je les ai eues au cinéma. Je me souviens de ces moments délicieux où l’écran noir du générique tombe et la salle reste figée, comme un seul homme, comme une seule femme, où les lumières se rallument doucement, et on ne bouge qu’à regret, encore en proie à l’émotion, décuplée d’être partagée...

[6] Les films intellos et le cinéma d’auteur, ça fait chier, ai-je si souvent entendu. Et qui ne s’est pas mêlé de mater les lofteurs ? moi pas, mais je me sentais bien seule, justement. Et encore, ce n’est qu’à grand peine que j’ai réussi à boycotter.

Vos commentaires

  • Le 23 septembre 2008 à 17:58, par ouvrard kevin

    comment on peut etre pdg de tf1 et dire sur internet que c’est de la merde ; il faut demissionner ou changer le fonctionnement de l’interieur puisque vous y etes !

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