À celleux qui me lisent…

6 mars 2016,
par Romy Têtue

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Les personnes qui me lisent auront remarqué mon emploi courant du pronom « celleux ». D’aucuns me l’ont pointé comme étant une erreur, de frappe ou d’orthographe. Que nenni !

Pour faire court, c’est une contraction des mots « celles » et « ceux ». Ce mot-valise ravit les feignasses du clavier (dont je suis parfois) qui trouvent agrément à écrire un mot plutôt que trois. Plus exactement, « celleux » vient de l’ancien pronom français « icelleux » — lui-même formé des mots « ici » et « elles » et « eux » — qui signifie littéralement : « elles et eux qui sont ici ». « Celleux » est donc la forme moderne de « icelleux », tout comme « celui » est la forme moderne de « icelui » et « celle » de « icelle ».

« … ensemble tous les estatz et offices qui avoient esté en icelleux. »

Et non ! n’en déplaisent à ses détracteurs, ce n’est pas encore une de ces « dangereuses inventions dégenreuses et féministoïdes qui dénaturent notre belle langue » (sic) et tentent de faire disparaître le masculin derrière la neutralité d’un « celleux »… Rappelons-leur que le genre neutre n’est pas une invention, puisqu’il existait en latin et s’est maintenu en ancien français (dans la déclinaison des adjectifs, des pronoms et des participes passés). Notre belle langue compte encore quelques restes bien vivaces du genre neutre, comme les pronoms démonstratifs « ceci » et « cela ». Et « celleux ».

Mais comment ça se prononce ? À l’oral, certain·e·s remplacent subrepticement le pronom « celleux » par « celles et ceux » mais il se prononce bel et bien, tout simplement comme le mot « celle » avec un « eux » final : \sɛlœ\.

Il est donc inexact — puisqu’il existe si joli pronom mixte — d’abréger « celles et ceux » par des formes avec séparateur comme « celles-ceux » ou encore « celles/ceux », comme on le voit parfois. Et il est impropre d’employer à la place, comme certain·e·s le préfèrent, « ceusses » qui n’est pas neutre, mais masculin pluriel, donc excluant : c’est un dérivé de « ceux », qui est de plus familier voire péjoratif.

Pour finir, « celleux » permet d’offrir au texte une proximité et une légèreté que n’auront jamais les formulations qu’il remplace, « les gens » ou « les personnes », et surtout une bienveillante inclusivité que n’aura jamais la formulation plus usuelle « celles et ceux ».

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Vos commentaires

  • Le 6 mars 2016 à 11:00, par bassanese En réponse à : À celleux qui me lisent…

    J’avoue n’avoir pas bien prêté attention au genre de « ceusses » dans son usage. Pourtant c’était explicite. :)
    Je n’en commettrai plus la faute grâce à toi.

  • Le 6 mars 2016 à 11:24, par frèd En réponse à : À celleux qui me lisent…

    Franchement je vois pas pourquoi il ne faudrait pas virer cette priorisation du masculin qui empeste notre langue.
    et si ça dégenre et réduit l’injustice présente dans notre langue, c’est très bien !
    Je vois pas la nécessité de se justifier là-dessus vis-à-vis des réacs de toute sorte.

    Homme blanc hétéro la 50 aine !

  • Le 7 mars 2016 à 11:13, par tungstene En réponse à : À celleux qui me lisent…

    l’écriture est un des rares espaces de liberté qu’il nous reste, il faudrait beau voir que l’on vienne m’empêcher d’inventer des mots !!!!!
    Je marche sur un trottinoir, et j’adore cajoliner et en poésie mes vers boiteux versifaille. Par conséquent peu me chaut, et même me laissent complètement froids, les tenant et les abrutissant de ceux qui mettent en avant leur fibre académique.

  • Le 11 mars 2016 à 10:19, par Stéphane Deschamps En réponse à : À celleux qui me lisent…

    Merci Romy, j’apprends un truc. Et comme je suis un peu féru d’étymologie, ça ne peut pas faire de mal pour me la péter avec celleux à qui j’en parlerai :)

  • Le 18 avril 2016 à 16:36, par 1138 En réponse à : À celleux qui me lisent…

    À l’oral, certain·e·s remplacent subrepticement le pronom « celleux » par « celles et ceux » mais il se prononce bel et bien, tout simplement comme le mot « celle » avec un « eux » final : \sɛlœ\.

    C’est justement la prononciation qui me gêne dans une écriture comme « certain·e·s ». En effet, lors de la lecture, on oralise mentalement le texte.

    Dans ton article, ce n’est pas très grave : il n’y a que peu de formes de ce type. Mais quand un article en est truffé (du style La/le candidat·e sélectionné·e devra être porteuse/eur d’un diplôme d’ingénieur·e civil·e. à chaque phrase), ça coupe toute lisibilité du texte. En tel cas, je préfère favoriser les formes épicènes (La personne sélectionnée sera porteuse d’un diplôme en sciences appliquées. ou, simplement, Diplôme requis : master en sciences appliquées.)

    « Celleux », au moins, ça se prononce comme ça s’écrit. Dommage qu’il n’y ait pas plus de mots mixtes aussi simples (et aussi jolis).

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