8 mars 2007 : je fais grève

Journée Internationale des Femmes 2007

8 mars 2007,
par Romy Têtue

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Ce n’est pas un jour pour offrir des fleurs. Non.
La « Journée Internationale des Femmes » est, depuis 1910, une journée de dénonciation et de lutte contre des violences et inégalités. Intéressons-nous, cette année, à celles professionnelles.

Comme tous les 8 mars depuis que je suis entrée le monde du travail, je prends ma journée : je fais grève, parfaitement ! Je prends du temps pour moi. Pour nous. Pour vous.

Ma journée commence par une revue de presse/Web sur le portail de news féministes RezoFem, suivie d’un coup d’œil distrait à l’introuvable programme de la journée et aux derniers chiffres-clés de l’égalité, consultables sur le site du ministère. Précarité, inégalités des salaires, discrimination des mères, ça ne va pas en s’arrangeant [1] et c’est toujours pire que ce qu’on pense.

En ce qui me concerne, je participe à la journée organisée par le DPVI : buffet, film documentaire, et débat sur le travail des femmes, où je devais apporter mon témoignage d’entrepreneure-salariée. Si j’avais eu le temps, j’aurais simplement dit (en adéquation avec les résultats du baromètre « Femmes et entreprenariat ») que créer mon activité m’a surtout donné la possibilité de faire le métier qui m’éclate et auquel je n’aurais jamais pu accéder autrement, en tant que femme, pour une foultitude de petites raisons usantes.
On évoque des difficultés spécifiques rencontrées par les femmes dans l’accès à l’emploi et l’intégration économique, et je note les solutions mises en œuvre dans les QPV, souvent bigrement intéressantes, parce qu’orignales et innovantes. C’est ici que s’invente le monde de demain, dans la capacité et l’ingéniosité à résoudre ces problèmes qui, à travers les femmes, affectent tout le tissu social.

Je ne peux pas être au départ de la traditionnelle manif du 8 mars, et coincée où je suis, mieux vaut que j’attende qu’elle vienne à moi. J’en profite pour m’occuper un peu de moi, en l’occurrence faire les boutiques pour me rhabiller, ce que je n’ai pas eu l’occasion de faire depuis plus d’un an, pour cause de création d’activité.
Chose curieuse, c’est un bel éphèbe qui m’accueille, chemise blanche impeccable légèrement entrouverte et boucles brunes gominées ; je crois cauchemarder tant c’est caricatural. « Bonjour Mademoiselle, vous avez certainement reçu l’invitation personnalisée du magasin pour la journée de la femme !? Bienvenue et... » me lance-t-il avec un large sourire et un regard tendre, tandis que j’aperçois les affichettes mignonnes disposées partout autour, où les mots « Journée de la femme » sont écrits en jolies lettres rondes, roses et fleuries... Je m’étrangle : « Vous faites erreur, là ! Ce n’est pas la journée de la femme, mais des femmes. Y’en n’a pas qu’une sur la planète (ni dans votre boutique), mais plein, plusieures, différentes, hein ! Et évitez le Mademoiselle, ce n’est guère poli ». Ça ne doit pas cadrer avec les consignes reçues, car il ne comprend pas et, ne sachant plus que dire, continue de m’adresser son sourire étudié pour être aimable ; il ne lui manque plus qu’une rose en travers de la bouche, il n’aurait pas l’air moins idiot [2].
À l’essayage, la vendeuse ne fait pas son boulot, reléguée qu’elle est au rôle de potiche ou de plieuse de vêtements refusés, puisque remplacée par un éphèbe (si ce n’est le même c’est donc son frère) payé pour jeter des coups d’œils qui se veulent charmés, et lancer des compliments l’air de rien... C’en est trop ! Quand donc cessera-t-on de nous prendre pour de futiles écervelées dont la seule angoisse existencielle est de plaire aux mâles alentours !?
Un brouhaha monte progressivement de la rue par la fenêtre entrouverte, où le personnel désœuvré se précipite, étonné : « Mais que se passe-t-il ? rôôh une manifestation ?? »... Quoi ? dans cette boutique ça prétend prendre soin de la femme que je suis en collant à l’actualité féministe, et ça n’est même pas au courant !! Complètement à côté de la plaque ! Je rends les fringues en vrac, visiblement agacée, et répond que « non, je ne prends rien, pas le temps et plus envie du tout, mieux à faire : la traditionnelle manif de la journée des femmes m’attend, hop ! »

Et ce n’est certainement pas un hasard si le discours de clôture de la manif [3] commence par rappeler que le 8 mars n’est pas un jour pour offrir des fleurs aux femmes comme pour les remercier (à si peu de frais) d’être si belles (et tais-toi) et si bonnes (à tout faire) les 364 autres jours de l’année, comme le fait si bien l’actuel premier ministre dans son lénifiant discours officiel de ce jour.
Ensuite les mots d’ordre on été rappelés — ça, c’est pour les journalistes, qui ont toujours beaucoup de mal à comprendre dès que des femmes ont quelque chose à dire — vous les trouverez sur le tract unitaire du 8 mars.

Cette année nous étions dans la rue contre l’aggravation des inégalités professionnelles entre les hommes et les femmes [1], et pour une réelle volonté politique dans la lutte contre les violences envers les femmes avec l’adoption de la loi cadre proposée par le CNDF.

Et vous ? qu’avez-vous fait aujourd’hui ?

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